Marche : « Investir dans l'école pour contenir la violence »
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CAYENNE

Marche : « Investir dans l'école pour contenir la violence »

Jean-Marc KROMWEL
Depuis la blessure d'un professeur de Paul-Kapel par balle, deux rassemblements ont eu lieu pour dire « Stop à la violence » (photo d'archives)
Depuis la blessure d'un professeur de Paul-Kapel par balle, deux rassemblements ont eu lieu pour dire « Stop à la violence » (photo d'archives)

L'intersyndicale appelle à une marche (1) de tous les salariés guyanais pour alerter les services de l'État et les autorités locales sur les risques qui menacent la jeunesse. Il faut en finir avec l'attentisme en matière d'éducation. Sinon...

La balle reçue par Jean-André Boutin, le professeur de technologie de Paul-Kapel (lire pages 2 et 3), a été le détonateur. C'était le mardi 1er avril, un jour de mauvaise blague où ce nouveau fait grave a fait déborder le vase du « trop c'est trop » dans les établissements scolaires. Cet événement dramatique a révélé le ras-le-bol qui enflait en coulisses.
L'intersyndicale de l'éducation (lire ci-dessous) a donc décidé d'appeler, demain mardi, à la mobilisation la plus large possible pour inciter l'État et les élus locaux « à prendre leurs responsabilités face à la violence qui gangrène l'école de Guyane » . « Notre démarche dépasse le seul cadre de l'éducation, souligne Bruno Niederkorn du Steg-UTG. Nous lançons cet appel pour toute la jeunesse guyanaise, aujourd'hui totalement livrée à elle-même » .
RISQUES D'EXPLOSION SOCIALE
Les syndicats se disent très inquiets de la mauvaise conjoncture qui frappe le milieu scolaire. Une dégradation qu'ils attribuent à l'absence de projet pour le pays Guyane et à un manque flagrant de prévision. « 40 000 enfants arriveront en milieu scolaire dans les dix prochaines années, poursuit Bruno Niederkorn. Si l'État n'investit pas massivement dans les infrastructures nécessaires pour les accueillir, nous risquons l'explosion sociale. Et là, ça coûtera beaucoup plus cher à la société guyanaise » . Michèle Coueta (Steg-UTG) va plus loin : « On nous parle d'égalité républicaine en France. Mais la Guyane est laissée à l'écart de cette égalité. Ici, nous souffrons d'un retard de plus de vingt ans en matière d'éducation. L'école doit être la base d'un véritable projet de société » . Certains chiffres sont éloquents. Selon les syndicats, il y aurait 92 encadrants pour 1 000 élèves ici contre 152 pour 1 000 en Martinique. Et ce n'est qu'un exemple.
À ceux qui leur reprochent de vouloir jeter de l'huile sur le feu du malaise social, les membres de l'intersyndicale mettent en avant leur devoir d'alerte. « Il ne faudra pas nous dire qu'on n'avait pas prévenu » .
C'est pour dénoncer ces manques - et bien d'autres carences éducatives et sociales - qu'ils appellent donc à la mobilisation de l'ensemble des salariés guyanais demain. « Nous espérons avoir plus de 1 000 personnes dans les rues. Il faut que cette manifestation fasse du bruit » , insistent les membres de l'intersyndicale.
Les membres de l'intersyndicale invitent toute la population à une grande marche demain, mardi 15 avril. (JMK)
Les membres de l'intersyndicale invitent toute la population à une grande marche demain, mardi 15 avril. (JMK)
(1) Le rassemblement est fixé au rond-point du campus du Petit Monaco (campus Saint-Denis), sur l'avenue d'Estrées, à 7 h 30 pour une marche en direction de la préfecture.
REPÈRES
Il manquerait dix collèges et cinq lycées
« Il faudrait 330 millions d'euros pour que la Guyane rattrape son retard en matière d'infrastructures scolaires. Ce n'est pas nous qui le disons mais l'ancien recteur Denis Rolland » , assure Farouk Amri, de l'intersyndicale. À quoi correspond cette somme ? « À la construction de dix collèges et cinq lycées pour faire face à l'évolution démographique de la Guyane » , poursuit le secrétaire général du Steg.
Une intersyndicale très large
FSU, Steg-UTG, SUD, Se-UNSA, Sgen-CDTG, Snetaa-FO : ces sigles, qui nous sont familiers dès qu'il y a mobilisation syndicale, symbolisent le rassemblement du mouvement de demain. Ils revendiquent ensemble « un projet pour le pays Guyane » et surtout pour sa jeunesse. « Pour que l'engagement de François Hollande devienne enfin réalité, lui qui, durant la campagne présidentielle, avait promis que la jeunesse serait sa priorité » , assène Farouk Amri, au nom de l'intersyndicale.
Toute la Guyane en ZEP +
Parmi les revendications majeures des syndicats des personnels de l'éducation, le passage de la Guyane en zone d'éducation prioritaire + (ZEP +). Ce classement lui permettrait de bénéficier de moyens supplémentaires en matière d'établissements et d'encadrement. Car, selon Thomas Le Quenven, du syndicat Sud, « nous devons avoir les moyens de faire de nos élèves des citoyens et éviter qu'ils deviennent des délinquants » . « N'oubliez pas qu'ici, un jeune de moins de 25 ans sur deux est au chômage » , renchérit Bruno Niederkorn.

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