Quand les déchets deviennent le décor du Vilaj' Eko Yana
L'association prépare ses décors avec des matériaux récupérés et associe à leur fabrication des jeunes accompagnés par le Caarud Relais Drogue Solidarité
« On ne voulait pas parler d'économie circulaire sans penser notre événement à travers elle. » Stéphanie Aurélien, présidente et fondatrice de l'association Ekoyana, tient à ce que le principe se retrouve dans chaque étape du Vilaj' Eko Yana . Le rendez-vous doit permettre de parler de réemploi, de réparation, de transformation et de recyclage, mais aussi de la façon dont chacun regarde ce qui est devenu un déchet.
Huit cnets canettes, trois cents bouchons, bouteilles, palettes : les matériaux récupérés s'accumulent pour devenir les éléments de décors, du photocall au totem. Derrière cette idée, il y a une question : « Comment limiter les ressources premières en imaginant de plus longues vies aux objets ? »
« On peut tout construire »
Une canette dans une main, des ciseaux dans l'autre, Alex , 21 ans, découpe avec application dans le cadre d'un atelier mené avec le Centre d'accueil et d'accompagnement à la réduction des risques des usagers de drogues (Caarud-Relais Drogue Solidarité).
« Avec les canettes, je peux penser à des trucs qu'on peut construire pour nous ou pour les autres. Laisser parler l'imaginaire », dit-il. L'activité, il l'a découverte la veille. Il a accepté de venir immédiatement. « Ça me fait sortir. » Alex se décrit comme quelqu'un de manuel. Peinture, musique, plantes, nettoyage, manipulation de machines : il a déjà touché à tout. « Penser à d'autres choses, ça m'apaise », confie-t-il. En cette matinée, il retrouve aussi l'envie d'avancer, avec deux objectifs en tête : « quitter le centre » et « un projet professionnel ».
Ils sont trois à participer à l'atelier. À côté, Fulbert, 24 ans, ne regrette pas non plus. « Ça m'occupe, ça permet de faire passer le temps. J'ai dit oui parce que ça fait toujours du bien, de se vider la tête. » C'est sa première fois sur un projet.
Valoriser la matière, mais aussi ceux qui la transforment
Pour Marie-Claude Lescourant, intervenante au centre, ces activités s'inscrivent dans l'accompagnement des personnes accueillies. « On accompagne les jeunes et les moins jeunes dans leur projet de vie à travers des actions de réinsertion. » Elle constate : « Ils veulent aller de l'avant, ça leur permet de s'impliquer dans des choses qui leur plaisent, de sortir, d'oublier. Ils sont épanouis, on le voit aujourd'hui. »
Le projet a aussi conduit Ekoyana vers Les Pas Mêlés, qui intervient sur l'insertion par l'art. Marvin Yamb connaît les pratiques des jeunes accompagnés. « Beaucoup d'usagers du Caarud passent leur temps à récupérer des objets, les transformer, à travailler avec leur main. Si on peut mettre leur pratique en lien avec un projet qui fait sens... » À L'Abattis, où se déroule la préparation,« on est à 90 % sur de la récup », explique-t-il.
Stéphanie Aurélien veut aller plus loin que la seule transformation des matériaux. « On a la valorisation de la matière. C'est une chose. Mais je pense qu'il est important aussi de mettre l'accent sur la valorisation humaine. »
L'un des jeunes prendra la parole lors de la conférence du 25 septembre. Pendant dix minutes, avec des photos des ateliers, il racontera son expérience, ce qu'il a réalisé et ce qu'il en a retiré. « Avec ses mots, comme il est, comme il vient. »
Du déchet à l'œuvre, mais aussi de l'atelier à la scène : le Vilaj' Eko Yana veut montrer ce qui change de valeur quand on lui donne une nouvelle vie.

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