Quelles ont été vos grandes missions durant ces six années ?
La première a été la mise en place de l'établissement public du Pag, c'est-à-dire l'outil. Les recrutements et la mise en place du fonctionnement de l'établissement. La deuxième a été l'élaboration du projet de territoire en co-construction avec l'ensemble des partenaires. Plus d'une centaine de conventions ont été signées avec les partenaires. Vous avez souvent qualifié le parc de facilitateur. Avez-vous des exemples marquants ?
Oui, on a une fonction transversale. On a la possibilité de travailler avec l'ensemble des partenaires, services de l'Etat, collectivités, monde associatif... Le premier exemple, c'est le Plan d'accompagnement du Parc amazonien, le Papa, où on a été l'interface du territoire, des différents opérateurs. On a fait le maximum à la fois pour soutenir l'Etat localement dans sa recherche de financements et aussi pour faciliter les relations avec les partenaires locaux et que ces projets se réalisent. Aujourd'hui, ce sont plus de 46 millions d'euros de travaux réalisés ou en cours sur des éléments indispensables à la qualité de vie des habitants. C'est de l'eau, de l'électrification, de l'assainissement, de la desserte... en même temps ce sont des prérequis au développement. « Développement » , c'est justement un mot qui est utilisé aussi bien par les pro que par les antiParc. Ces derniers reprochent au Parc d'être un frein au développement. Qu'est-ce que le Parc apporte en faveur du développement et qu'est-ce qu'il empêche ?
Le premier élément, c'est la traduction sur le terrain du Papa. On peut mettre en place des conditions favorables au développement. C'est aussi un travail sur les freins au développement qui peuvent exister pour un tas de raisons comme l'enclavement, les freins réglementaires.... Et puis c'est l'action qu'on a au plus proche du terrain, auprès de porteurs de pro- jets, des personnes dépositaires de savoir ou de savoir-faire et que nous aidons. Par le biais de l'intervention de nos agents, mais aussi avec le programme Leader conçu pour mettre à disposition du matériel, de l'outillage, etc. pour amorcer la pompe pour de futurs entrepreneurs. Un des grands chevaux de bataille du Parc, depuis sa création, c'est la lutte contre l'orpaillage illégal. Aujourd'hui, vu les chiffres qui font état d'une augmentation du phénomène sur tout le territoire et en particulier sur le Parc, considérez-vous que c'est une forme d'échec ?
Pendant plusieurs années, on a vu les effets très positifs de la lutte contre l'orpaillage. Il ne faut pas oublier que des militaires sont morts ou ont été gravement blessés. Il y a eu, sur une certaine période, une vraie amélioration. C'est vrai que depuis début 2012, on note une véritable inversion. Il y a eu une mission d'audit sur comment adapter et rendre plus efficace le dispositif de lutte. Je crois que cette lutte est très importante. Il n'y a pas de raison pour que les bons résultats ne reviennent pas. Samedi, vous avez interpellé le président de la République sur ce sujet en mettant l'accent sur la détresse des populations. Quelques jours plus tôt, les Hurleurs demandaient au préfet de mettre en place des indicateurs sur l'impact sanitaire de l'orpaillage illégal. Selon vous, c'est ce qui manque aujourd'hui pour vraiment se rendre compte de l'ampleur du phénomène ?
Ma position, ces deux dernières années, a été de dire qu'il fallait peut-être davantage mettre l'homme au coeur de ce dispositif et prendre en compte les populations qui sont en difficulté pour beaucoup, dans un contexte où l'orpaillage génère de grandes souffrances. Dans la synthèse de l'audit du dispositif Harpie, qui a été adressé aux ministres, il est bien noté que la priorité de l'action doit porter sur les bassins de vie. On a une superposition entre les zones impactées par l'orpaillage et les bassins de vie. On a d'immenses surfaces, tout au sud de la Guyane, où on n'a pas d'orpaillage mais où on n'a pas de bassin de vie. Ce thème de l'orpaillage illégal ne risque-t-il pas de provoquer la non-adhésion de certaines communes à la charte du Pag ?
Il est clair que l'orpaillage n'est pas compatible avec un statut de Parc national. Cette charte est un projet de vivre ensemble et de développement et, c'est vrai dans tous les pays du monde, on n'a jamais fait de développement dans des contextes d'insécurité. C'est vrai que c'est un préalable. Aujourd'hui, la charte a été approuvée par le Premier ministre, donc il y a une reconnaissance et un engagement de l'Etat. Mais ce n'est pas un aboutissement, c'est un commencement. On est sur une action qui va se dérouler sur une dizaine d'années. Il sera possible de réviser la charte si c'est nécessaire. Le plus gros du travail sur la charte a été fait mais l'essentiel reste à faire : l'adhésion par les communes qui doit avoir lieu dans les mois qui viennent. Ne regrettez-vous pas de partir avant que la charte soit adoptée par les communes ?
Les plus anciens des parcs nationaux ont 50 ans et ils ont toujours des projets d'actualité. J'étais venu initialement pour une durée de deux ou trois ans. Ensuite, je devais partir en juillet. Ma mission s'est prolongée puisqu'on avait l'instruction gouvernementale de la charte. Maintenant, c'est approuvé, on a un nouveau conseil d'administration, et la vie continue. Si vous deviez conserver une image, un moment fort de ces six années et demie ?
Il y a eu tellement de moments forts, de souvenirs, de moments de coeur à coeur, des moments d'une grande humanité, de découverte au quotidien. C'est une expérience qui m'a transformé et ça a été vraiment une aventure humaine. Même si on est en Amazonie, qui est extraordinaire, et que la Guyane est magnifique, ce n'est pas la dimension de biodiversité qui m'a le plus transporté, c'est la dimension humaine et je repars avec ça.
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