Goldn B : « Je ne veux pas rentrer dans un moule »
Goldn.B se confie sur son parcours artistique : entre désillusions, affirmation de soi et quête de liberté
Ta passion pour la musique est née très tôt. Tu as appris à jouer de plusieurs instruments durant ton enfance. Raconte-nous.
J'ai toujours chanté depuis toute petite. J'ai commencé par l'éveil musical. En quatrième, un artiste m'a contactée pour chanter sur l'un de ses morceaux, mais ma mère n'a pas voulu. Elle m'a plutôt inscrite à des cours de musique. Finalement, ça m'a beaucoup servi : j'ai fait de la chorale, du gospel, ce qui m'a apporté de solides bases techniques. J'ai aussi appris le violon, même si j'ai oublié depuis !
Tu as ensuite participé au podium Interlycée. Qu'est-ce que cette expérience t'a apporté ?
Je n'ai pas été retenue puisque j'étais arrivée deuxième lors de la présélection de mon lycée. Mais j'ai ensuite été repérée pour un autre concours de chant, où je suis arrivée en finale. J'ai finalement dû partir dans l'Hexagone pour terminer mes études.
À ce moment-là, savais-tu déjà que tu voulais faire de la musique ton métier ?
Pas du tout ! Je chantais vraiment par plaisir. Dès que je rentrais de l'école, je me mettais sur YouTube pour faire des karaokés. Je ne faisais même pas mes devoirs !
En 2019, tu arrives sur la scène musicale avec « Fight Ova Man », qui cumule aujourd'hui plus de 5 millions de vues. Comment est né ce titre ?
C'est une période que je n'oublierai jamais, parce que c'est elle qui m'a menée jusqu'ici.
J'ai commencé à enregistrer en studio grâce au collectif AZ Song. Dans l'Hexagone, j'ai découvert plusieurs studios et enregistré mes premiers titres, plutôt R&B. La production de « Fight Ova Man » est arrivée chez AZ Song et j'ai tout de suite accroché. J'ai posé ma voix dessus. Ken Vybz n'était pas prévu sur le morceau : on lui a envoyé le titre sans m'en informer. Il a aimé et c'est ainsi que le duo est né, avec la visibilité supplémentaire que sa notoriété a apportée.
Tu t'attendais à un tel engouement ?
Pas du tout ! Je n'avais jamais sorti un morceau de cette ampleur. J'ai réalisé que le titre avait explosé lors d'une soirée à Paris. Les gens ont commencé à allumer leurs flashs et je ne comprenais pas ce qui se passait. J'ai fini par pleurer tellement j'étais choquée. C'était mon rêve, mais je ne pensais pas qu'il se réaliserait aussi vite.
Ton premier EP, « Aurifère », marque ensuite une autre étape. Il fait écho à l'or et à l'identité guyanaise.
Oui, parce qu'après « Yana Anthem », on m'avait beaucoup catégorisée dans le dancehall. Avec « Aurifère », je voulais montrer une autre facette de moi. À la base, j'étais très R&B. Ce projet m'a permis de montrer que je pouvais explorer d'autres univers.
Comment définirais-tu ton identité musicale ?
C'est compliqué, parce que j'aime toucher à tout. On veut souvent nous mettre dans des cases. Je fais de la musique urbaine, mais je mélange différentes sonorités pour créer ma propre identité.
Après cette ascension, tu as semblé disparaître des radars. Que s'est-il passé ?
En 2021, j'ai signé en label, mais j'ai toujours continué à travailler. On m'a orientée vers une direction moins caribéenne, avec des sonorités plus pop. Ça ne me dérangeait pas au départ, mais le public n'a pas adhéré et, surtout, ça ne me correspondait pas. Je me suis perdue artistiquement.
Avec le recul, cette période t'a-t-elle malgré tout fait évoluer ?
Oui, elle m'a permis de savoir ce que j'aimais et ce que je voulais vraiment. J'ai aussi appris à travailler ma direction artistique et à connaître mes capacités en production. Mais j'ai dû repartir de zéro, émotionnellement et professionnellement. Plusieurs de mes anciens titres ont été supprimés, ainsi que des clips. J'avais même sorti un projet qui a disparu. Il y a eu des difficultés financières et administratives. J'ai tout de même été au terme de mon contrat, mais certaines créations ne pouvaient pas être exploitées pendant dix ans. Il a fallu tout reconstruire.
On t'associe parfois au label de Ken Vybz. Qu'en est-il réellement ?
Beaucoup pensent que j'ai été signée chez lui, mais ce n'est pas le cas. J'ai toujours été indépendante. Après « Fight Ova Man », j'ai eu un conflit avec la personne qui avait enregistré le morceau. Je me suis retrouvée sans studio. Ken Vybz m'a alors accueillie et a été une sorte de mentor musical.
Pourquoi avoir choisi de rester indépendante ?
Avec ton propre label, si tu sais le gérer et obtenir des financements, les bénéfices te reviennent. En label, les pourcentages s'accumulent et parfois tu n'es même pas payée. Aujourd'hui, si je suis à perte, j'en assume la responsabilité.
Quelles difficultés rencontres-tu en tant que femme dans l'industrie musicale ?
La première difficulté est financière : produire une musique de qualité demande beaucoup de moyens. Et dans les négociations, les choses ne sont pas toujours les mêmes quand tu es une femme. J'étais jeune et personne ne me prenait vraiment au sérieux. Quand j'affirmais ce que je ne voulais pas faire, certains devaient penser : « Qu'est-ce qu'elle raconte celle-là ? » Avec les années et mon caractère, j'ai appris à m'imposer. Ne pas rentrer dans certains clichés peut fermer des portes, et ça m'en a fermé. Mais je préfère préserver ma liberté plutôt que de la perdre.
Goldn.B : Maille Café, un parcours en quête d'indépendance artistique
Lors de la 20e édition des Lindor de la musique guyanaise, organisée le 26 septembre 2026, Goldn.B a été distinguée par deux nominations : celle d'Artiste interprète féminine de l'année et celle de l'Album de musique urbaine pour son projet Maille Café. Sorti le 15 mai 2026, ce premier album studio marque une nouvelle étape dans le parcours musical de l'artiste guyanaise, qui poursuit ainsi son évolution et affirme davantage son identité artistique.

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