Davy Rimane, député : «Ce n'est pas l'immigration qui pose problème, c'est l'improvisation»
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Davy Rimane, député : "Ce n'est pas l'immigration qui pose problème, c'est l'improvisation"

Réponse à la tribune d'André Rougé par Davy Rimane, député de Guyane
Davy Rimane, Député de la Guyane (2e circonscription) et président de la délégation aux Outre-mer à l'Assemblée nationale.
Davy Rimane, Député de la Guyane (2e circonscription) et président de la délégation aux Outre-mer à l'Assemblée nationale. • DR

Davy Rimane répond au député européen du Rassemblement national André Rougé qui veut mettre fin à la passoire migratoire que représente la Guyane à ses yeux

La tribune récemment publiée par un député européen du Rassemblement national sur la Guyane [lire ci-dessous] s'inscrit dans une mécanique désormais bien rodée : désigner l'immigration comme cause unique de tous les maux, amalgamer migrations, insécurité et narcotrafic, et faire mine de découvrir un territoire que l'on ne connaît manifestement pas.

 

 

Car s'il est aisé, depuis Bruxelles ou Paris, de parler de " passoire migratoire ", il est plus

difficile d'affronter la réalité quotidienne de la Guyane. Celle d'un État qui manque à répondre aux attentes en matière d'accueil, d'instruction des droits et d'accompagnement des personnes migrantes.

Avant de dénoncer une prétendue facilité d'accès à la nationalité française, il serait utile de confronter ce discours aux réalités administratives et humaines du territoire. Contrairement à ceux qui commentent la Guyane à distance, je reçois, chaque semaine, des dizaines de sollicitations liées à des retards anormalement longs dans le traitement des titres de séjour, laissant des personnes dans une précarité juridique totale, parfois pendant des années. Ces situations fragilisent des familles entières, alimentent l'angoisse sociale et placent des individus hors du droit.

Les conditions d'accueil en Guyane sont indignes

Le Rassemblement national ne dit mot non plus sur un point essentiel : les conditions d'accueil en Guyane sont indignes et largement en dehors du droit commun. Il n'existe pas, sur ce territoire, de centre d'accueil pour demandeurs d'asile à la hauteur des besoins, alors même que la loi le prévoit. Cette situation, régulièrement dénoncée par des organisations comme le GISTI, n'est pas une anomalie passagère : elle résulte d'un régime d'exception appliqué aux outre-mer, où les droits sont souvent théoriques et leur effectivité aléatoire.

 

 

Que produit-on lorsque l'on laisse des populations entières sans hébergement, sans accompagnement social, sans droit au travail, parfois sans accès réel à la santé ? On fabrique de la marginalité. Et cette marginalité devient le terreau idéal pour l'économie informelle, puis pour la délinquance et les réseaux criminels. Le narcotrafic prospère moins sur l'immigration que sur l'abandon, sur la misère organisée et sur l'absence de politiques publiques cohérentes.

C'est là toute l'hypocrisie du discours du RN : il dénonce les conséquences sans jamais interroger les causes. Il parle d'ordre, mais refuse de parler de droit. Il parle de sécurité, mais se tait sur l'absence de moyens, sur le sous-dimensionnement chronique des services de l'État, sur les carences en matière d'accueil, d'insertion et de coopération régionale.

"Ni phénomène récent ni anomalie"

L'immigration en Guyane n'est ni un phénomène récent, ni une anomalie. Elle est un fait historique, géographique et régional, lié à notre position amazonienne, à l'histoire coloniale, aux inégalités de développement dans le bassin caribéen et sud-américain. Faire semblant de l'ignorer, c'est refuser toute solution sérieuse. Si des personnes prennent le risque de quitter leur pays, ce n'est, rappelons-le, jamais par confort. La question migratoire ne peut être dissociée des relations diplomatiques et de coopération avec les pays d'origine, dès lors que les dynamiques migratoires traduisent des déséquilibres économiques, sociaux et sécuritaires profonds.

La tribune du Rassemblement national dit aussi autre chose : l'échec persistant de ce parti à s'implanter durablement en Guyane. Faute de compréhension fine du territoire, faute de travail de terrain, il lui reste le discours facile, celui qui agite la peur, les aides sociales et la concurrence entre pauvres comme horizon politique. Cette stratégie, déjà éprouvée ailleurs, vise à fracturer la société guyanaise en désignant des responsables commodes plutôt qu'en proposant des solutions concrètes.

Loin d'être un idéaliste enivré par un humanisme hors-sol, j'estime que l'immigration en Guyane n'est ni un tabou ni un épouvantail. En Guyane, ce n'est pas l'immigration qui pose problème, c'est l'improvisation.

Plutôt que d'alimenter des polémiques stériles, il est temps de changer de méthode. La Guyane a besoin d'un espace de dialogue structuré, associant l'ensemble des parties prenantes concernées par les enjeux migratoires, des associations aux acteurs économiques et politiques, en passant par les organisations de terrain.

C'est pourquoi je propose que, dès le début de l'année 2026, une rencontre territoriale dédiée à l'immigration soit organisée afin de dresser un diagnostic partagé et de formuler des propositions concrètes, réalistes et consensuelles, adaptées aux spécificités guyanaises.

Parce que l'immigration mérite mieux que des slogans, et la Guyane mieux que des postures.

Migrants cubains à Saint-Laurent en attente de leur laissez-passer pour traverser la Guyane vers le Brésil.
Migrants cubains à Saint-Laurent en attente de leur laissez-passer pour traverser la Guyane vers le Brésil. • EG

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