Le recours à l'avortement en Guyane est plus élevé qu'ailleurs
Près de 50 Guyanaises pour 1000 habitantes font appel à l'interruption volontaire de grossesse (IVG). Les violences sexuelles précoces expliquent en partie ce résultat.
Être une femme en Guyane, c'est se faire avorter plus de 1,5 fois dans sa vie en moyenne. L'agence régionale de santé (ARS) vient de publier ses chiffres sur l'avortement tandis que la loi Veil - qui a dépénalisé cette pratique - fête ses 50 ans le 17 janvier prochain.
Depuis plusieurs années, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) est un méthode plus recourue en Guyane qu'ailleurs à l'échelle nationale. Près de 3 700 y ont été réalisées en 2023.
La même année, on comptait 46,7 avortements pour 1000 Guyanaises âgées de 15 à 49 ans. Un taux probablement sous-estimé d'après Dr Nadia Thomas, présidente du réseau Périnat Guyane, puisque ne sont comptabilisés que les avortements hospitaliers. La soignante penche davantage pour "50 pour 1000".
"30 % des jeunes femmes entrent dans la vie sexuelle par un viol"
Le recours important à cette pratique s'explique par la combinaison de plusieurs facteurs. "Le recours itératif à l'IVG est très lié aux violences sexuelles subies. Ce sont des relations sexuelles non consenties qui amènent à des grossesses non désirées puis à l'IVG, résume Louise Vuylstecker, référente santé sexuelle et reproductive à l'ARS. On constate également que subir des violences sexuelles éloigne la victime du système de santé et l'amène à peu consulter."
Les difficultés d'accès au système de santé ainsi qu'à la contraception - ce que le Dr Thomas qualifie d'"échec" - comptent parmi les causes accélérant les grossesses non désirées en Guyane.
De même que celui des grossesses précoces, le nombre d'avortements exercés chez les 15-17 ans est le plus élevé à l'échelle française. En Guyane, cette catégorie a quatre fois plus recours à l'IVG que partout ailleurs en France. "30 % des jeunes femmes [guyanaises] entrent dans la vie sexuelle par un rapport forcé ou pas vraiment souhaité, c'est-à-dire par un viol", explique Dr Thomas.
Des spécialistes pour éclairer sur l'avortement en Guyane
Néanmoins, les médecins et chercheurs comprennent de mieux en mieux les motivations à recourir à cette pratique. Si le nombre d'avortements enregistrés en Guyane est en hausse depuis 2017, l'ARS relie ce constat à une meilleure récolte des données ces dernières années, et non à une hausse réelle des recours à l'IVG.
Ouverte au public, une journée de conférences dédiée aux questions sur l'avortement se tiendra à Cayenne vendredi 17 janvier prochain, en hommage à la loi Veil.
Sage-femmes, chercheurs, membres de la société civile... Différents spécialistes échangeront lors de cet événement présidé par Christiane Taubira. Notre journaliste Gérôme Guitteau interviendra pour échanger sur le thème "Réseaux sociaux, associations d'information sur la santé sexuelle. Des freins à l'IVG ?".

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