La proposition de loi Patient a été rejetée par l'Assemblée nationale avec 74 voix contre et 64 voix pour
Le député Jean-Victor Castor appelle à la désobéissance civile
La proposition de loi de Georges Patient visant à lever dans les territoires d’outre-mer l’interdiction de recherche, d’exploration et d’exploitation des hydrocarbures a été rejetée par l'Assemblée nationale avec 74 voix contre et 64 voix pour.
"C'est une continuité des rapports coloniaux avec paternalisme. Réduisez votre consommation et vous ne le faites pas. Notre pays c'est votre droit à polluer. Vous allez créer des troubles à l'ordre public. L'ensemble de la classe politique vous a dit quelque chose et vous rejetez cette expression. Je le dis j'appelle les Guyanais à la désobéissance civile. Je sais que je n'ai pas le droit de le faire dans cet hémicycle et pourtant je le fais", s'emporte Jean-Victor Castor à l'issu du vote.
Pourtant, l'amendement pour la suppression de la PPL Patient avait été rejeté par l'Assemblée nationale à 63 voix pour 101 votes exprimés. Donc le débat a continué sur l'adoption ou non de la PPL Patient par l'Assemblée nationale.
En bref, il s'agissait de mettre fin à la loi Hulot dans les Outre-mers. Le débat avait commencé dans le Palais Bourbon à 11h35.
L'amendement sur l'extension de cette loi à l'ensemble du territoire français a aussi été rejeté.
La suppression de Saint-Pierre Miquelon de cette loi a été rejetée.
L'amendement de repli des socialistes qui veulent inscrire cette exploration et exploitation dans les objectifs nationaux est rejeté.
Jean-Victor Castor est contre cet amendement. "1,1 milliard d'euros pour la PPE sont indiqués pour la transition écologique avec seulement trente millions d'euros publics, le reste doit venir de la part du secteur privé. Nous sommes les premiers à veiller au grain de la sauvegarde de notre territoire. Nous saurons surveiller cela", promet Davy Rimane.
Le débat avait commencé avec le ministre Lescure. "Un texte anachronique. On peut arrêter de consommer des hydrcarbures d'ici 2045. C'est crédible", décrit le ministre de l'Economie, Roland Lescure. Il revient sur les avancées du plan bas carbone et qu'une telle loi remettrait en cause ces avancées sur le plan national et international.
"Je comprends cette proposition de loi au vu des enjeux du développement économique mais le pétrole n'est pas l'avenir car premièrement il n'y a pas de gisement. Des moyens colossaux en 1964, 1972 1976 et 2018 ont été mis en place en Guyane pour en trouver. Il faudrait attendre 20 ans pour le moindre forage. On ne répond pas à l'urgence avec un tel mirage d'argent qui tomberait depuis les bas fonds", tempère le ministre.
Il a mentionné l'avancement de la PPE (Programmation pluriannuelle de l'énergie) qui sera signée cette année, après sa présentation par le préfet en début d'année avec ... trois ans de retard.
"La Guyane est déjà un modèle énergétique avec 75 % d'électricité issue de l'énergie renouvelable et devrait arriver à 100 % dans les prochaines années. Il y a des projets d'hydrogène et la centrale EDF en 2028 avec l'huile de Colza. C'est ce modèle qu'on veut accompagner avec la biomasse, le solaire", assure Roland Lescure.
Jean-Victor Castor en tant que rapporteur de la PPL lui a répondu. "Je représente les Guyanais. Les politiques sont derrière cette PPL à l'unanimité : CTG, maires, parlementaires. Si on doit respecter la démocratie représentative, on doit entendre ce que dit ce territoire. J'interdis à quiconque ici de se dire plus spécialiste que moi sur la Guyane," tance le député guyanais.
"Vous dites que la France va s'intéresser à la Guyane. Cela fait des années que vous le promettez sans aucune crédibilité, sans aucun résultat. jamais vous parlez du canal du Mozambique pour Mayotte et du plateau des Guyanes pour nous. Pourtant vous bénéficiez de ces explorations", remarque Jean-Victor Castor, membre du Mouvement pour la décolonisation et l'émancipation sociale (MDES).
"Si vous considérez qu'il n'y a rien pourquoi l'interdire ? Vous interdisez un mirage ? Chiche, levez l'interdiction et on verra ce qu'on verra avec une compétence de la CTG pour cette exploration", challenge le parlemantaire.
"Oiapoque était un village de 500 habitants, ils sont 40 000 aujourd'hui, 150 000 dans quelques années. Le taux de suicide dépasse l'entendement chez les peuples autochtones. La paupérisation atteint des records avec plus de 23 % en quelques années en Guyane pour atteindre 53 % de la population", analyse-t-il.
"La discrimination prend son lit ici. Je suis en rupture avec l'hypocrisie de ce lieu. Qui a construit sa prospérité depuis deux cents ans ? Pas la Guyane. Il existe une différence entre l'écologie et l'injustice. L'injustice c'est de nous demander de répondre à vos errements passés sans regarder notre région", pointe Davy Rymane, l'autre député guyanais.
"À trop respirer le rejet, j'ai le poumon perforé", scande Davy Rimane, qui reprend les paroles de Kerry James.
"C'est un instant de vérité que nous offre ce débat. La réalité de la Guyane n'est pas une abstraction écologique mais un dysfonctionnement quotidien de notre république. Le droit de savoir est de trop. On importe 90 % de notre énergie. La question n'est pas hydrocarbures ou non mais voulons-nous reprendre un peu de souveraineté," persifle Matthieu Bloch, union des droites pour la République qui défend un amendement pour étendre cette PPL à l'ensemble du territoire français.
"Vous n'êtes pas climatosceptique, monsieur le rapporteur, mais les groupes qui soutiennent cette PPL le sont ainsi que les industriels. Et notre désaccord est là. Si un industriel vous dit qu'il n'y a pas, il ne doit pas y avoir", prétend un député de LFI.
Julie Laernoes, écologiste et social qui a écrit la plupart des amendements prend la parole. "Ce débat est un contresens, ce texte est une démission éoclogique. On s'y oppose avec la plus grande fermeté. On doit stopper la consommation des énergies fossiles d'ici à quinze ans et ce texte propose exactement l'inverse. Ce texte est un mirage délétère pour ces territoires. Les populations locales ne seront pas les bénéficiaires de cette exploitation pétrolière. Oui, je ne me suis jamais rendue en Guyane mais je suis députée de la République de toute la République. Ce modèle est l'extractivisme. Je refuse que les Outre-mers soient réduits à des territoires où l'on viendra prendre nos ressources nécessaires. Tout le monde n'est pas d'accord avec vous en Guyane, monsieur Castor", conclut la député.
"Les rares pays qui nous ont suivis ne sont pas producteurs, après les accords de Paris. Les ressources naturelles sont les seuls leviers possibles car leurs marchés sont étroits.", critique Marie-Agnès Poussier-Winsback du groupe Horizons et indépendants, le groupe du candidat aux présidentielles Edouard Philippe.
"Lever l'interdiction ce n'est pas d'ouvrir la voie à l'exploitation; Ce n'est pas d'ouvrir une boîte de Pandore. Nos objectifs ne seront pas trahis. Le pétrole représentera 12% de la consommation globale en 2050. Pourquoi priver les populations locales de cette manne", demande la députée qui votera en faveur de la PPL.
"C'est un cri de la dignité et de l'autonomie décisionnelle que j'entends de la part de nos députés ultramarins. Comment ne pas aller dans leur sens, sous le seul prétexte d'un dogme ?", reprend Laurent Mazaury, du groupe UDI.
"Je choisis de faire confiance à ces territoires, à une économie du concret et donner du pouvoir à ceux qui vivent sur place. Elle rompt avec l'interdit jacobin. Elle ouvre la voie à un avenir choisi et non subi," s'enthousiasme le parlementaire Liot.
"Vous voulez décider pour nous et je dis attention à mes collègues écologistes. Avons-nous été consultés lors de la loi Hulot ? Attention à votre paternalisme, à votre manière de vous adresser aux élus guyanais. Qui va financer votre transition écologique en Guyane ? Nous n'avons pas de route. Nous ne croyons plus aux promesses. Nous devons décider de notre développement économique endogène. Vous parlez d'écologie, que faites-vous des filets dérivants qui viennent de Corée, de partout et ravagent nos fonds sous-marins ? De l'orpaillage illégal qui tue ? Nous ne ferons jamais pire que vous qui avez détruit votre environnement en Europe", fustige Jean-Victor Castor.
"On donne l'impression aux Guyanais qu'on va règler des problèmes que l'exploration d'hydrocarbures ne va pas règler. Avec un développement, qui arrivera dans 20 ans. Les fonds marins ont tous été explorés. Débattons de l'orpaillage légal qui pourrait combattre l'illégal par exemple", rétorque Roland Lescure, le ministre.
"C'est faux. Jamais la direction générale de l'énergie et du climat a fourni les documents liés à l'exploration des hydrocarbures à la CTG. Vous parlez de cartes jamais publiées. Moi, j'ai vu d'autres cartes qui disent que nous avons le même sol que tout le plateau des Guyanes. Par ailleurs, vous savez que nous ne recevons pas un euro de notre forêt qui compense vos dépenses carbones", contrecarre Jean-Victor Castor.
"Tout vous glisse dessus. On vient vous expliquez nos réalités et vous n'écoutez pas. On parle de vies humaines et vous montrez votre dogme comme un totem. Y aura un lendemain à ce vote. Vous risquez d'allumer en Guyane quelque chose que vous ne maîtrisez pas et ce ne sont pas des menaces mais une réalité. Apprenez à nous respecter nous ne venons pas avec des lubies", intervient Davy Rimane.
Depuis le début de la guerre au Moyen-Orient, le prix à la pompe à augmenter de 18 centimes et s'établit à 2,12 euros le litre. Au Suriname, il est de 1,12 euro et de 1,14 euro au Brésil.

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