Le vol AH 5017, de la compagnie Air Algérie, devait rallier Ouagadougou (Burkina Faso) à Alger. Des mauvaises conditions météorologiques auraient obligé le pilote à modifier son plan de vol et à survoler le Nord Mali. (DR)
Dès l'annonce, hier matin, du crash du vol AH 5017 Ouagadougou-Alger et de la présence de Rivel Koussikana à son bord, les amis, les proches et les collègues de la famille sont venus apporter leur soutien aux parents du jeune homme.
Depuis hier après-midi, la maison de la famille Koussikana, à Rémire-Montjoly, vit au rythme des flashs spéciaux et des dépêches, attendant désespérément une confirmation du Quai d'Orsay pour la liste des passagers.
Devant la télévision du salon, les proches, les amis et les collègues de la famille se rongent les ongles en attendant que les journalistes se décident à confirmer le crash.
Guénéba Koussikana salue les nouveaux arrivants, sans trop s'attarder, pour ne pas avoir à croiser leurs regards inquiets, pour ne pas se mettre elle-même à pleurer.
Les coups de téléphone s'enchaînent avec régularité. Messages de soutiens de la famille, médias locaux, nationaux, personnalités officielles. L'activité permet à Guénéba de ne pas trop réfléchir, de retarder le moment de craquer.
NOUS VOUS TIENDRONS INFORMÉE
Il était un peu plus de 11 heures lorsque Guénéba Koussikana a reçu son tout premier appel de la journée, l'appel de l'un de ses frères en métropole. La mère de Rivel ignorait jusqu'à la présence de son fils dans le vol AH 5017. Un autre de ses frères, sa femme et leurs quatre enfants se trouveraient également à bord. Guénéba refuse d'y croire, crie contre son frère au téléphone, alerte son mari.
Aussitôt le couple allume la télévision. Rien n'est certain encore. Alger a perdu le contact avec l'avion. Cinquante et un Français se trouveraient à bord. À l'écran s'affiche le numéro d'une cellule de crise au Quai d'Orsay. Guénéba appelle aussitôt. Nom, prénom, âge, signalement. « Nous vous tiendrons informée dès que possible » , répond une voix angoissée à l'autre bout du fil.
NE PAS RESTER SEULS
Depuis, le téléphone n'a plus cessé de sonner, le salon de se remplir, les informations de se préciser. Pourtant, le Quai d'Orsay n'a toujours pas rappelé. Demain, Guénéba Koussikana et son mari ont déjà prévu de s'envoler vers la métropole retrouver le reste de leur famille, pour ne pas rester seuls.
À la télévision, la thèse du crash n'est plus remise en question. Une tempête faisait rage dans la zone où le contact a été rompu. Deux Mirages de l'armée française ont survolé la zone à la recherche de débris.
En fin d'après-midi, plusieurs médias annoncent que le site du crash est localisé, à 50 km au nord de la frontière du Burkina Faso. Le père de Rivel laisse échapper un sanglot. Guénéba détourne la tête. Les invités choisissent de baisser les yeux.
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Rivel Koussikana aurait eu 21 ans en novembre
Le jeune homme revenait de vacances avec sa famille et s'apprêtait à intégrer, à la rentrée, un mastère à l'université d'Angers.
En 2004, Rivel Koussikana a dix ans lorsqu'il arrive en Guyane avec ses parents. Le jeune adolescent suit d'abord les cours du collège Sainte-Thérèse de Montjoly, puis entre au lycée Léon-Gontran-Damas, à Vidal.
Comme tous les jeunes de son âge, Rivel s'essaie d'abord au football, sport qu'il pratiquera durant tout son collège, avant de découvrir le volley une fois entré au lycée, passion qui ne le quittera plus. La guitare fait également partie des talents que Rivel commence à développer à l'adolescence. La mère de Rivel Koussikana décrit un jeune homme passionné, droit, ambitieux. Une fois le baccalauréat en poche, Rivel revient dans l'Hexagone pour poursuivre ses études à l'Université catholique de l'ouest, à Angers. Après une licence en communication, Rivel s'apprêtait à poursuivre en mastère, en vue de devenir journaliste web.
En vacances, Rivel partageait son temps entre la France métropolitaine, où se trouvent ses amis, la Guyane, où sont installés ses parents, et le Burkina Faso, où vit une partie de sa famille.
Le vol AH 5017 devait justement ramener Rivel de l'une de ses visites à sa famille burkinabè. Le jeune homme voyageait avec son oncle, la femme de son oncle, et leurs quatre enfants.
D. L.
« On se doit de l'accompagner du mieux qu'on peut »
La réaction de Jean Ganty, maire de Rémire-Montjoly et employeur de Guénéba Koussikana, la mère de Rivel.
« Quand ce genre de malheur touche une personne, quelle qu'elle soit, il faut être solidaire, on se doit de l'accompagner du mieux qu'on peut. Cette fois, cela me touche encore plus puisqu'il s'agit de l'une de mes employées. Guénéba Koussikana est la directrice adjointe des services à la mairie de Rémire-Monjtoly. Dès que j'ai appris, je lui ai donné sa journée pour qu'elle puisse essayer d'avoir des nouvelles de son fils. J'ai ensuite averti tout le personnel municipal pour que tous partagent le même sentiment de solidarité. Pour ma part, je suis resté en mairie pour essayer d'obtenir des informations de mon côté. »
Propos recueillis par Bernard DORDONNE
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