La peur s'installe à Balata
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La peur s'installe à Balata

A.S.-M. / B.D.
Hier midi, à la sortie du lycée de Balata (ASM)
Hier midi, à la sortie du lycée de Balata (ASM)

Quinze jours à peine après la rentrée, des élèves du lycée de Balata confient leurs craintes après deux agressions en quelques jours.

Parmi les enseignants rencontrés hier devant le lycée de Balata, les discours révélaient une volonté de relativiser. « Je n'ai pas l'impression que la violence ait augmenté ces dernières années » , déclare Ricardo Brosius, professeur de génie civil au lycée de Balata depuis 2007. Le discours est sensiblement le même chez Jean-Pierre (1), un ancien élève du lycée, aujourd'hui professeur : « Quand j'étais élève, il n'y avait pas de braquage ni de violence. J'ai entendu parler ce matin de l'agression de mardi mais les élèves ne parlent jamais de violence, en tout cas, pas avec moi. » Selon ces deux enseignants, il n'y aurait pas de quoi s'inquiéter.
« ON A TOUS PEUR! »
Et pourtant, lorsqu'on interroge les lycéens, les discours sont radicalement différents. « C'est toujours pareil! Balata, c'est comme ça, ça manque de sécurité. Y'en a marre! » lance Jordan. Assis sur son scooter, le jeune homme sort un vieux téléphone portable de sa poche. « Regardez, je suis sûr qu'on ne me braquera pas pour ça. » Malgré son air rebelle et sûr de lui, le lycéen admet qu'une présence policière bien visible à la sortie du lycée le rassurerait. Écoutant notre conversation, un autre lycéen, Paul, approche timidement. Profitant d'un silence, il s'empresse d'ajouter : « On a tous peur! »
DES COMPLICES DANS LE LYCÉE
Cette peur, Marie-Jo la ressent. Son fils effectue sa première année de lycée à Balata. « Depuis le braquage, j'ai peur car je sais qu'il ne se laissera pas faire si ça lui arrive. Il ne mange pas à la cantine et quand je ne peux pas venir le chercher, je demande à son papy de le récupérer. Mon fils m'a dit que ce sont des élèves qui balancent aux bandits les lycéens qui portent des bijoux et qui ont de beaux téléphones portables. » Un mode opératoire qui nous est confirmé par d'autres lycéens. « C'est ce qui s'est passé vendredi, reprend Jordan. J'ai un ami qui s'est fait voler sa chaîne juste devant le lycée. »
« AUCUNE AUTORITÉ À L'EXTÉRIEUR »
Cette agression, une enseignante en a été témoin. Elle raconte : « J'étais en classe, il était près de 17 heures. Des élèves m'ont dit qu'il y avait une agression en face du lycée. Je l'ai vu par la fenêtre mais que pouvais-je faire ? Je suis responsable d'un groupe à l'intérieur et je n'ai aucune autorité à l'extérieur. Il y avait du monde devant le lycée mais, à un moment, ils sont tous revenus en courant : un des agresseurs avait sorti une arme. Nous avons pris des photos et on a appelé la gendarmerie. Ils connaissaient déjà un des jeunes, ils nous ont dit qu'il était devant le tribunal quelques jours plus tôt. » L'équipe mobile de sécurité (2) (EMS) du rectorat a-t-elle été informée ? « Mais non, c'était vendredi à 17 heures. » Un autre interlocuteur intervient : « À cette heure-là, il y a longtemps qu'ils sont partis en commune! » D'accord, mais mardi, ils n'étaient pas en commune. La réponse reste floue mais on comprend qu'ici, on a abandonné l'idée de compter sur l'EMS depuis longtemps.
(1) Le prénom a été changé
(2) Nous avons contacté le rectorat qui nous a promis une réponse dans la journée, mais rien. Nous avons tenté de joindre directement l'EMS, en vain.
Réunion sur la sécurité à Balata
Deux jours après l'agression de trois élèves du lycée de Balata à proximité de l'établissement (lire dans notre précédente édition), une réunion était organisée hier matin au lycée de Balata avec le proviseur, des parents d'élèves et le président de Région. La presse, qui y était conviée, n'a finalement pas pu y assister. En attendant, la sortie des protagonistes, nous avons voulu avoir le sentiment des lycéens.
« Ca démarre fort! »
Cinq lycéens en garde à vue pour avoir agressé un autre lycéen durant la récréation, un jeune qui se fait braquer devant son établissement et trois de ses camarades qui se font à leur tour agresser quelques jours plus tard à proximité du lycée. Ce ne sont, malheureusement, que trois exemples de violences scolaires et extra-scolaires constatés depuis la rentrée. « J'ai déjà des échos de plusieurs établissements. Ça démarre fort avec les rackets habituels et quelques affaires de couteaux dans les établissements mais aussi dans les bus. Beaucoup d'établissements vont organiser des conseils de discipline avant même les vacances deToussaint pour apaiser la situation et assurer la sécurité des élèves » , confie Martine Nivoix. CPE au lycée Michotte, la secrétaire générale du Sgen a fait de l'amélioration des conditions de vie scolaire son cheval de bataille depuis de nombreuses années. Elle regrette que les agressions dont sont victimes les élèves soient rarement suivies de plainte. « Certains élèves ne préviennent même pas leurs parents, et quand ils le font, les parents estiment souvent qu'une plainte serait inutile, ou alors ils ont peur des représailles. »
Selon elle, la situation est inquiétante sur l'île de Cayenne mais aussi à Saint-Laurent : « Là-bas, les collègues ont fini par s'habituer à la violence et ils ne s'inquiètent plus que lors de faits vraiment graves. » Pour Martine Nivoix, les solutions miracles n'existent pas, mais elle prône une meilleure coordination des différents intervenants avec des protocoles à suivre en cas de violence. Elle appelle aussi de ses voeux une vraie politique de la ville dans les quartiers. Mais surtout, « il faut qu'on nous écoute. Tant que les réunions se font avec des fonctionnaires de la préfecture, du rectorat et des collectivités, qui sont dans leur bureau et pas sur le terrain, rien ne changera! »
A.S.-M.
SON AVIS - Le procureur privilégie une réponse éducative
« La justice n'est pas particulièrement laxiste en matière de violence scolaire. Il existe un protocole signé entre le parquet, la préfecture, le rectorat, la police et la gendarmerie qui prend en charge ces problèmes. Au commissariat, comme dans chaque compagnie de gendarmerie, il y a un réfèrent sécurité. Il y a des patrouilles organisées devant les établissements scolaires, j'ai des comptes rendus des policiers et des gendarmes. Le rectorat me remonte tous les incidents même mineurs qui se déroulent dans les établissements. La cellule de sécurité du rectorat fait des interventions de sensibilisation aux violences scolaires. Nous ne sommes qu'à deux semaines de la rentrée et les choses vont se mettre en place. Je précise que la réponse éducative l'emporte sur la réponse répressive. »
Alexandre refuse la stigmatisation
À la sortie de la réunion d'hier au lycée de Balata, seul Rodolphe Alexandre a accepté de nous répondre : « Il y a eu violence, pas aux abords du lycée mais disons à proximité, un peu plus loin, dans une zone où logiquement les enfants ne sont pas censés être. Le proviseur et son équipe ont mis en place les conditions de sécurité, de protection, de confort de vie. [...] On est en train de diaboliser, de stigmatiser Balata. Balata, ce n'est pas que ça, c'est aussi des jeunes qui viennent de toute la Guyane au lycée professionnel. Peut-être faudrait-il les valoriser. On va proposer de mettre en place des moyens en termes éducatif, culturel, sportif, je crois beaucoup au sport. Je ne suis pas favorable à un renforcement de la présence policière à la sortie des lycées. »
(Henri Griffit)
(Henri Griffit)

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