Les journaux des Outre-mer s'allient pour survivre
L'Alliance de la presse d'information générale crée une commission dédiée aux titres ultramarins, à la situation économique critique, pour alerter les pouvoirs publics. Plusieurs titres ont disparu ces dernières années.
Préserver une information pluraliste de qualité dans les Outre-mer est « une urgence démocratique ». Pour répondre à cette urgence et relever les défis spécifiques de leurs territoires, les éditeurs de quotidiens ultramarins membres de l'Alliance de la presse d'information générale (Apig) annoncent la création d'une Commission outre-mer dédiée.
Constituée à l'initiative de Béatrice Cléon, directrice générale de France-Antilles et France-Guyane, et d'Henri Nijdam, directeur général du Quotidien de La Réunion, cette nouvelle structure entend réunir les éditeurs de publications quotidiennes ultramarines afin de, selon un communiqué, défendre « leurs intérêts spécifiques et développer des solutions adaptées à leurs défis communs (accès aux matières premières, surcoûts de production, marchés publicitaires restreints, distorsions de concurrence, etc.) ».
Dans les faits, cette nouvelle commission ambitionne de permettre à ses éditeurs de « partager leurs bonnes pratiques en matière de transformation numérique, de développer les échanges rédactionnels entre les différents titres et de réfléchir à la mise en place d'alliances commerciales et de couplages publicitaires », ajoute le communiqué.
« L'objectif est de réunir des titres ayant des problématiques communes afin de parler d'une seule voix aux pouvoirs publics et de partager un certain nombre de bonnes pratiques industrielles », explique Béatrice Cléon qui prend la présidence de cette commission. « La disponibilité d'une information pluraliste est aujourd'hui compromise dans plusieurs territoires d'Outre-mer. Or les enjeux démocratiques sont particulièrement sensibles dans ces territoires, et le maintien d'un espace de débat y est crucial. L'égalité d'accès de tous nos concitoyens à une information fiable exige une mobilisation immédiate et des réponses adaptées » poursuit la directrice générale du groupe France-Antilles.
Des propositions
Ces dernières années ont vu la disparition de plusieurs titres emblématiques comme Les Nouvelles Calédoniennes (mars 2023), La Dépêche de Tahiti (octobre 2023) ou Le Journal de l'Île de la Réunion (août 2024), témoignant d'une fragilité structurelle qui met en péril le pluralisme de l'information dans des territoires.
Les patrons de la presse ultramarine ont identifié nombre de difficultés : des coûts de production et de distribution de l'information beaucoup plus élevés que dans l'Hexagone, notamment pour le papier et pour l'activité de portage, et qui connaissent une inflation plus forte ; un marché publicitaire plus réduit, où les éditeurs subissent une forte concurrence du service public ; un bassin de journalistes et professionnels de l'information réduit, et une concurrence, là aussi, élevée du service public, capable de proposer des conditions salariales plus attrayantes.
Aujourd'hui, les représentants de cette commission Outre-mer au sein de l'Alliance ont réfléchi à un certain nombre de propositions pour que la presse perdure dans nos territoires. À travers cette « Alliance de la presse outre-mer », ils proposent notamment d'orienter les investissements publicitaires de l'État (Service d'Information du Gouvernement, Ministères, administrations...) vers les médias producteurs d'informations fiables, alors que les plans médias actuels tendent à privilégier les plateformes numériques. De même, les éditeurs demandent d'assouplir les conditions d'obtention de l'aide aux quotidiens à faibles ressources publicitaires ou encore de moduler les barèmes d'aide au portage et au postage.
Enfin, l'Alliance propose d'augmenter l'enveloppe de l'aide au pluralisme des titres ultramarins (actuellement de 2 millions d'euros pour tous les territoires) pour tenir compte des difficultés spécifiques d'approvisionnement et de distribution. Dernier de leur chevaux de bataille : conditionner l'habilitation à publier des annonces légales des sites d'information en ligne à une réelle valeur ajoutée éditoriale.
Forts de ces propositions, les titres ont cependant des raisons d'espérer, à l'image de la diversification opérée par le groupe France-Antilles. « La flexibilité de notre marché nous permet d'être innovants et précurseurs et nous permet d'avoir de belles réussites. Nos quotidiens restent le vaisseau amiral du groupe, mais nos bons chiffres sur le digital, les audiences très satisfaisantes de notre nouvelle web radio démontrent que la diversification annoncée est une solution » explique la directrice générale, Béatrice Cléon. Les Outre-mer ont des handicaps structurels pour les médias, mais ce sont aussi de formidables terrains d'opportunités...

La radio 100% Caraïbes

- Suivez-nous
-
-
-
-
-
-
S'inscrire aux newsletters