Jean-Pierre Joseph, militant de la cause amérindienne est parti
Jean-Pierre Joseph, grand militant de la cause amérindienne, fondateur et président du Centre amérindien Kalawachi, et également ancien collaborateur aux mairies de Saint-Laurent et de Camopi, est décédé le 15 mars dernier. L'association Kalawachi lui rend hommage dans cette tribune.
L’association Kalawachi, sa famille, amis et relations ont la tristesse de perdre un grand militant de la cause amérindienne en Guyane.
Jean-Pierre Joseph, Amérindien Kali’na né en 1957 à Awala-Yalimapo a été dès la première heure, au début des années 80, l’un des protagonistes du mouvement autochtone de Guyane avec son frère Henri, aux côtés de Félix et Alexis Tiouka, Paul Henri, Thomas Appolinaire, Michel Thérèse et la plus jeune garde dont Jean-Aubéric Charles, Raphaël Auguste ou encore Jocelyn Thérèse.
Jean-Pierre Joseph est notamment intervenu auprès du préfet de Guyane et des services de l’agriculture et de la forêt pour faire appliquer le décret de 1987. Celui-ci prévoit dans son article R170-56 des droits d’usage collectifs sur des terrains domaniaux de la Guyane au profit des communautés d’habitants tirant traditionnellement leurs moyens de subsistance de la forêt. Cette action s’est faite au bénéfice de la population amérindienne de la région de Saint-Laurent du Maroni, et plus particulièrement le village Paddock. Ce travail a permis aux habitants de Paddock d’obtenir 5 000 hectares dans cette zone.
En parallèle, il est désigné coordinateur aux affaires Amérindiennes de la mairie de Saint-Laurent du Maroni. Il devient plus tard, de 1992 à 95, collaborateur de cabinet du maire de Camopi/Trois Sauts.
En 1996, il est nommé secrétaire général pour la mise en place de la cérémonie du 500e anniversaire de la découverte du continent américain par Christophe Colomb. L’objectif était de rassembler les communautés des Amérindiens de tout le continent, dont des Amérindiens de Guyane, à Paris. Ce travail, réalisé sous l’égide du député de Guyane Léon Bertrand et sous le haut-patronage du président de la République Jacques Chirac, a permis la présence de Rigoberta Mechu, prix Nobel de la paix et du Vice-Président autochtone de Bolivie, son excellence Cardenas. Une exposition sur les peuples amérindiens eut lieu en même temps à l’Assemblée nationale pour donner plus de poids à ces rencontres et les délégations furent reçues lors de réceptions dans les jardins de Lassay, à l’Élysée, dans les salons de la mairie de Paris et au siège de l’Unesco. Jean-Pierre Joseph a également contribué au très bel ouvrage/livre Oka « Écoute la nouvelle qui vient de loin », réalisé en support à cette manifestation.
En 2011, Jean-Pierre Joseph participe à l’année des outremers au Jardin d’acclimatation de Paris en collaboration avec la Région Guyane. Puis, il participe à la mise en place à Cayenne des journées des peuples autochtones de 2012 à 2017 sous l’impulsion de Rodolphe Alexandre, président de la Collectivité territoriale de Guyane.
Il est l’un des trois fondateurs du Centre Amérindien Kalawachi avec sa femme et son frère Henri. Ce centre, unique en Guyane, est un lieu qui a pour objectif de promouvoir la culture amérindienne dans toute sa diversité à travers ses traditions architecturales, artisanales, culturelles, gastronomiques. Il est porté juridiquement par une structure associative. Plusieurs années ont été nécessaires pour obtenir un terrain, le viabiliser, l’aménager et réunir les financements auprès de la Région, du CNES, de l‘Europe et finalement permettre la mise en œuvre d’un chantier école sous la responsabilité de Jean-Pierre et d’Henri Joseph, formateurs à l’AFPA. L’objectif étant que les jeunes amérindiens se réapproprient leurs techniques ancestrales de construction et bénéficient de formations dans les techniques modernes du bâtiment.
Le Centre Kalawachi a enfin pu être inauguré début 2009 avec non seulement la contribution de la Fondation du Patrimoine, mais aussi de certains membres de la famille, de tous les amis et membres bienfaiteurs qui se sont associés à cette aventure culturelle.
Jean-Pierre a pris la direction de Kalawachi alors que son frère Henri assurait la présidence de l’association, puis est lui-même devenu Président en 2021.
Son départ soudain survenu seulement quatre mois après celui de son frère Henri plonge la famille dans un deuil douloureux et laisse un vide parmi les militants de la cause autochtone.
L’association Kalawachi quant à elle poursuit ses activités avec en parallèle la préparation et mise en œuvre d’une réhabilitation/rénovation des infrastructures rendue nécessaire après près de 20 ans de bons et loyaux services.
Ses obsèques auront lieu le 21 mars à 10 h 45 au crématorium de Beaucaire, dans le département du Gard.

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