Pâques : la tradition n'est plus ce qu'elle était
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FÊTES DE PÂQUES

Pâques : la tradition n'est plus ce qu'elle était

Archives France-Guyane
Régine Horth, figure de la culture guyanaise, témoignait en 1993 de l'évolution des traditions de Pâques et de la perte de leurs repères.
Régine Horth, figure de la culture guyanaise, témoignait en 1993 de l'évolution des traditions de Pâques et de la perte de leurs repères. • ARCHIVES FRANCE-GUYANE

France-Guyane reproduit ici une archive publiée le 10 avril 1993 dans laquelle Régine Horth, grande dame de la société guyanaise, raconte les fêtes de Pâques d'autrefois

" La célébration de la fête de Pâques n'a plus rien à voir avec autrefois. Puisque la tradition n'a pas su imposer son veto, les gens font n'importe quoi et ne respectent plus rien " déclare d'emblée Régine Horth. Celle qui a longtemps été une animatrice de talent sur RFO et que l'on connaît surtout pour sa défense de la tradition guyanaise n'est donc plus à présenter. C'est une référence culturelle.

Elle parle avec une certaine amertume de son époque, de mœurs qui ont bercé son enfance et qui, aujourd'hui, n'existent presque plus. Outre le côté religieux qui n'a plus la même importance, la célébration de Pâques était surtout l'occasion de faire une fête entre amis et tous les membres de la famille.

Une délicieuse odeur

Le carême qui précède cette période d'allégresse est de moins en moins respecté. Jadis, chaque détail avait son importance. Après la saison des pluies, le petit été de mars annonçait le renouveau de la nature. Les familles tuaient le petit cochon (le tcho tcho) que l'on avait pris soin de nourrir avec les graines d'awara. Ce qui permettait à la graisse de l'animal de dégager une délicieuse odeur du fruit.

Le cochon d'aujourd'hui est industriel. De moins en moins de familles, sauf dans les communes éloignées, utilisent le cochon de la ferme. Le bouillon d'awara n'était du reste pas le seul plat traditionnel guyanais. Il y avait aussi le colombo de tortue. Mais la tortue étant maintenant une espèce protégée, il devient difficile de préparer ce mets savoureux. Autre souvenir de Régine Horth : la pâte d'awara. On la préparait dans le courant de la semaine sainte et non plusieurs mois à l'avance, comme actuellement. Son goût était encore plus relevé et donnait à notre mythique bouillon une saveur confinant au divin.

La recette du bouillon d'awara, plat emblématique des fêtes de Pâques en Guyane, détaillée dans France-Guyane en avril 1993.
La recette du bouillon d'awara, plat emblématique des fêtes de Pâques en Guyane, détaillée dans France-Guyane en avril 1993. • Archives France-Guyane

Où est passé le rara

En ce qui concerne la célébration de Pâques, elle commençait dès le jeudi saint par le départ des cloches de Pâques qui ne revenaient que le samedi Gloria. Le vendredi à midi, toutes les cloches des églises se mettaient à sonner et les enfants couraient dans les rues avec leur rara (petit jouet en bois) qui produisait une sonorité de crécelle, d'où l'expression " To ka palé kon roun rara lasimenn sent".

Après la messe de huit heures, les gens rentraient chez eux prendre un bain pour se purifier. Dans certaines communes, pêcheurs et chasseurs partaient tous et revenaient quelques heures plus tard avec leurs produits respectifs. Concernant le jeûne du vendredi, " ce n'est pas une règle d'autrefois, c'est l'église qui en est à l'origine " précise Régine Horth.

Arrivait alors le dimanche de Pâques où tous se retrouvaient pour chanter, danser et bien entendu pour déguster le fameux bouillon d'awara made in Guyane. Les enfants plus libres que les autres jours, en profitaient pour grimper aux arbres pour mieux savourer leur plat rempli de bouillon.

 

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