La Poste en Guyane : hémorragie de personnel, service public impacté, salariés en grève
Les représentants du personnel de La Poste étaient assignés en justice ce jeudi : l'audience a été renvoyée, mais la grève a bien eu lieu.
Un grand groupe de postiers s'est rassemblé devant le tribunal, jeudi 17 avril, dans le centre de Cayenne. Les employés ont répondu à l'appel à la grève de quatre syndicats, pour une mobilisation de 24 heures.
Ce jour a été choisi, car il coïncide avec une audience judiciaire dans laquelle les représentants du personnel ont été convoqués. Elle intervient après un refus par la direction de mener une expertise sur le manque de personnel dans le secteur de Saint-Laurent (qui regroupe administrativement la plupart des bureaux de l'Ouest-guyanais).
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L'audience a été renvoyée une énième fois, car les avocats des deux différentes parties n'ont pu être présents. "On n'a pas fait grève pour Saint-Laurent ou pour l'expertise, on a fait grève pour l'ensemble du département et des services. C'est l'hécatombe. Et si on ne réagit pas, on a quelqu'un en face de nous, M. Longeau (le directeur, NDLR) qui n'en a rien à faire", explique Georges Abdelkader, secrétaire général UTG-CGT-PTT, au sein de l'entreprise.
En un an, selon les salariés, l'effectif de La Poste en Guyane est passé de 512 à 453 personnes. L'intersyndicale parle à ce titre d'un "plan social qui ne dit pas son nom."
France-Guyane relatait déjà cette situation dans un récent dossier. Une "politique zéro embauche" est décrite, tandis que les arrêts et les absences ne sont pas remplacés.
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Des mois sans courriers
Cette situation salariale entraîne un allongement sans précédent des délais de livraison et une rupture du service public postal universel confié à l'entreprise.
Les usagers sont agacés. Dans un commentaire laissé sur notre page facebook, Julien Fougeret regrette : "La semaine dernière, j'ai reçu mon courrier de début février. En janvier, j'avais déjà reçu mon courrier de juillet, il ne faut pas nous faire croire qu'ils bossaient avant. Et maintenant une grève ? Ça ne va pas arranger nos affaires ! Que la direction prenne ses responsabilités." Une autre utilisatrice déclare : "Marre de recevoir 15 courriers ou plus en même temps et qui datent de plusieurs mois en arrière."
Fabrice Alphonsine, secrétaire départemental Sud PTT, le dénonce aussi et se défend : "Il y a le revers. Les usagers n'ont pas leur courrier. Ils ne reçoivent plus leurs cartes. On est souvent ciblés sur les réseaux. Mais ce n'est pas la faute des facteurs. Ils n'ont pas les moyens de travailler. Des bureaux n'ouvrent parfois pas par manque d'effectif. Et quand on travaille, c'est de façon dégradée. Les usagers le paient."
Dans un courrier envoyé avant la grève, l'intersyndicale déplorait déjà : "Nous sommes mobilisés pour dire stop à la dérive de La Poste de Guyane. Des semaines sans courriers, des colis en errance, des files d'attente interminables. Ça suffit."
Service minimum ce jeudi
Contactée, la direction de La Poste n'a pas répondu à nos questions, mais informe par communiqué : "Malgré les échanges, il n'y a eu aucune avancée significative. La discussion s'est arrêtée au 1er point de la plateforme revendicative, empêchant toute progression sur les autres sujets. La direction reste prête à poursuivre les discussions dans un cadre constructif." Un service minimum a été mis en place ce jour dans les bureaux principaux.
Pour l'intersyndicale, qui revendique "80 à 85 % de grévistes", le service partiel est assuré par les intérimaires et les encadrants. Dans leur déclaration après l'audience, les employés ont commencé à évoquer "la demande de démission du directeur", idée soutenue dans la foule.
L'audience a été renvoyée au 15 mai.

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