Chikungunya : « Le risque existe »
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Chikungunya : « Le risque existe »

Propos recueillis par Thomas FETROT

Vingt-six cas de chikungunya ont été recensés à Saint-Martin. Le virus pourrait se propager à la Guyane, comme l'explique Séverine Matheus, virologue au sein de l'Institut Pasteur, à Cayenne.

Depuis début novembre, des cas suspects, dont les symptômes évoquent le chikungunya, ont été observés à Saint-Martin. Les prélèvements envoyés au centre de référence de Marseille ont confirmé le diagnostic. Au 6 décembre, vingt-six cas ont été recensés. Pour l'heure, la Guyane est épargnée. Mais le risque de propagation du virus est réel.Séverine Matheus, membre du laboratoire de virologie de l'Institut Pasteur, à Cayenne, affirme : « On ne peut pas dire que l'on n'est pas concerné. »
De quelle manière le chikungunya pourrait arriver en Guyane ?
Principalement par le biais de patients qui sont porteurs du virus et qui se déplacent entre les départements. Il s'agit du risque le plus important pour expliquer une possible introduction du chikungunya en Guyane. Par ailleurs, l'aedes aegypti (le moustique qui transmet la dengue, mais aussi le « chik » ) est capable de répliquer le virus et de le transmettre. Pour ce qui est de la transmission, elle est la même que pour la dengue.
Quels sont les symptômes du chikungunya ?
Ils sont sensiblement les mêmes que ceux de la dengue. Si ce n'est que pour le chikungunya, il existe des douleurs articulaires et musculaires supplémentaires, qui ont tendance à être plus persistantes. Au début, à part quelques signes cliniques, il est très difficile de distinguer les deux virus. Car, comme pour la dengue, certains patients peuvent n'avoir qu'une petite fièvre quand d'autres développent des formes plus sévères.
Un patient atteint du « chik » peut-il avoir des séquelles ?
Il a été décrit pour certains patients que les douleurs articulaires pouvaient durer quelques mois. Mais c'est rare.
Existe-t-il une population dite « à risque » en Guyane ?
La population en général est une population à risque, dans la mesure où elle n'a jamais été en contact avec le virus. Par conséquent, elle n'a pas développé d'immunité, contrairement à certains sérotypes de dengue. De plus, comme pour la dengue, il n'existe pas de traitement spécifique.
En combien de temps le virus pourrait atteindre le département ?
Faire une prévision serait fantaisiste. Jusqu'à présent, le chikungunya existait en Afrique et en Asie, mais personne n'a démontré qu'il pouvait y avoir une introduction en Amérique. S'il n'y a pas d'éradication à Saint-Martin et qu'il se répand, il existera une nouvelle zone géographique.
Éviter l'automédication
Sylvie Cassadou, de la cellule d'épidémiologie de Guadeloupe, a été interrogée par nos confrères de France-Antilles. Elle déconseille le recours à l'automédication. « En cas de doute, consultez immédiatement un médecin, explique-t-elle. L'aspirine et les anti-inflammatoires non-stéroïdiens sont absolument contre-indiqués.
Par ailleurs, le paracétamol ne doit être utilisé qu'en respectant strictement les doses. Ce médicament a un effet sur le foie, alors que le chikungunya malmène déjà sérieusement cet organe. Il y a donc un risque de complication hépatique. »
244 000
En 2006, le « chik » a touché la Réunion. La population n'y avait jamais été confrontée. Bilan : 244 000 cas, soit 35% des habitants, et 68 décès. Par extrapolation, une épidémie semblable toucherait, en Guadeloupe, 142 000 personnes, et en tuerait 30... « Mais en 2006, le déclenchement de la réaction sanitaire avait été tardif, tempère Patrice Richard, directeur de l'ARS Guadeloupe - Iles du Nord. Comme nous prenons les choses en main au tout début, nous espérons pouvoir, en mettant le paquet, circonscrire l'épidémie. »
REPÈRES
Une maladie très invalidante
Comme la dengue, le chikungunya - maladie de l'homme courbé - est dû à un arbovirus transmis par le moustique aedes aegypti. Les symptômes sont les mêmes que ceux de la dengue, mais s'accompagnent de douleurs musculaires et surtout articulaires très sévères. Ces douleurs articulaires, très invalidantes, se manifestent essentiellement aux mains et poignets, pieds et chevilles, et peuvent durer plusieurs semaines. Dans certains cas, comme la dengue, la maladie évolue vers des formes sévères, qui peuvent s'avérer mortelles. À prendre, donc, très au sérieux.
Dengue/chik : même prévention
L'Agence régionale de santé (ARS) est évidemment bien rodée en matière de lutte contre les infections vectorielles et leur principal véhicule, le moustique aedes aegypti. Hier, l'ARS a diffusé un long communiqué expliquant quelles sont les mesures de prévention contre le chikungunya. Sans surprise, elles s'avèrent similaires à celles à adopter afin de se prémunir contre la dengue (voir infographie ci-dessous). En l'occurrence, porter des vêtements longs en zones exposées, utiliser des répulsifs, installer des moustiquaires, traquer les gîtes larvaires (eaux stagnantes, etc)... Sans oublier une surveillance sanitaire renforcée, comme des pulvérisations d'insecticides par les véhicules du Département dans tous les quartiers.
Les 6 bons gestes
Le seul moyen de prévenir le Chikungunya est, comme pour la dengue, de lutter contre les moustiques. Pour éviter leur prolifération, voici quelques gestes simples.
1 Vider (deux à trois fois par semaine) ou déplacer à l'abri tout ce qui peut accumuler de l'eau pluviale : coupelles, vases à fleurs, arrosoir etc.
Privilégier les plantes en terrer
2 Recouvrir les fûts d'un grillage moustiquaire ou d'un tissu et renverser ceux qui ne servent pas. Protéger le trop-plein d'une citerne de la même façon.
 
3 Éliminer tous les détritus autour des habitations (vieilles bouteilles, récipients, pneus, carcasses, etc.).
4 Nettoyer régulièrement les - gouttières et les chenaux. Attention aux gouttières mal posées, sans pente'où l'eau stagne.
En attendant l'intervention d'un professionnel pour y remédier, il est toujours possible de faire un orifice de vidange (5 à 10 mm) avec un objet perforant (non électrique) afin que l'eau puisse s'écouler.
 
5 Éviter l'eau stagnante au niveau des regards d'eau pluviale, c'est-à-dire les bouches d'évacuation au pied des gouttières. Il est conseillé de les bétonner.
6 À la maison : se munir de répulsif, de raquettes électriques, d'insecticides et de moustiquaires autour du lit et aux fenêtres.
Privilegier, le soir, les manches et les pantalons longs.
La climatisation peut également être efficace car elle engourdit les moustiques.

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