On estime à 15 000 le nombre d'épaves abandonnées en Guyane. Des épaves qui finissent par devenir de parfaits gîtes pour les larves de moustiques (photo d'archives)
Alors que le nombre de cas avérés de chikungunya a doublé en l'espace d'un mois, les gîtes larvaires continuent de fleurir. En particulier, les épaves de véhicules. Un arrêté préfectoral de salubrité publique permet désormais aux agents autorisés de s'introduire dans les propriétés pour enlever les carcasses. Et les contrevenants risquent gros.
« C'est un véritable fléau » , lâche sans détour Christian Meurin, le directeur général de l'Agence régionale de santé (ARS). Ce fléau, ce sont les véhicules hors d'usage abandonnés un peu partout. 15 000 épaves seraient ainsi recensées sur tout le territoire guyanais. Une catastrophe sanitaire à grande échelle. Car ces carcasses constituent des gîtes larvaires parfaits pour les moustiques. Et notamment l'Aedes albopictus, responsable de la transmission du chikungunya. En Guyane, l'épidémie n'en finit plus de faire des victimes : 1 194 cas confirmés (et même 1 390 en prenant en compte les cas évocateurs). Le nombre de malades a carrément doublé entre fin juin et fin juillet.
« Il est temps de changer les habitudes » , glisse Christian Meurin. Et après plusieurs campagnes de sensibilisation, restées trop souvent vaines, les autorités ont choisi de prendre des mesures chocs. Un arrêté préfectoral de salubrité publique, entré en vigueur il y a tout juste un mois, permet aux services de l'État, des communes et des collectivités, d'entrer dans les propriétés privées afin de procéder au nettoyage des gîtes larvaires. Les propriétaires disposent de cinq jours pour procéder eux-mêmes à l'enlèvement des carcasses.
1 500 EUROS D'AMENDE
Au-delà, les agents mandatés peuvent entrer sans autorisation du résidant, et en son absence. Le nettoyage et l'enlèvement lui seront facturés par la suite. Il s'expose également à une contravention de cinquième classe, soit 1 500 euros. Et 3 000 euros en cas de récidive. « L'année dernière, en pleine épidémie de dengue, nous avions mené une action similaire sur les pneus, souligne le directeur de l'ARS. Une vingtaine de dépôts avaient alors fait l'objet de contrôles systématiques. » Les chiffres officiels de l'opération menée sur les épaves de véhicules ne sont pas encore communiqués. Mais Christian Meurin rappelle que « les maires sont habilités à intervenir et à dresser des PV » afin que l'épidémie soit enrayée au plus vite.
Une casse illégale en plein Cayenne
Il y a deux ans et demi, nous nous étions rendus dans la zone Galmot où 200 carcasses de véhicules avaient été abandonnées sur un terrain communal occupé illégalement. Aujourd'hui, rien n'a changé.
C'est l'illustration parfaite du fléau évoqué ci-dessus par Christian Meurin, directeur de l'ARS. Une casse illégale installée tout au fond de la zone Galmot, sur un terrain communal occupé sans autorisation. Un cimetière de voitures à ciel ouvert à seulement deux pas du centre-ville de Cayenne. Plusieurs centaines de véhicules y pourrissent. Parfois, depuis de très longues années. Certaines carcasses sont même presque entièrement ensevelies par la végétation. Comble de l'ironie : le gérant de la casse ne dispose d'aucune habilitation pour exercer cette activité à risque.
Mais l'homme ne semble pas à une infraction près. Mais à l'heure où un arrêté préfectoral de salubrité publique est mis en oeuvre, voilà qui fait désordre. « On est complètement d'accord, avoue Marie-Laure Phinéra-Horth, un rien désabusée. On est en procès contre cette personne depuis 2008, rappelle le maire de Cayenne. Mais chaque fois, il fait appel des jugements. » La municipalité a gagné en première instance, puis en appel. Une décision de justice rendue le 5 décembre 2011 exigeait d'ailleurs le départ immédiat de l'occupant sous peine d'astreinte fixée à 150 euros par jour de retard.
Deux ans et huit mois plus tard, il est toujours là. « Il a formé un pourvoi en cassation, explique Laurent Montet, le directeur des affaires juridiques de la Ville. L'affaire doit donc être rejugée et en attendant, on ne peut rien faire. » Le pourvoi est en effet suspensif de la décision précédente. Et l'homme peut continuer à stocker des carcasses en toute impunité...
Des centaines de carcasses pourrissent illégalement au fond de la zone Galmot, à Cayenne (HG)
•
K. S.
Édition spéciale : Rétro 2025
Revivez toute l'actualité marquante de la Martinique
- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters