BTP : la mondialisation est arrivée en Guyane
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BTP : la mondialisation est arrivée en Guyane

Kerwin ALCIDE
Les entreprises guyanaises sont confrontées à la concurrence venue des Antilles et de l'Europeé (photo d'archives)
Les entreprises guyanaises sont confrontées à la concurrence venue des Antilles et de l'Europeé (photo d'archives)

Depuis une poignée d'années, les entreprises guyanaises tout comme les sociétés chargées de vendre du matériel de construction sont confrontées à une concurrence venue d'ailleurs.

« Déstabilisées » . Beaucoup d'entreprises sont aujourd'hui dans cette situation. Déstabilisées face à la concurrence nouvelle qui a envahi le marché guyanais. Une concurrence que les victimes n'ont même pas le luxe de qualifier de déloyale. Elle touche plusieurs secteurs d'activité. D'abord, les entreprises alimentant depuis des années le BTP en fournitures. Ces chefs d'entreprise ont constaté un changement dans le comportement d'une partie de leur clientèle. Surtout ces multinationales arrivées en Guyane avec l'activité spatiale. « Certaines n'achètent rien localement » , peste un vendeur qui préfère garder l'anonymat, car ces multinationales restent des clients potentiels. Pour réaliser des économies, elles optent pour des achats groupés en France ou en Europe. Plus les quantités sont énormes, plus les ristournes obtenues sont impressionnantes. Le matériel arrive ensuite en Guyane par conteneurs. « Ici, ils achètent seulement ce qu'ils ont oublié dans les envois » , explique le vendeur. Pour un autre, le constat est alarmant : « Ils nous ignorent. Nous sommes victimes de la mondialisation » . « Il ne faut pas avoir peur de la concurrence » , tempère Olivier Mantez, président de la Fédération du BTP. Il exhorte les fournisseurs locaux à avoir des « prix compétitifs » . Mais loin de lui l'envie de minimiser ce phénomène car le BTP qu'il représente est aussi terrassé par la concurrence. Une adversité qui arrive à la fois de l'Europe et des Antilles. Depuis une poignée d'années, une entreprise italienne s'est installée en Martinique et en Guadeloupe, devenant le cauchemar des entrepreneurs antillais. Avec des prix que beaucoup considèrent anormalement bas, cette entreprise rafle la plupart des appels d'offres.
CONNAÎTRE LE CONTEXTE
Conséquence, les entreprises antillaises tentent de prendre un deuxième souffle ici en Guyane. Nombreux sont des chantiers remportés par elles. « Ils cassent les prix » , explique Olivier Mantez, tout en évoquant une ignorance du contexte guyanais. Une ignorance qui concerne l'application de l'octroi de mer, plus élevé en Guyane qu'aux Antilles mais aussi la situation géographique comme la distance entre Cayenne et un chantier situé, par exemple, à Saint-Laurent. À l'arrivée, ces entreprises se retrouvent en difficulté. « Aucune ne s'est installée en Guyane. Elles prennent les marchés et repartent. Ça nous fait du tort » , explique-t-il. La préfecture compte doter la Guyane d'un médiateur qui contrôlera la réalité des prix proposés.
Hormis les Antilles, la concurrence est également européenne. Dès qu'un marché dépasse le seuil de 5,15 millions d'euros, le donneur d'ordre a l'obligation de publier l'appel d'offres européen. Conséquence, les travailleurs européens notamment polonais, portugais et tchèques séjournent de plus en plus souvent chez nous. Leurs salaires, inférieurs à ceux habituellement pratiqués en Guyane, permettent à ces entreprises de répondre aux appels d'offres à des prix défiant toute concurrence. Et quand le prix reste le principal critère de sélection, les entreprises guyanaises font souvent chou blanc. Le maître d'ouvrage peut décider d'appliquer d'autres critères, confie le président de la FRBTP. Des critères comme l'insertion des jeunes, la connaissance du territoire qui favorisent les entreprises locales. Olivier Mantez entend rester vigilant sur ces aspects surtout dans le contexte de « tensions budgétaires » . Car personne ne veut que les entreprises guyanaises soient sacrifiées sur l'autel de la mondialisation.
REPÈRES
DES MARCHÉS DISTINCTS
Pour ne pas léser les vendeurs de matériels locaux, certains donneurs d'ordre comme le Centre spatial guyanais font jouer subtilement la concurrence. Tout en favorisant les entreprises locales. Ces maîtres d'ouvrage, au lieu de ne lancer qu'un appel d'offres qui sera capté par une seule et grosse entreprise qui va s'approvisionner ailleurs, scindent le marché en deux. Ainsi, ils proposent un marché pour le matériel et un autre pour l'intégration. Du coup, les entreprises locales de fournitures peuvent décrocher des marchés de matériel. Une autre entreprise ou plusieurs s'occuperont à installer le matériel ainsi acheté.
LE MIEUX-DISANT
Le nouveau code des marchés publics a imposé la notion de « mieux-disant » au détriment de « moins-disant » , qui ne prenait en compte que le prix. Le choix de l'offre la mieux-disante permet donc de prendre en compte l'expérience de l'entreprise, ses capacités techniques entre autres et bien entendu le prix.
PRIX ANORMALEMENT BAS
« Le donneur d'ordre ne peut pas l'ignorer parce qu'il connaît les prix du marché » , peste un entrepreneur. Pourtant, il arrive souvent que les maîtres d'ouvrage succombent aux charmes des prix en-deçà du coût d'un chantier. Les prix considérés comme anormalement bas doivent être rejetés par décision motivée. Ce n'est pas toujours le cas.
LE CHIFFRE 438
438 millions d'euros, c'est le montant de la commande publique en 2012. Quatre ans auparavant, ce montant était de 260 millions d'euros. En 2011, de 503 millions, « une année exceptionnelle en raison d'une forte activité dans le domaine du logement social avec le démarrage des grandes opérations à Soula et à Saint-Laurent » , explique-t-on dans l'enquête menée par les CERC.

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