Macouria : quand aller à l’école devient un parcours du combattant
Levés avant l'aube, attente hasardeuse au bord des routes, journées épuisantes : pour les enfants de Soula, PK14 ou encore PK16, chaque trajet scolaire est une épreuve
L'arrêt de bus n'en est pas vraiment un. Les élèves de PK14 ou de PK16 sur la RN1, attendent au bord de la route, sans abri ni banc. Ils restent debout, exposés aux voitures et aux intempéries. Pendant la saison des pluies, c'est avec "un peu de chance et parfois un simple bout de parapluie " qu'ils espèrent arriver à l'école, secs, tout comme leurs affaires.
Pour Sabrina, étudiante, chaque matin survient le même rituel. "Je me lève à 4 heures. Je me prépare sans prendre de petit-déjeuner, car à 5 heures, je dois déjà être à l'arrêt de bus." Dans l'obscurité matinale, la jeune femme traverse les habitations précaires de PK16. La "peur au ventre", elle se dirige vers l'arrêt de bus qui se situe près du giratoire de Soula, juste après le passage piéton. "Le bus arrive souvent en retard, si ce n'est pas tous les jours. Alors, je prends un taxi, ce qui me coûte 150 euros par mois. C'est beaucoup plus cher, mais au moins, je gagne un peu de sommeil et j'arrive à l'heure." Comme elle, chaque jour, des centaines d'enfants attendent les transports scolaires dans la nuit, le long de la RN1.
Maëlle est lycéenne à Melkior-Garré, en filière cuisine. Elle a du mal à suivre le rythme. Sa mère raconte : "Elle a déjà pensé à arrêter. Il lui arrive de ne pas se réveiller, trop épuisée par des journées qui commencent et se terminent dans l'obscurité. Elle n'a presque plus de vie. "
"Aggraver les inégalités"
Faute de place dans les établissements de Macouria, Montsinéry ou à cause de l'absence de certaines filières, les jeunes doivent parcourir de longues distances. Aller à l'école devient un parcours du combattant. À la veille des vacances, plus de la moitié des élèves qui attendent le bus avaient disparu du point de rendez-vous. La sœur de Dickayla, inscrite en école privée à Cayenne, s'interroge sur l'avenir des enfants de sa commune, qu'elle estime laissés de côté : "Quel enfant peut avoir envie de se lever tous les jours à cette heure-là pour étudier ? Ils partent déjà avec un désavantage, et ce qu'ils vivent ne fait qu'aggraver les inégalités. Ce n'est pas normal. "

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