La consommation en berne
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La consommation en berne

Kerwin ALCIDE
Les produits alimentaires ne sont pas touchés par cette crise de la consommation, mais les ménages font de plus en plus attention aux prix. (HG)
Les produits alimentaires ne sont pas touchés par cette crise de la consommation, mais les ménages font de plus en plus attention aux prix. (HG)

Depuis la rentrée, les commerçants se plaignent d'un retard dans la reprise de la consommation. Les Guyanais, semble-t-il, consomment moins, et surtout différemment. Ils épargnent aussi bien plus qu'avant.

Dans les stations-service, les restaurants et bien d'autres commerces, le constat est le même : la consommation a du mal à repartir depuis la rentrée. Un gérant de stations-service raconte comment quelques clients, des habitués pourtant, se contentent désormais de mettre à peine une vingtaine d'euros dans le réservoir de leur voiture. Les tables de ce restaurateur cayennais restent désespérément vides le soir. « Les gens ne sortent plus » , se lamente-t-il. En réalité, les Guyanais ne consomment plus. Ils épargnent bien plus qu'avant. L'Insee et l'Iedom viennent d'annoncer que l'épargne a franchi la barre d'un milliard d'euros pour la première fois en Guyane.
Les Guyanais ont surtout changé leur manière de consommer. Le président de la Chambre de commerce et d'industrie, Jean-Paul Le Pelletier, confirme cette tendance. « Plusieurs commerçants m'ont fait savoir qu'il y a une chute de la consommation » , explique-t-il. Une chute qui concerne principalement les budgets destinés à l'habillement, aux loisirs et aux services. L'alimentaire n'est pas concerné. « Cela reste un poste important » , indique à son tour François Leboulanger, directeur de Carrefour, à Matoury. Se basant sur les trois ans d'expérience de l'enseigne, il reconnaît que les mois de septembre sont généralement « porteurs » avec la rentrée. Mais septembre dernier « a été moins porteur qu'on attendait » , confie-t-il. Les ventes des produits d'équipement, notamment, se sont effondrées. « La crise est là » , prévient François Leboulanger. Pour lui, le ralentissement économique ressenti dans les commerces n'a pas qu'une seule source. Il donne comme exemple ces foyers qui ont découvert qu'ils étaient désormais imposables alors qu'ils ne s'y attendaient pas. Face à cette nouvelle dépense obligatoire, ils consomment moins, différemment.
GUERRE DES PRIX
« On sent que c'est serré, affirme de son côté un responsable de centre commercial qui préfère garder l'anonymat. Les gens font de plus en plus attention à ce qu'ils achètent. » Par conséquent, les Guyanais scrutent désormais les prix avec une attention accrue et s'intéressent de plus en plus aux promotions, quitte à faire quelques kilomètres de plus pour dénicher une bonne affaire. D'ailleurs, ce responsable de centre commercial reconnaît que la « guerre des prix » existe et en veut pour preuve les nombreux « anniversaires » lancés ces derniers temps. L'objectif est de faire venir les clients. A Carrefour Matoury, on s'efforce « d'être exemplaire sur les prix » , confie François Leboulanger.
Mais ces efforts risquent d'être vains si aucune reprise ne s'amorce rapidement. Pourtant, personne ne semble voir une amélioration poindre à l'horizon. Certains spécialistes s'accordent même à dire que l'année en cours sera un exercice plat, sans relief. Et surtout que 2015 pourra connaître les mêmes difficultés « si les appels d'offres ne sont pas signés avant la fin de cette année » notamment dans le BTP où l'investissement s'est essoufflé depuis quelques mois. Car quand le BTP va, tout va. Bon nombre de salariés, intérimaires ou pas, sont étroitement liés à ce secteur d'activité. Et l'année très morose du BTP a certainement façonné la manière de consommer des Guyanais.
ET AUSSI...
Les Guyanais voyagent-ils moins ?
Signe de la crise qui touche actuellement la Guyane, la baisse de la fréquentation à l'aéropor t. « Il y a une diminution du nombre de départs » , confie Jean-Paul Le Pelletier, président de la CCIG, gestionnaire de Félix-Eboué. Mais ces chiffres pourraient être analysés autrement. Toujours sous l'angle de la consommation. En effet, il se peut que les Guyanais, là encore, consomment différemment et ne se privent pas de voyager. Ils pourraient chercher des solutions moins onéreuses, comme passer par le Suriname, d'où l'on peut rejoindre de nombreuses destinations.
Le BTP dans le creux
Après avoir été très dynamique ces trois dernières années, le secteur de la construction est en sérieux repli. L'Insee et l'Iedom, dans le dernier Comptes économiques rapides de 2013, indiquent « une baisse de près du tiers des autorisations de logements par rapport à 2012 » . C'est surtout le ralentissement de l'investissement public qui est montré du doigt. Paradoxalement, si la construction de logements reste en berne, les autorisations pour les locaux de bureaux et de commerces, elles, augmentent.
 
1 milliard, c'est ce que les foyers guyanais ont épargné l'an passé. Un record! Par manque de visibilité sur l'avenir, ils ont opté pour l'épargne, qu'il s'agisse de placements à long terme ou à court terme. L'encours des placements sur les livrets A et bleus est en hausse de 7,3% et celui de placements à long terme comme l'assurance-vie croît de 5,8%.
(Henri Griffit)
(Henri Griffit)

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