La claque infligée à Trump, vue d'Europe
L'Europe a poussé un ouf de soulagement en découvrant au réveil l'ampleur du revers subi par Donald Trump aux élections de mi-mandat.
Mais cette claque électorale changera-t-elle réellement la donne pour le Vieux continent ?
Prudence.
Un autre Trump ?
Le raz-de-marée des démocrates faisait naître à Bruxelles un espoir prudent mercredi: celui de voir, au moins en partie, la relation avec Donald Trump se rééquilibrer.
"Je pense qu'il y a ici un sentiment de soulagement à l'idée que c'est le début de la fin de l'ère Trump, et personne n'en est plus heureux que les Européens", résume un diplomate auprès de l'AFP.
Le Premier ministre espagnol Pedro Sánchez s'est réjoui que cette "vague" s'écroule.
Depuis le retour fracassant du milliardaire républicain à la Maison Blanche, l'UE a dû faire le dos rond.
En deux ans, les Européens ont encaissé les secousses -- du tapis rouge déroulé par le président américain pour Vladimir Poutine en Alaska, aux droits de douane de 15% imposés au continent.
"Cela a été très compliqué", souffle ce diplomate.
Mais dans le fond des dossiers, personne ne s'attend à un revirement spectaculaire.
Quid de l'Ukraine et l'Otan?
A commencer par l'Ukraine.
Même avec des démocrates aux manettes de la Chambre des représentants et du Sénat, l'UE ne pense pas que l'aide américaine à l'Ukraine reprendra pour autant.
"Les démocrates se replient sur eux-mêmes" et "s'attendent aussi à ce que l'Europe" finance l'Ukraine, résume un diplomate européen, s'exprimant sous couvert d'anonymat.
Au cours des dernières semaines, les Européens se sont d'ailleurs tournés vers d'autres partenaires, comme le Canada ou le Royaume-Uni, pour tenter de trouver les 70 milliards d'euros réclamés par le président Zelensky pour financer son effort de guerre en 2027.
À l'Otan, le scepticisme est similaire.
Les alliés européens attendent avec appréhension les conclusions du Pentagone sur le redéploiement des forces américaines en Europe, prévues en décembre.
Et la tendance de fond semble déjà engagée: l'Europe prend progressivement en charge sa propre défense.
Plus de dialogue sur la tech?
Les Européens ne s'attendent pas non plus à ce que les démocrates renoncent totalement aux droits de douane de 15% imposés par Donald Trump au Vieux continent.
La question des droits de douane a certes été très présente durant la campagne américaine.
Mais selon un récent sondage du Council on Foreign Relations, seuls un quart des Américains soutiennent l'abandon complet de ces mesures.
Depuis deux ans, les Européens sont également engagés dans un bras de fer avec les Américains sur la tech. Proche des dirigeants de plusieurs géants de la tech, l'administration Trump dénonce régulièrement l'arsenal législatif européen encadrant les plateformes, qu'elle assimile à une forme de censure.
Après la victoire des démocrates, "nous espérons avoir davantage d'espace pour dialoguer et travailler avec le Congrès sur des enjeux mondiaux communs, comme l'IA ou la cybersécurité", confie un responsable européen.
L'Iran et l'inflation
De Paris à Athènes, de Rome à Madrid, les Européens manifestent depuis plusieurs semaines contre la vie chère. Portée par l'envolée des prix de l'énergie liée à la guerre en Iran, l'inflation dans la zone euro a atteint son plus haut niveau depuis trois ans.
Les nouvelles frappes, menées par Washington ces derniers jours, ont fait craindre que la situation ne s'aggrave à nouveau.
Quel effet la défaite du camp Trump aura-t-elle sur ce conflit? Et donc sur le coût de la vie des Européens?
Délibérément ou non, le milliardaire américain maintient le flou sur ses intentions.
del-cjc/adc/lpt

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