Haimegédéji : « La traversée des espaces, c’est le chemin vers l'harmonie »
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Poésie

Haimegédéji : « La traversée des espaces, c’est le chemin vers l'harmonie »

Propos recueillis par Sabrina GUILLOT-ALONSO
Haimegédéji est poétesse depuis 20 ans
Haimegédéji est poétesse depuis 20 ans • SGA

L’autrice guyanaise Haimegédéji publie La traversée des espaces, un recueil de poèmes consacré à la violence et à la résilience, aux Éditions Au Maximum

À travers ce nouveau recueil, disponible en septembre, Haimegédéji, qui écrit depuis plus de vingt ans, franchit une nouvelle étape en étant pour la première fois accompagnée par un éditeur.

De son vrai nom Marie-Gabrielle Ferraty, elle livre une œuvre nourrie par les violences intimes, sociales et historiques et par la capacité des êtres à se relever. 

À quoi correspond cette « traversée des espaces » ?

La traversée, c’est l’histoire d’une résilience. Pas d’une seule résilience, mais de plusieurs résiliences qui m’ont frappées autour de moi.

Le recueil est construit en trois parties, relativement déséquilibrées. Dans les deux premières, je pars de drames qui m’ont marquée et qui m’ont amenée à réfléchir à ce qu’est la résilience.

La troisième partie est constituée d’un seul poème, Plus jamais, qui porte sur cette expression et sur son ambiguïté. Le mot « plus » m’interroge. Il peut signifier davantage, alors que lorsqu’on dit « plus jamais », on souhaite précisément que quelque chose ne revienne pas dans notre vie. Cette réflexion sur les mots est importante pour moi.

Au fond, la traversée, c’est celle d’une personne qui voit une catastrophe s’abattre sur son chemin, qui doit traverser différents espaces pour parvenir à un état d’acceptation et, peut-être, retrouver une forme d’harmonie. 

Pourquoi avoir choisi de parler de violence à travers la poésie ?

La violence est présente dans le recueil sous différentes formes : elle peut être intime, sociale, historique. Mais ce qui m’intéresse particulièrement, c’est ce qui arrive après le drame.

Je suis très sensible à ce qui est inattendu, à ce qui n’est pas prévisible. Tout ce qui est fatal, dans ce sens-là, est généralement négatif. Mais ce qui me fascine, c’est la capacité des êtres à continuer malgré tout.

La catastrophe du Mont Cabassou m’a beaucoup marquée. Il y a vingt-six ans, dix personnes sont mortes dans un éboulement. On prend la route et soudain, tout se met à bouger, la terre se retourne. Cette soudaineté m’a profondément touchée.

Je pense que la population guyanaise est particulièrement résiliente. Mes propres drames personnels ont aussi contribué à approfondir ma réflexion sur ma condition et sur celle des autres.

Parler de violence, c’est forcément provoquer un débat public. Mais je ne cherche pas uniquement à dénoncer. J’essaie de comprendre et de montrer la démarche des victimes lorsqu’elles cherchent à se relever.

Votre regard d’autrice guyanaise nourrit-il particulièrement ce recueil ?

Oui, forcément. Ma mère vient de Mana et mon père est originaire de Martinique. Il était chercheur d’or et est né à Roura. Je dis parfois que je continue à chercher de l’or, mais dans les mots.

Mon histoire littéraire est très liée à la Guyane. J’ai publié Une Guyanaise en fuite en 2019, autour du marronnage et de la colonie de Mana.

Je suis aussi présidente de l’Association des auteurs guyanais depuis 2011. Nous sommes aujourd’hui une quarantaine d’auteurs et nous partageons nos expériences, nos conseils et nos réflexions. Il faut maintenant que la relève arrive …

Votre écriture mêle formes classiques et contemporaines. Comment travaillez-vous vos poèmes ?

J’écris au fur et à mesure. Certains textes étaient déjà connus de quelques lecteurs parce qu’ils avaient été publiés dans des livrets artisanaux. Je les ai retravaillés et améliorés, tandis que d’autres sont inédits.

La beauté est ma plus grande source d’inspiration. Quand je vis une expérience forte, je finis par écrire.

Dans le recueil, il y a des alexandrins mais aussi des formes plus contemporaines. Mais je n’ai pas voulu choisir entre les traditions. Cela correspond à mon caractère : je suis très tolérante et je pense que chaque tradition a quelque chose à raconter.

Qu’aimeriez-vous que les lecteurs ressentent en refermant La traversée des espaces ?

Je ne cherche pas nécessairement à donner des réponses. J’aimerais ouvrir un espace de réflexion, avec beaucoup de bienveillance et d’indulgence.

Cette publication représente une grande fierté pour moi. J’avais déjà publié à compte d’auteur, mais c’est la première fois que je suis véritablement accompagnée par un éditeur. Les Éditions Au Maximum sont une jeune maison guyanaise dynamique qui croit en ma poésie.

À la veille de la retraite, j’aimerais pouvoir devenir autrice à plein temps et publier les nombreux textes qui dorment encore dans mes tiroirs. J’espère continuer à écrire sur la beauté de la Guyane et la défense de l’environnement, deux thèmes qui me tiennent particulièrement à cœur.

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