Aluminium et THM dans l'eau : votre responsabilité commence maintenant
Un collectif se met en place sur la question de l'eau du robinet polluée dans la CACL
Vous venez d'être élus au sein de la Communauté d'Agglomération du Centre Littoral. Avec ce mandat, vous héritez d'une compétence souvent présentée comme technique, mais qui ne l'est pas : la gestion de l'eau potable est une responsabilité sanitaire directe des élus.
Ce que vous engagez aujourd'hui n'est pas seulement une politique publique. C'est la qualité d'un bien vital consommé chaque jour par des milliers de personnes, sans alternative réelle pour une partie de la population.
Jusqu'à présent, on délivre une communication rassurante… mais insuffisante.
Depuis des années, un discours institutionnel s'est imposé :
• l'eau est conforme
• les paramètres sont maîtrisés
• aucun risque sanitaire avéré n'est démontré
Ce discours n'est pas totalement faux. Mais il est incomplet. Il repose sur des moyennes, des agrégations, des formulations rassurantes. Il ne décrit pas toujours ce que boit réellement la population.
Une réalité technique que vous devez connaître
Aluminium et THM
L'eau distribuée contient aujourd'hui, de manière variable :
1. Des résidus de traitement – l'aluminium
L'aluminium présent dans l'eau potable :
• provient des sels utilisés pour la clarification (par coagulation)
• n'apporte aucun bénéfice au consommateur
• dépend directement du pilotage des installations et de la méthode choisie initialement, bien avant que le système ai montré ses limites
C'est un résidu évitable, il n'y a pas de fatalité !
2. Des sous-produits de désinfection – les THM
Les THM (trihalométhanes) sont générés par la chloration, issus de la réaction avec la matière organique et plus particulièrement avec les résidus d'aluminium utilisé en amont du traitement.
Ils sont absorbés par ingestion, inhalation et contact cutané et connus pour leurs effets cancérigènes potentiels à long terme.
Ils ne sont pas supprimés : ils sont tolérés dans des limites réglementaires.
Le système de contrôle de la qualité de l'eau produite comporte un point aveugle : l'exposition réelle.
Le raisonnement institutionnel est simple : paramètre par paramètre, seuil par seuil. Mais la réalité est bien différente, les habitants sont exposés simultanément, de manière chronique, à plusieurs résidus chimiques.
Et surtout : ce qu'ils consomment n'est pas une moyenne annuelle.
Un fait nouveau que vous ne pouvez ignorer.
Les alertes de l'ARS
Le 16 mars 2026, l'ARS Guyane a émis une alerte officielle mettant en évidence :
• un taux d'aluminium de 230 μg/L
• pour une référence fixée à 200 μg/L
• au niveau d'un robinet intérieur d'une école (Jules Minidoque)
• avec la mention explicite :
“non-satisfaction des références de qualité”
Ce que cela signifie :
Ce document change profondément l'appréciation même de la situation. Il démontre que :
• la non-conformité n'est pas théorique
• elle existe sur des points réels de consommation
• elle concerne des publics sensibles
Ce que cela implique pour vous :
vous ne pouvez plus :
• vous appuyer uniquement sur des moyennes globales
• considérer la conformité comme un indicateur suffisant
• ignorer les variations territoriales
• proroger " ad vitam " un système défaillant
Les écoles menacées
À partir du moment où une alerte concerne un robinet d'école, le sujet devient politique.
Le véritable enjeu n'est plus de savoir si “les normes sont respectées en moyenne”.
Le débat est de savoir : non seulement si l'exposition réelle de la population est maîtrisée, minimisée et transparente, mais si, après près de quarante ans d'un système de traitement de l'eau approximatif, il est toujours acceptable de s'en contenter au risque de conséquences sur la santé de tous.*
Ce que vous devez exiger :
Votre responsabilité commence par des exigences simples, mais structurantes.
1 - Transparence totale
• accès aux données brutes
• résultats par point de prélèvement
• identification des pics
Lecture territoriale
• cartographie des zones à risque
• suivi des établissements sensibles
2 - Suivi renforcé des THM
• analyse saisonnière
• surveillance des périodes critiques
3 - Audit indépendant
• scientifique
• contradictoire
• reproductible
4 - Optimisation des traitements, voir changement de paradigme
• réduction et même élimination de l'aluminium dans le traitement de l'eau
• réduction des THM
• amélioration du pilotage
5 - Information loyale
• fin des communications exclusivement basées sur des moyennes
• explication claire des limites des normes
C'est votre responsabilité personnelle et vous ne pourrez pas dire demain :
• “nous ne savions pas”
• “les services nous avaient rassurés”
Vous disposez désormais :
• d'un signal officiel
• d'un fait documenté
• d'un enjeu clairement identifié
Vous avez aujourd'hui une décision à prendre : le choix entre deux trajectoires.
Continuer comme avant :
• conformité réglementaire
• communication rassurante → avec un risque croissant de crise
Ou assumer pleinement votre mandat :
• transparence
• exigence
• responsabilité
Une eau peut être conforme. Mais surtout, elle doit être irréprochable.
Cette lettre ne vise pas à créer une inquiétude injustifiée.
Elle vise à poser une exigence simple : ne pas se contenter du minimum lorsque l'on gère un bien vital pour la santé de tous.

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