Nelson Foix, présente Zion, son premier long-métrage, qui explore la réalité sociale de Pointe-à-Pitre. • JS
Nelson Foix, jeune réalisateur guadeloupéen, nous présente son film Zion.
Coproduit entre la Guadeloupe et Paris, ce premier long-métrage, avec ses dialogues en créole, est autant un film d'action tournée à Pointe-à-Pitre qu'un témoignage sensible et contemporain. Le réalisateur, fils de l'écrivain Alain Foix, en a lui-même écrit le scénario. Il répond à nos questions.
Les scènes d'affrontement avec la police sont nombreuses dans votre film, qui pose en filigrane la question de l'indépendance de la Guadeloupe. Quel est votre rapport à cette lutte ?
Mon rapport avec cela est propre à beaucoup de Guadeloupéens. Quand on lit sur nos murs « L'État français assassin », ça montre que le colonialisme est présent chez nous. La vraie question est celle de la souveraineté. Elle se pose au quotidien. Je ne pouvais pas passer à côté de cette épine dorsale, du squelette de notre pays. J'emploie volontairement le mot pays en raison du traitement qui nous est fait. Dans quelle région de France pourrait-on être privé d'eau potable sans que personne réagisse ? Aucune, sauf chez nous. En Guadeloupe, Martinique et Guyane, nous avons la sensation d'être traités différemment. Il y a deux poids, deux mesures : nous ne sommes Français que lorsque cela arrange certains, mais pas lorsque cela nous arrange nous.
Votre film est un tableau de la société guadeloupéenne à travers l'histoire de son héros. Avez-vous le sentiment de porter ces difficultés à la connaissance du public ?
Je n'apprends rien aux Guadeloupéens, ni aux Antillais en général, ni même aux Guyanais.
Mais le public de métropole n'a pas conscience de ce qui se passe aux Antilles. Ces spectateurs vont découvrir des réalités qu'ils ignorent. Les problèmes de violence sont connus, mais on n'en mesure pas l'ampleur. Mon film montre les enjeux liés à la consommation et à la vente de drogue. C'est une réalité de chez nous. J'aimerais que ce soit un cliché, mais ce n'est qu'un constat. On ne peut pas faire comme si cela n'existait pas.
Vous n'avez pas peur de noircir le tableau ?
Non, parce que Zion n'est un film ni violent ni sombre. C'est le portrait d'une Guadeloupe qui m'est chère. J'ai voulu mettre en lumière des lieux et des personnes que l'on invisibilise trop.
Je n'ai pas fait un portrait sombre de mon pays, au contraire, j'espère l'avoir mis en lumière.
Black Moon Films, Canal+, France Télévisions, The Jokers... De grands noms du cinéma figurent au générique de votre film, distribué dans l'Hexagone et en Outre-mer. Comment avez-vous réussi à produire ce long-métrage ?
Cela n'a pas été un long fleuve tranquille. Le cinéma est une industrie difficile d'accès. Il y a beaucoup d'obstacles à franchir avant d'arriver en salle. On est face à des décideurs qui ne connaissent pas nos réalités et qui ne sont pas toujours réceptifs. J'ai commencé à écrire Zion en mars 2020, et le film a été achevé en avril 2024. Cela m'a pris quatre ans.
Les dialogues du film sont en créole. Pourquoi ce choix ?
Ne pas employer le créole aurait été impensable. Mon premier souci était l'authenticité. Tout au long du processus de création, j'ai dû défendre ce choix. Certains diffuseurs étaient réticents à l'idée d'un film en créole, sous-titré. Mais dans notre milieu urbain, on parle créole. Dans les moments de tension, personne ne s'exprime en français. Mes comédiens ne sont pas des professionnels, et c'était plus fluide pour eux de jouer dans leur langue maternelle. Il fallait respecter cette réalité. Pour moi, c'était une évidence, et cela a été accepté.
Votre travail s'inscrit-il dans un renouveau du cinéma antillais ?
Bien sûr. Je souhaite qu'un véritable cinéma antillais se développe, avec une identité forte. J'espère que Zion va créer une dynamique. Mon film sort en même temps que Fanon (le biopic sur Frantz Fanon, réalisé par Jean-Claude Flamand Barny, ndlr). Jean-Claude est comme un frère. Nous sommes présents et nous faisons des choses. J'espère que demain, nous serons plus nombreux à vouloir nous raconter. Je n'ai rien contre le fait que Disney raconte des histoires de princesses blanches. Mais nous, nous devons raconter nos propres histoires, comme tout peuple devrait pouvoir le faire. Il est temps que nous arrêtions de laisser les autres parler à notre place.
Nelson Foix, présente Zion, son premier long-métrage, qui explore la réalité sociale de Pointe-à-Pitre.
Personnage de Tidog, figure marquante de Zion.
• JSD.R
Un film d'action ancré à Pointe-à-Pitre
Zion raconte les épreuves, les turbulences et même la guerre intérieure que doit affronter Chris, un jeune Pointois d'une vingtaine d'années confronté à l'inattendu. L'intrigue prend place dans une Pointe-à-Pitre contemporaine, avec ses rues surchauffées, y compris par le carnaval.
Le film sera diffusé en Guadeloupe, Martinique et Guyane dès le 14 mars, puis à Paris et dans toute la France à partir du 9 avril. Zion est le premier long-métrage du réalisateur guadeloupéen Nelson Foix, qui avait réalisé le court-métrage Ti moun aw en 2020.
Certains diffuseurs étaient réticents à l'idée d'un film en créole
Certains diffuseurs étaient réticents à l'idée d'un film en créole
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