Kapel : 200 personnes défilent à Cayenne
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Kapel : 200 personnes défilent à Cayenne

T. F, S.B, R.F & S.R.
Des enseignants de Paul-Kapel et d'autres établissements ont exprimé leur soutien au professeur blessé par balle lors d'une marche dans les rues de Cayenne, hier (TF)
Des enseignants de Paul-Kapel et d'autres établissements ont exprimé leur soutien au professeur blessé par balle lors d'une marche dans les rues de Cayenne, hier (TF)

Enseignants, parents, personnels et collégiens ont répondu présents hier matin dans les rues de Cayenne pour apporter leur soutien au professeur de Paul-Kapel blessé par balle.

Ils étaient près de deux cents, banderoles à bout de bras et slogans revendicateurs sur les lèvres, à défiler hier dans les rues de Cayenne. Une mobilisation d'importance dont le principal objectif était d'apporter un soutien au professeur du collège Paul-Kapel blessé par balle, mardi dans sa salle de classe. Mais les manifestants - enseignants, parents d'élèves, collégiens, personnels, syndicats souhaitaient également dénoncer la multiplication des actes de violences dans et aux abords des établissements scolaires. Naturellement, la majorité des « marcheurs » étaient attachés au collège Paul-Kapel. Aussi, c'est devant les grilles de l'établissement que le cortège s'est formé à 8 h 30 avant de prendre la direction du rectorat. Des représentants du lycée professionnel de Balata (Matoury), des collèges Justin-Catayée, Jean-Marie-Michotte (Cayenne) et Auguste-Dédé (Rémire-Montjoly) ont renforcé les rangs constitués par leurs homologues de Paul-Kapel.
VISITE D'ALAIN TIEN-LIONG LUNDI
Au rectorat, une délégation de dix personnes a été reçue par la direction. Une rencontre de plus d'une heure au sortir de laquelle aucune réponse satisfaisante, selon les manifestants, n'a été apportée aux revendications des enseignants de Paul-Kapel (lire ci-contre). En revanche, une seconde délégation a été reçue et entendue par le président du Conseil général, Alain Tïen-Liong. « Il nous a répondu favorablement pour la sécurisation du parking, affirme une enseignante. Il a également pris contact avec la mairie de Cayenne et la Siguy pour effectuer des aménagements aux abords du collège. » Alain Tïen-Liong s'est engagé à visiter l'établissement lundi matin, dès 8 heures. De son côté, le recteur de Guyane ne se déplacera pas avant jeudi prochain. Il est actuellement hors du département.
« On va au collège la boule au ventre »
Bagarres, rackets, menaces... Des élèves témoignent.
Boris, 17 ans (*) collège Paul-Kapel
« Un jour, à la sortie des classes, il y avait un groupe de cinq jeunes. Ils m'ont dit : « Hey! Arrête-toi! » J'ai fait comme si de rien n'était, mais ils m'ont encerclé et m'ont demandé mon portable et mon vélo. Ils étaient menaçants, j'ai cédé. Trois d'entre eux sont des élèves de 4e au collège ; les deux autres viennent de l'extérieur. Mais le pire dans tout ça, c'est que la police était garée à quelques mètres et n'est pas intervenue. Ils ont démarré le moteur et sont partis. M'ont-ils vu ? Je ne sais pas. Ce collège est vraiment super-dangereux. Je viens d'un pays d'Amérique du sud très violent aussi, mais je ne m'attendais pas à ça en France. Oui, j'ai peur. Et je pense que nous les étrangers, on est des cibles parfaites. »
Nicolas (*) , lycéen, externat Saint-Joseph
« Les environs de l'externat Saint-Joseph de Cluny sont devenus une zone de non-droit, les braquages s'enchaînent à une cadence infernale et insupportable. Aujourd'hui, en plus d'être rackettés régulièrement, on nous attaque à l'arme blanche et tout type d'objets pouvant faire figure de menaces. Tous les jours en sortant des cours, la seule phrase qui nous vient à l'esprit est « qu'aujourd'hui, ça sera peut-être notre tour » . ?[...] Le ras-le-bol général de notre lycée conduit beaucoup de jeunes à devoir prendre des mesures pour se défendre eux-mêmes. Aujourd'hui, un grand nombre de lycéens viennent armés (couteaux, points américains, matraques etc.) pour pouvoir faire face à une éventuelle agression. »
Mathieu (*) , 15 ans collège Paul-Kapel
« On m'a menacé et on m'a palpé, mais je n'avais rien. Tous les jours ou presque ces gangs-là sont à la sortie du collège. Ils ont des couteaux sur eux bien souvent. Quand je vais au collège, je trace, j'emprunte des détours. Je ne perds pas une minute. On y va la boule au ventre. À l'intérieur du collège aussi, c'est dangereux. Il y a souvent des couteaux qui sont introduits, j'ai déjà vu des gens se faire fouiller les poches, être menacés, mais je ne m'approche pas, j'ai peur. Les surveillants n'interviennent que pour des bagarres banales. Ils ne voient pas ou font semblant de ne pas voir. »
Propos recueillis par R.F. & S.B.

* Les prénoms ont été modifiés

Les violences scolaires ne datent pas d'hier
Les rapports et notes à diffusion restreinte pointent du doigt toujours les mêmes problèmes. À Paul-Kapel ou ailleurs.
 
Avril 2012. La principale du collège Paul-Kapel se fait gifler par une mère d'élève en colère à cause d'une sanction infligée à sa fille. L'Éducation nationale et les autorités ont profité de cette agression pour signaler bien d'autres problèmes. Ainsi dans ce même collège, une page Facebook avait été ouverte à l'époque et comportait des photos de profs prises à leur insu avec des commentaires assassins.
Problème numéro 1 dans tous les établissements scolaires du département : leurs abords immédiats. À la veille de week-ends ou de vacances, la situation devient vite explosive. Les regroupements d'élèves avec parfois des éléments extérieurs peuvent alors faire monter la pression. Une pression exacerbée par la consommation de stupéfiants ou de mélanges whisky ou rhum avec de l'essence pour scooter baptisés « cercueil » . Certains de ces éléments extérieurs à d'autres moments vont s'introduire dans l'établissement pour y perpétrer des violences ou des dégradations.
Pour autant, « aucune bande n'est affiliée à un lycée ou à un collège ou ne se revendique comme telle » , explique une source. C'est plutôt à un quartier que les groupes se réfèrent. Les armes à feu circulent peu ou pas dans les établissements scolaires. En revanche, certains élèves glissent dans leur sac un couteau pour se défendre, avec la bénédiction des parents, explique une note.
Les autorités déplorent que les violences en milieu scolaire ne soient pas systématiquement signalées aux autorités. Les élèves ne déposent plainte que dans 20% des cas, selon un enseignant. Les chefs d'établissement, eux, préfèrent quand c'est possible régler en interne les problèmes pour ne pas faire de vagues et ne pas donner une image négative de leur école.
S. R.
La préfet : « Déposez les armes »
La préfecture annonce sa volonté de lancer une opération « Déposez les armes » qui vise récolter les armes à feu en libre circulation. Une opération « d'envergure » dont les dates et les modalités seront communiquées ultérieurement. Elle « se matérialisera par une campagne de dépôt des armes et de munitions auprès des services de police et de gendarmerie » . En contrepartie de dépôts volontaires, « aucune sanction administrative ou judiciaire pour détention illégale ne sera engagée » .
Les réponses du rectorat
Dans un communiqué, le rectorat informe qu'une « analyse du fonctionnement du pôle vie scolaire » sera réalisée la semaine prochaine au collège Paul-Kapel afin de « déterminer les moyens qui pourront être octroyés » . Il indique également que l'équipe mobile de sécurité (EMS) « rencontrera les équipes dans le but d'établir un programme d'actions » et qu'un « réexamen des besoins en fonction des projets dans le cadre de l'éducation prioritaire sera effectué » .
« Il faut reconnaître les problèmes »
Une enseignante étranglée au collège Léo-Othily, à Mana. Une tête de cabri accompagnée de menaces de mort dans un établissement de Saint-Laurent. Destags injurieux au collège Reeberg-Néron. Et maintenant, un enseignant blessé par balle au collège Paul-Kapel.
Les exemples d'agressions dans ou aux abords des établissements scolaires, les syndicats enseignants peuvent en citer des dizaines. Ils attendent désormais des mesures concrètes et surtout une véritable reconnaissance de ces faits parla hiérarchie.
« Il faut que le recteur accepte de reconnaître ces faits. Pour régler les problèmes, il faut accepter de les regarder » , résume Martine Nivoix, du Sgen-CFDT-CDTG.
(Henri Griffit)
(Henri Griffit)

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