Léon Bassières (1919) : «Cette terre ne peut plus être aux yeux du monde le pays des forçats»
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Tribune / Histoire

Léon Bassières (1919) : "Cette terre ne peut plus être aux yeux du monde le pays des forçats"

Boris LAMA, docteur en histoire
Léon Bassières (1871-1938), avocat avoué et ancien conseiller général, dans son opuscule " La Guyane française et la guerre. Pour la France et pour la petite patrie " (1919), dédié aux poilus Guyanais.
Léon Bassières (1871-1938), avocat avoué et ancien conseiller général, dans son opuscule " La Guyane française et la guerre. Pour la France et pour la petite patrie " (1919), dédié aux poilus Guyanais. • ARCHIVES TERRITORIALES DE GUYANE

Boris Lama sort des archives la contestation guyanaise au bagne dès son installation en 1852.

" Cette vieille terre française, que vous avez honorée une fois de plus - car elle le fut déjà, en 70, par le dévouement de ses nombreux engagés volontaires, plusieurs devenus officiers, l'un d'eux général - qui vient de fournir à la défense du sol national près de 2 000 soldats, - soit 10 pour cent de sa population, dont combien sont morts pour la France, - cette terre n'est donc pas, - elle ne peut plus l'être aux yeux du monde - le pays des forçats, comme on s'est plu jusqu'ici à la désigner. Ce ne sont pas les forçats qui sont allés à la guerre, ce sont des Citoyens français libres, de la libre Guyane [...] Vous vous êtes battus, vous avez versé votre sang, nos morts ont donné leur vie, pour le droit, la justice, la liberté du monde. C'est en vertu de ces mêmes principes, dont on ne peut vous refuser le bénéfice, que vous réclamerez de la Métropole le retrait de la transportation du territoire de la Guyane française ; le droit, la justice, la liberté bien compris exigent que chaque pays, chaque groupement de population garde ses propres malfaiteurs et ses repris de justice dangereux ; C'est aussi une question d'humanité, de moralité [...] La Guyane vous devra ainsi sa libération et réhabilitation aux yeux du monde. Qu'elle vous doive aussi sa Renaissance. "

Tels sont les mots de Léon Bassières (1871-1938), avocat avoué et ancien conseiller général, dans son opuscule " La Guyane française et la guerre. Pour la France et pour la petite patrie " (1919), dédié aux poilus Guyanais.

Les héros de guerre contre le bagne

Bassières demande à ces derniers, auréolés de leur qualité de héros de guerre, d'être les étendards des revendications guyanaises, parmi lesquelles, la suppression du bagne. On a ici retranscrit les sentiments des Guyanais de l'époque, qui vivaient péniblement le fait que leur pays ait été transformé en colonie pénitentiaire. J'ai écrit sur le sujet dans cet article : " Les aspirations à l'assimilation à l'épreuve de la présence du bagne dans la colonie de la Guyane française (1879-1938)".

On pense à tort que Gaston Monnerville a initié le combat pour la liquidation du bagne, mais en réalité dès 1852, les habitants de Guyane ont exprimé, au travers de leurs notables et élus, leur opposition à l'implantation de cette institution carcérale. Monnerville a porté le flambeau de cette résistance et est parvenu, dans une conjoncture favorable, à réaliser le rêve des générations précédentes. Les hommes tirent rarement les leçons de l'Histoire.

 

 

Depuis le roi François Ier, la déportation dans les colonies est considérée comme une alternative à la peine de mort et c'est sous la Première République que les premiers déportés politiques sont expédiés en Guyane, les prêtres réfractaires, puis les opposants du coup d'État du 18 fructidor an V comme Barbé-Marbois ou Billaud-Varenne qui sont internés à Sinnamary.

Napoléon III réutilise la Guyane, cinquante ans plus tard, pour enfermer ses opposants, en les y mêlant aux criminels de droit commun et la Troisième République décide en 1886 de faire du territoire le séjour des récidivistes. Il y a continuité entre l'Ancien Régime et la Cinquième République : hier c'étaient les déportés, les transportés et les relégués, aujourd'hui ce sont les islamistes et les narcotrafiquants, et sans doute si ce projet voit véritablement le jour, d'autres catégories que le pouvoir jugera indésirables.

 

 

Territoire des récidivistes

Les préjugés ont la vie dure, les représentations aussi...La droite " la plus bête du monde " répond aux exigences de la droite radicale et fasciste qui en 2020 collait des affiches " Les pédophiles à Cayenne " dans les rues de Paris. Ce désir a fait depuis son bonhomme de chemin, dans le microcosme droitardé, de Nicolas Dupont-Aignan aux chroniqueurs de CNEWS, puis récemment dans les paroles du chef des Républicains, Laurent Wauquiez, qui certes évoquait St Pierre et Miquelon, mais qui pensait aussi et surtout à la Guyane.

 

 

Aujourd'hui, Paris semble résolu à rouvrir un bagne 3.0 de manière déguisée. La France a le don de s'attirer l'antipathie de la part de populations qui ne lui sont pas fondamentalement hostiles, comme le montre l'engagement des Guyanais dans les deux conflits mondiaux.  Les élites au pouvoir à Paris semblent jouer le jeu des puissances étrangères qui veulent faire des territoires d'Outre-Mer leur chasse gardée.

 

 

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