Saint-Denis : le déboulonnage d'une stèle en hommage aux victimes de l’esclavage fait polémique
La municipalité de Saint-Denis a déboulonné la stèle des 213 noms rendant hommage aux victimes de l’esclavage colonial de la place Victor Hugo de la ville, suscitant la colère des militants mémoriels.
Un enlèvement qui n’est pas du goût de tout le monde, ni des membres de l’association CM98, ni de l’association Sonjé, ni de l’artiste créateur de la stèle, Nicolas Cesbron, ni des cinquante personnes présentes jeudi soir à Saint-Denis, qui qualifient cet enlèvement de profanation honteuse et irrespectueuse. « C’est une mauvaise idée et la méthode n’est pas bonne. Elle est irrespectueuse. C’est une faute », avance le président de la fondation Esclavage et Réconciliation, le professeur Serge Romana.
À la place de la stèle des 213 noms des ancêtres victimes de l’esclavage, face à la maison de la Légion d'honneur à quelques pas de l’Hôtel de Ville, de la basilique et des tombeaux des rois de France, des passants ont déposé trois photos, d’Édouard Glissant, de Maryse Condé et d’Aimé Césaire, ainsi que le livre Le Cahier d'un retour au pays et des objets divers. « Je dois rencontrer Monsieur le Maire, Mathieu Hanotin, pour lui faire comprendre que c’est une vraie faute symbolique », avance le président du CM98, Emmanuel Gordien.
Les voix divergent, aucune association n'a demandé le déplacement de la stèle des noms, une sculpture mémorielle inaugurée le 23 mars 2013 par l’ancien maire communiste de la ville, Didier Paillard, en présence du ministre des Outre-mer, Victorin Lurel. Il y a certainement eu un manque de vigilance des associations mémorielles. « La façon dont cela s’est passé est inacceptable et je pense qu’il ne faut pas déplacer la stèle. Nous sommes dans un cadre qui a du sens », continue Serge Romana.
La municipalité a procédé à la dépose de la stèle le vendredi 29 mars dans le plus grand secret, sans prévenir l’association CM98 et l’artiste Nicolas Cesbron. Cette œuvre, commandée par le CM98, était le symbole de la journée du 23 mai pour le rassemblement de la commémoration de la journée des victimes de l’esclavage colonial dans la ville de Saint-Denis, depuis son installation le 23 mai 2013. Sur place, aucun écriteau n’explique pourquoi la stèle a été enlevée, aucune explication.
Ce jeudi soir, la communauté antillaise et des sympathisants se sont réunis sur ce lieu de mémoire, pour dénoncer une volonté de réécrire l’histoire. « Je suis très triste. C’est une profanation », avance Marie-Thérèse, une habitante de la ville de Saint-Denis.
La municipalité invite, le 11 avril, les responsables des associations à venir voir le lieu où se trouve la stèle, qui sera remise dans l’espace public le 23 mai prochain sur la petite place Robert de Cotte, l’ancien architecte du roi soleil, entre la rue du Cygne et la rue de la Boulangerie à proximité de la Légion d'honneur. Un lieu qui ne fait pas l’unanimité.
L’adjoint au maire, responsable de la politique mémorielle et des anciens combattants, le martiniquais Daniel Dalin affirme qu’il a été informé le jeudi soir très tard. Le vendredi matin, il était sur place, sans assister au déplacement de la stèle. « Je n’étais pas au courant. Je ne sais pas comment cela s’est passé. Je n’ai pas vu le déplacement de la stèle. J’aurai un entretien avec le maire à ce sujet », dit-il.
Daniel Dalin, adjoint au maire de la ville de Saint-Denis en charge du handicap, de la ville inclusive, de la politique mémorielle et des anciens combattants : « La stèle des noms qui est là depuis 2013 va être installée sur une place à côté. C’est un projet de la municipalité qui avait à l’origine l’acceptation des associations mémorielles, Sonjé et la CM98. Tout s’est passé sans que je sois informé après deux réunions avec l’agglomération de Plaine Commune dont le maire est le président. Je n’ai pas été informé. Je le vis mal, car j’ai mon nom sur la stèle et je suis proche du CM98 ».
Président du CM98, le docteur Emmanuel Gordien : « C’est d’une malhonnêteté absolue. C’est une faute symbolique majeure. Mais pourquoi font-ils ça ? La mémoire de l’esclavage est sous-considérée en France, dans notre pays malheureusement. Je demande qu’on nous donne notre place. Ce groupe humain, des gens qui sont nés en esclavage en ont besoin. Ils veulent gommer notre histoire, effacer la stèle, rendre invisible les 213 noms exposés à la face du monde. On ne peut pas déplacer la stèle sans ceux que les noms sont gravés dessus. Il faudra une démarche symbolique forte. J’espère que le 23 mai 2024 sera l’occasion de réparer cette faute symbolique."

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