Le chikungunya, c'est avant tout une maladie invalidante. « Chikungunya » signifie d'ailleurs en makondé (*) « maladie de l'homme courbé » . On confirme. Chaque geste de la vie quotidienne demande un effort surhumain. Monter des escaliers, ouvrir une bouteille d'eau, sortir du lit. On se traîne, le dos courbé, le pas fatigué. La fièvre peut être tenace. Le chikungunya, c'est aussi une maladie étonnante : les symptômes ne sont pas toujours les mêmes entre les personnes infectées. À l'Umit (Unité des maladies infectieuses et tropicales) de l'hôpital de Cayenne, les internes cochent sur une grille les symptômes rencontrés par le malade. Il y a les plus courants, comme les douleurs articulaires (aux doigts, poignets, chevilles, genoux), la fièvre et les courbatures. Et puis, il y a ceux qui sortent un peu plus de l'ordinaire, comme les démangeaisons ou les oedèmes. « Ah, vous avez les yeux qui gonflent ? Ce n'est pas banal » , dit dans un sourire le jeune médecin, avant de rajouter à la main, en bas du questionnaire : « oedème des paupières. » « ON CROIT PARFOIS ÊTRE GUÉRI »
Il est donc possible d'avoir les yeux qui gonflent (ainsi que les doigts et les pieds), mais aussi une éruption cutanée, avec l'apparition de plaques rouges sur tout le corps. À l'hôpital, elles n'étaient plus assez spectaculaires pour que l'interne fasse venir un dermatologue - « ils aiment bien qu'on les appelle quand c'est impressionnant » . Et puis, avec le chikungunya, on croit parfois être guéri... avant de connaître une rechute. Deux jours après l'apparition des premiers signes cliniques, on pense aller mieux, on reprend même le travail. C'était trop beau! Trois jours après, voilà qu'apparaissent les plaques rouges, associées à une fièvre de 39,5° et à des douleurs aux articulations décuplées. Là encore, les médecins confirment que c'est un schéma assez classique de la maladie. On prend du paracétamol, ou un autre antalgique plus puissant, et on attend que ça passe. En général, la fièvre et les manifestations cutanées disparaissent rapidement, mais les douleurs articulaires peuvent durer plusieurs semaines, voire plusieurs mois... (*) Dialecte parlé en Tanzanie. 200 à 250 cas par semaine
Depuis trois semaines, le nombre de cas de chikungunya se stabilise en Guyane : 200 à 250 cas sont recensés chaque semaine, indique le dernier bulletin épidémio de la Cire. Depuis la mi-décembre, 2 656 cas de chik ont été recensés. Cayenne et Matoury sont les communes les plus touchées, avec une incidence de 5,7 cas pour 1 000 habitants à Cayenne et 10,1 cas pour 1 000 habitants sur Matoury. Des foyers « particulièrement actifs » ont également été identifiés à Rémire-Montjoly et Macouria.
- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters