À proximité de la mairie de Cayenne (ci-contre), les manifestants sont devenus de plus en plus bruyants, reprenant en cour les slogans réclamant un décret. En 1996, Djimitri Guard, leader du mouvement lycéen, réclamait un rectorat de plein exercice (à gauche). Dix-sept ans plus tard, il manifeste au côté des étudiants. À Saint-Laurent (ci-dessous), ils étaient un peu plus de 200 dans les rues (ASM & EL)
Avec plus de 2 000 personnes dans les rues de Cayenne, hier, les grévistes du Pug ont sans doute marqué un point crucial dans leur combat pour une université de plein exercice dès 2015.
La police en a compté 2 000, les organisateurs entre 2 500 et 3 000, les manifestants étaient en tout cas plus nombreux hier dans les rues de Cayenne que lors des deux premières marches organisées en octobre. Au côté des étudiants, de très nombreux lycéens s'étaient de nouveau déplacés, mais aussi des syndicats de l'éducation, des enseignants et surtout beaucoup de citoyens venus soutenir le mouvement, comme l'espéraient les organisateurs. « J'ai des petits-enfants à l'université et d'autres au collège et même à la maternelle. C'est pour leur futur que je suis là » , lançait Joséphine, présente dès 8 h 30 devant le campus Saint-Denis.
C'est de là que la marche a débuté vers 9 h 30 dans une ambiance qui a eu du mal à s'installer, les slogans n'étant repris que timidement par la foule. Mais une heure plus tard, à l'approche de la mairie et surtout de la préfecture, les voix ont commencé à se faire entendre tandis que les rangs des manifestants continuaient de grossir. Aux cris de « A sa nou lé : le décret » et « A sa nou lé : liniversité » , tous réclamaient le fameux décret tant souhaité par les grévistes et condition sine qua non à l'arrêt du mouvement.
Devant la préfecture, l'intersyndicale n'a pas souhaité, cette fois-ci, aller discuter avec le représentant de l'État, préférant lancer un ultimatum à la ministre de l'Enseignement supérieur : si Geneviève Fioraso ne signe pas le décret dès aujourd'hui, les grévistes menacent de monter en pression. « Et chaque jour nous monterons d'un cran jusqu'à ce qu'elle signe » , prévenait Vincent Touchaleaume, du Steg-UTG.
1996-2013 : MÊME COMBAT
En fin de manifestation, de nombreux soutiens se sont succédé à la tribune, parmi lesquels Djimitri Guard, connu pour avoir été un des meneurs du mouvement lycéen qui avait obtenu le rectorat de plein exercice et dont le discours a enflammé les étudiants et lycéens présents. Il a rappelé qu'il y a tout juste 13 ans jour pour jour, le 8 novembre 1996, il appelait le ministre de l'Éducation de l'époque, François Bayrou, à venir en Guyane. C'est désormais la ministre de l'Enseignement supérieur, Geneviève Fioraso, qui est invitée chez nous.
La mobilisation ne s'est pas concentrée uniquement sur Cayenne puisqu'au même moment, plus de 200 personnes ont manifesté dans les rues de Saint-Laurent. Plusieurs lycées ont aussi été bloqués ou ont connu des manifestations de soutien comme à Mana où une poignée de lycéens de Léopold-Elfort ont mobilisé leurs camarades, malgré la réprobation du proviseur.
Après plus d'un mois de grève, la mobilisation d'hier servait de test en quelque sorte, les grévistes souhaitant recevoir le soutien le plus large possible. Après la signature d'une motion, mardi soir, par les principaux partis politiques acceptant désormais l'idée d'une université de plein exercice dès 2015, le pari semble donc gagné pour l'intersyndicale et le collectif étudiant qui sentent bien que la victoire commence à se profiler.
(ASM & EL)
•
(ASM & EL)
•
ET AUSSI...
- L'administratrice provisoire connue
Anne Corval a été nommée hier administratrice provisoire du Pôle universitaire guyanais. Elle est directrice de recherche au CNRS Guyane depuis 2010. Selon son ordre de mission, elle devrait prendre ses fonctions dès aujourd'hui. Parmi ses missions : la mise en place d'un directoire, la refondation de la gouvernance du pôle et les travaux sur « le projet d'Université de Guyane » .
Vers un durcissement
Réunis en assemblée générale hier soir, les grévistes ont débattu des possibilités de durcir le mouvement dès ce week-end. Grève générale ou interprofessionnelle, opérations villes mortes ou encore accentuation de la mobilisation lycéenne, plusieurs modes opératoires ont été évoqués. De nouvelles manifestations sont aussi à prévoir dans les prochains jours. L'objectif : pousser la ministre à s'engager fermement. Une nouvelle pétition tourne également depuis hier, les grévistes comptent recueillir 10 000 signatures d'ici lundi soir, notamment via le web.
ILS ONT DIT
Cécile Lony porte-parole du collectif étudiant : On ira jusqu'au bout
Aujourd'hui, on montre que ce n'est pas un combat des étudiants mais le combat de la Guyane. Ce ne sont pas 2 400 étudiants mais toute une jeunesse qui a besoin de cette université pour être formée. On attend la ministre pour qu'elle signe notre décret. Maintenant que nous sommes tous d'accord en Guyane, il faut qu'elle entende, à 8 000 km, qu'on est décidés, qu'on ira jusqu'au bout, et c'est pour maintenant, pas pour 2017 ni 2020.
Didier Béreau membre de l'intersyndicale : Le peuple est avec nous
Nous venons de démontrer que ce n'est pas un combat mené uniquement par les universitaires comme le disait Madame Mencé-Caster (présidente de l'UAG, ndlr) mais que le peuple est avec nous. Cela fait trente ans qu'il souffre et il démontre aujourd'hui qu'il en a marre. (Avec les élus) on ne s'était pas compris ce week-end. Maintenant ils ont compris nos revendications, ils ont signé la motion. L'essentiel est qu'on avance et qu'ils nous soutiennent, c'est le cas aujourd'hui.
Christophe Bouchy FSU (fédération syndicale de l'enseignement) : Un message à toute la population
Nous pensons que les étudiants et l'intersyndicale sont porteurs d'un message à toute la population sur les conditions de l'école en Guyane, de la maternelle à l'université, c'est pour cela que tous les parents d'élèves, les élèves, les lycéens, les étudiants se reconnaissent dans ce mouvement. Il est grand temps de se mettre sérieusement au travail pour construire cette université et continuer de construire l'école en Guyane.
Djimitri Guard meneur du mouvement lycéen de 1996 : Nous ne pouvons plus attendre
On est fier parce que l'histoire se répète. Demain, ça fera 17 ans jour pour jour que des jeunes sont descendus dans la rue pour réclamer le rectorat de Guyane. Aujourd'hui, leurs petits frères en font autant. Ce sont des signaux extraordinaires qu'on envoie à la société. Nous ne pouvons plus attendre. Comment peut-on penser qu'on va construire une société sans une université libre et indépendante ?
Édition spéciale : Rétro 2025
Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique
- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters