La Différence, quand le Kawina traditionnel rencontre la modernité
À la tête de cette formation depuis sa création, Michael Jubitana, 30 ans, nourrit une ambition : faire découvrir cette musique au plus grand nombre, sans jamais perdre de vue son identité culturelle
Créé le 12 février 2022 à Saint-Laurent-du-Maroni, le groupe La Différence s'est donné une ambition : faire rayonner le Kawina tout en préservant ses racines culturelles. À travers une formation musicale de 13 membres, le collectif revisite cette musique traditionnelle originaire du Suriname en y intégrant des sonorités modernes. Nommé aux Lindors 2026 dans la catégorie musique traditionnelle, le groupe poursuit son ascension sur la scène guyanaise. Rencontre avec son leader, Michael Jubitana.
À Saint-Laurent-du-Maroni, la musique est aussi une histoire de transmission. Depuis le 12 février 2022, le groupe La Différence s'inscrit dans cette dynamique en portant haut les couleurs du Kawina, un genre musical profondément ancré dans l'histoire et les traditions des populations originaires du Suriname.
À la tête de cette formation depuis sa création, Michael Jubitana, 30 ans, nourrit une ambition : faire découvrir cette musique au plus grand nombre, sans jamais perdre de vue son identité culturelle.
L'aventure débute lors des premiers entraînements du groupe, à Saint-Laurent-du-Maroni. Dès le départ, l'idée est de proposer une approche différente du Kawina sur la scène musicale guyanaise. " On voulait faire la différence ici, en Guyane ", explique le leader.
Une volonté qui se traduit par un travail autour des sonorités traditionnelles, enrichies par l'intégration d'instruments modernes.
Le Kawina, entre tradition et modernité
Originaire du Suriname, le Kawina repose sur une combinaison d'instruments et de rythmes traditionnels. Au sein de La Différence, cette base musicale s'enrichit notamment du piano, de la basse et du synthétiseur, mais aussi d'instruments traditionnels tels que le Skratji, le Seiker, le Coti, le Ari, le Kwabagni et le Timbal.
Les percussions occupent une place essentielle dans cette composition. Chaque instrument possède sa propre fonction : certains apportent des sonorités aiguës, tandis que d'autres assurent les basses et structurent le rythme.
Cette association donne naissance à une identité musicale singulière, à la croisée de l'héritage traditionnel et de la modernité.
Mais pour les membres du groupe, l'enjeu dépasse largement la musique. Il s'agit aussi de faire vivre une culture et de transmettre un patrimoine. " On voulait faire vibrer les gens, leur faire découvrir notre tradition et notre culture amérindienne ", souligne Michael Jubitana.
Une formation qui s'ouvre à la mixité
La Différence compte aujourd'hui 13 musiciens. Le groupe souhaite faire évoluer les habitudes dans un univers du Kawina historiquement dominé par les formations masculines.
L'arrivée récente de Tylin, seule musicienne féminine actuellement présente au sein de la formation, constitue une première étape dans cette volonté d'ouverture.
Pour Michael Jubitana et les membres du collectif, l'objectif est de permettre aux femmes de trouver pleinement leur place dans cette expression musicale et culturelle.
Un héritage venu du Suriname
Le parcours de La Différence s'inscrit dans une histoire commune entre la Guyane et le Suriname. À Saint-Laurent-du-Maroni, les échanges culturels et les liens familiaux entre les deux territoires contribuent depuis longtemps à la transmission des traditions musicales.
L'installation de nombreuses familles surinamiennes dans l'Ouest guyanais, dans le contexte de la guerre civile au Suriname, a également participé à cette circulation culturelle.
Le groupe s'inscrit pleinement dans cet héritage. Son manager est originaire du Suriname, tout comme une grande partie de ses musiciens. Une histoire familiale et culturelle qui nourrit aujourd'hui leur engagement artistique.
Des premières scènes aux Lindors 2026
Depuis sa création, La Différence a progressivement gagné en visibilité. Après plusieurs prestations lors d'anniversaires et de manifestations locales, le groupe franchit une première étape importante avec une prestation à Balaté, à Saint-Laurent-du-Maroni.
Les musiciens se produisent ensuite à Cayenne et participent à différents événements festifs sur le territoire.
Parmi les rendez-vous marquants figure leur participation aux Lindors 2026. Une expérience qui demande une préparation importante, en raison des délais parfois courts et des contraintes professionnelles des différents membres.
Le groupe est finalement nommé dans la catégorie musique traditionnelle. Une reconnaissance que Michael Jubitana accueille avec fierté.
" C'est avant tout une reconnaissance du travail accompli, de notre engagement et de tous les efforts fournis par chaque membre du groupe. Pour nous, c'est une immense fierté, mais également un encouragement à continuer à travailler, à innover et à faire vivre notre culture ", confie-t-il.
Le blanc et le bleu, des couleurs porteuses de sens
Pour cette prestation, le groupe accorde également une attention particulière à son identité visuelle. Les musiciens optent pour une tenue blanche, symbole de pureté, accompagnée d'un châle destiné à mettre en valeur leur identité culturelle.
Le choix des couleurs bleu, blanc et rouge n'est pas anodin. Il fait référence au drapeau français et traduit l'attachement du groupe à ses valeurs.
" À travers ces couleurs, nous voulons exprimer notre unité, notre force, notre élégance et notre attachement à notre culture. C'est aussi une manière de montrer que, malgré nos différences, nous avançons tous dans la même direction ", explique le leader.
Au-delà de l'esthétique, cette mise en scène participe à la volonté du groupe de raconter une histoire et de donner du sens à chacune de ses prestations.
" Cette prestation est avant tout le fruit d'un travail collectif, de beaucoup d'investissement, de répétitions et de passion. À travers notre passage, nous avons voulu transmettre un message fort : celui du partage, de la solidarité, de la transmission et de la valorisation de notre patrimoine culturel. "
Concernant le choix des sonorités et des instruments, Michael Jubitana insiste sur l'importance de préserver une cohérence artistique : " Nous avons souhaité créer une ambiance qui nous ressemble, qui raconte quelque chose et qui fait ressortir notre identité. Chaque son, chaque instrument avait son importance pour donner du sens à notre prestation et permettre au public de ressentir l'émotion que nous souhaitions partager. "
Avant de résumer cette démarche en une phrase : " Notre objectif n'était pas simplement de faire une prestation, mais de raconter une histoire. "
La Différence à l'honneur de l'intronisation du 5e Baroshen
Le groupe poursuit aujourd'hui son parcours avec une nouvelle prestation à l'occasion de l'intronisation de Cyril Sabajo, 5e chef Arawak-Lokono de Guyane, au village Washiba, à Saint-Laurent-du-Maroni.
Un rendez-vous que les musiciens abordent avec respect et engagement, conscients de l'importance culturelle de cet événement.
" Pour cette nouvelle prestation, nous abordons ce rendez-vous avec beaucoup de respect. L'intronisation du 5e Baroshen est un moment important, qui mérite d'être célébré avec toute la considération nécessaire. Nous souhaitons apporter notre touche, notre énergie et notre savoir-faire afin de contribuer à la réussite de cet événement. "
Le leader assure que le groupe entend donner le meilleur de lui-même pour offrir au public un moment mémorable.
" La Différence, ce n'est pas seulement un nom, c'est un état d'esprit "
Au terme de cet échange, Michael Jubitana tient à adresser un message au nom de l'ensemble des membres du groupe. Il souhaite notamment saluer toutes les personnes qui les accompagnent depuis leurs débuts, ainsi que les musiciens pour leur investissement et leur disponibilité.
" Derrière chaque prestation, il y a des heures de travail, des sacrifices et surtout une véritable passion. "
Le nom du groupe résume finalement toute sa philosophie : oser proposer autre chose, innover, tout en restant profondément attaché à ses racines.
" Notre nom, LA DIFFÉRENCE, n'a pas été choisi au hasard. Il symbolise notre volonté de proposer quelque chose qui nous ressemble, d'oser tout en restant attachés à nos racines et à nos traditions. Notre message est simple : continuons à faire vivre notre culture, à transmettre nos valeurs et à montrer que l'unité fait notre force. La Différence, ce n'est pas seulement un nom, c'est un état d'esprit. "
Le groupe adresse enfin ses remerciements à Jean-Pierre Karam, Maxxy Dready, Fil Labonté, Franck Appolinaire ainsi qu'à France-Guyane pour leur accompagnement et leur soutien.

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