En carbet, attention aux morsures de chauves-souris
En 2023 et 2024, le mois d’août a été celui où le centre antirabique du CHU a enregistré le plus de consultations liées à des morsures de chauves-souris.
Le mois d’août, les grandes vacances et le retour de la saison sèche riment avec week-ends en carbet… et morsures de chauves-souris. Une étude réalisée par le centre antirabique du CHU – site de Cayenne, et présentée aux dernières Journées des soignants en avril, montre qu’en 2022 et 2023, c’est au mois d’août qu’est survenue la majorité des morsures de chauves-souris en Guyane.
Chaque année, le centre antirabique réalise un peu plus de 600 consultations après des morsures. L’an dernier, ce sont même 777 patients qui ont consulté en post-exposition.
Si les chiens sont en cause dans la majorité des cas, les chauves-souris sont à l’origine d’une consultation sur sept en moyenne (14 %). Mais en 2023, leur part a grimpé à 28 %. L’an dernier, elles représentaient encore 21 % des morsures, soit 165 patients. En 2023, 185 morsures de chauves-souris ont été comptabilisées au centre antirabique de Cayenne. La majorité (58 %) avait eu lieu sur le territoire de Roura, en particulier sur la Comté. Cette année-là, à elle seule, la rivière avait été le théâtre de deux morsures sur cinq (39 %). Et ces morsures survenues sur la Comté avaient toutes eu lieu entre le 9 août et le 31 décembre. En cinq mois, soixante-treize personnes ont consulté, dont 26 en août. En 2024, le nombre de morsures de chauves-souris sur la Comté est revenu à un niveau normal, avec seulement quelques unités par mois. Le centre antirabique a toutefois relevé à nouveau un maximum en août, avec sept consultations. « Vraiment, 2023 était une année particulière, et principalement les cinq derniers mois », constate Brigitte Roman Laverdure.
Sur les 108 espèces de chauves-souris présentes en Guyane, deux se nourrissent de sang, mais une seule s’attaque à l’homme. Elles peuvent aussi s’attaquer à d’autres mammifères, qui peuvent devenir à leur tour vecteur de la rage : chiens, chats, singes… Ces animaux peuvent transmettre la rage par morsure, griffure, mais aussi par léchage sur une muqueuse ou une peau lésée. L’incubation dure entre trois semaines et trois mois.
En Guyane, moins de vingt cas d’animaux porteurs ont été recensés en vingt ans. S’agissant des cas humains, un habitant de Rémire-Montjoly était décédé en 2008 et trois personnes ont subi le même sort dans le secteur d’Eau Claire, à Maripasoula, en février 2024.
Les personnes mordues par des chauves-souris sont majoritairement des résidents (61 %), puis des militaires exposés lors de leurs missions en forêt (23 %). Les touristes (12 %), les orpailleurs (3 %) et les chiroptérologues (les spécialistes des chauves-souris) (1 %) viennent ensuite.
La majorité a reçu une sérovaccination (85 %) comprenant en moyenne un flacon d’immunoglobuline et trois vaccins antirabiques en sept jours, administrés en intradermique.
S’agissant des sièges des morsures, les orteils représentaient la grande majorité (61 %), en particulier le gros orteil. Suivaient :
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Les pieds (15 %) ;
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Les bras (7 %) ;
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Les doigts (6 %) ;
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La tête (5 %) ;
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Les jambes et les mains (3 % chacune).
Plus de la moitié (51 %) avaient dormi sans aucune protection et seulement un tiers dans une moustiquaire. Parmi celles utilisant une moustiquaire, près de la moitié en avaient une intégrée au hamac, « ce qui n’est pas forcément la meilleure protection contre les morsures de chauves-souris », insiste une infirmière. Les moustiquaires amples se révélaient plus protectrices, puisque seules trois personnes en utilisant avaient été mordues. Dans ces cas-là, les entretiens ont révélé que la morsure avait pu être facilitée par une mauvaise position, comme un pied dépassant.
En revanche, l’étude n’a montré aucune particularité selon que l’on dort sur le côté ou au centre du carbet, ni selon que le carbet est proche ou éloigné de la rivière ou de la forêt. Les deux tiers des personnes ont toutefois été mordues au cours de la première nuit, et certaines tout au long de leur séjour. « Ce qui ressortait, c’est que 58 % des personnes reçues au centre antirabique ne savaient pas qu’il existait un risque d’exposition aux morsures de chauves-souris avant de se rendre sur les sites. Ce n’est qu’après la morsure qu’elles ont pris conscience du risque », constate Brigitte Roman Laverdure.

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