Une semaine pour convaincre
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Une semaine pour convaincre

Arnaud SAINT-MAXENT

Le marché de Cayenne, passage obligé pour les candidats aux législatives (ASM) © photos : A.S-M

Le camion de campagne de Claude Plénet, au marché de Cayenne, samedi matin. © photos : A.S-M

Et celui de Joëlle Prévot-Madère. © photos : A.S-M

Claude Plénet, samedi matin, au Mir. © photos : A.S-M

Le désintérêt des citoyens pour les législatives serait notamment du à la multiplication des candidats sans étiquette, selon Georges Antoine Leblanc, politologue. © photos : A.S-M

Alors que le premier tour des élections législatives aura lieu samedi, la campagne peine à passionner les foules.

La campagne des élections législatives entre dans sa dernière semaine avant le premier tour. Avec une faible participation attendue, chaque voix comptera et c'est sur le terrain que les candidats s'efforcent de convaincre.

Samedi matin, les sonos mobiles quadrillaient d'ailleurs le marché de Cayenne. Mais dans l'indifférence presque générale des passants, à l'image de Caroline, commerciale à Cayenne : « Je ne voterai pas, cela ne m'intéresse pas. Je ne sais même pas à quoi sert un député, d'ailleurs je pense que peu de gens le savent. Si les gens savaient à quoi servent ces élections, ils s'y intéresseraient peut-être un peu plus. Il faudrait que l'on nous explique cela dans la campagne officielle. »

Un peu plus loin, près du Mir, Claude Plénet arpente la rue et interpelle les passants, tracts à la main, en compagnie de son suppléant Jean Jean-Elie. « On reçoit un accueil favorable, les gens ne se contentent pas de prendre le tract, ils discutent, se réjouit le candidat divers gauche. On nous parle beaucoup d'emploi et de santé. On est obligés d'abréger les échanges, sinon on refait le monde avec chaque personne. »

Jeune trentenaire, courses à la main, Loretta s'engage en effet dans une discussion au long cours avec Claude Plénet. « J'ai déjà fait mon choix, confie la Rouranaise, mais j'écoute quand même tous les candidats. Je pense qu'ils devraient se mettre tous ensemble et travailler ensemble pour faire avancer la Guyane. » Et de se lancer dans une suite de priorités comme la santé, l'éducation, l'emploi, les infrastructures... Mais le rôle du député ? Comme Caroline, Loretta reconnaît ne pas en savoir grand-chose. « Mais je regrette qu'ils n'organisent pas des réunions publiques tous les six mois pour faire le compte rendu de leurs actions. J'espère que les prochains seront plus proches de la population. »

Au Mir, entre deux clients, René, lui, sourit de la situation. « Cela ne m'intéresse pas du tout, ma campagne à moi, elle est là! » , lance-t-il en montrant son étal de poissons. « J'ai voté une seule fois et on m'a kouyonné! Je n'ai jamais plus voté. » Casquette vissée sur la tête, Malah approuve du chef. Le jeune homme de 24 ans travaille avec René et leurs visions de la politique se rejoignent. « Ce qui m'intéresse, c'est l'argent. On vote pour eux, mais ils ne font rien pour nous. » L'abstention semble avoir encore de beaux jours devant elle.
- Entre fausse impression et attente du messie
Intérêt distant ou indifférence totale des citoyens pour la campagne des législatives ? Deux spécialistes nous livrent leurs sentiments.

Anthropologue à l'UAG, Christian Cécile estime que « de façon générale, les gens restent intéressés par la politique, même si cet intérêt est à mettre en relief avec la situation socio-économique qui fait qu'ils se détournent des candidats. » Mais il met en garde contre les impressions qui peuvent s'avérer fausses.

« Dans les années 70-80, la force des médias était beaucoup moins forte, donc les gens avaient l'habitude de se déplacer aux conférences, c'était des moments privilégiés pour entendre les candidats. Aujourd'hui, les gens se tournent plus vers les médias. Il faut donc être prudent quand on parle de désintérêt. »

Toutefois, l'anthropologue reconnaît qu'il peut y avoir un décalage entre l'intérêt suscité par une campagne et la participation dans les urnes. L'intérêt viendrait du fait que, dans une campagne comme celle des législatives, les citoyens connaissent en général bien les candidats. Mais une fois venu l'élection, c'est plutôt : « Tous les mêmes, pourquoi voter ? » Pour ce qui est du rôle du député : « Je pense que beaucoup confondent ses missions avec celles d'un ministre ou d'un président de Conseil régional. Certains candidats eux-mêmes confondent les missions. »

Enfin, « certains ont gardé l'habitude prise dans les années 60, lorsque les indépendantistes appelaient à ne pas voter. »
DEUX GRANDS ABSENTS
Ce dernier avis est partagé par le politologue Georges Antoine Leblanc. Mais lui plaide plutôt pour un vrai désintérêt des citoyens pour ces législatives lié, selon lui, à trois phénomènes principaux, à commencer par la multiplication des candidats sans étiquette. « Cela renvoie à la notion d'individualisme, c'est une vision quasi messianique. On attend une espèce de messie politique, une personnalité très forte. Mais contrairement à ce qu'on pourrait penser, les gens recherchent des projets communs. La notion de parti doit donc rester importante car elle garantit la réflexion en amont, des programmes basés sur une idéologie et des projections. »

Deuxième cause du désintérêt, selon Georges Antoine Leblanc : l'absence de Guyane 73, « un acteur majeur des grandes questions politiques sur la Guyane ces dernières années et qui manque peut-être dans le débat. »

Enfin, une autre absence, celle de Walwari, pourrait détourner les électeurs des urnes, en particulier dans la 1re circonscription. « Cela veut dire que Christiane Taubira n'a pas préparé sa succession, elle a créé comme un vide autour d'elle. »
- AVIS DE CANDIDATS
José Gaillou Guyane Écologie, 2e circonscription
Les sonos mobiles, je ne trouve pas ça très pertinent. Quand j'écoute les réactions dans mon quartier, les gens disent : « Tous les soirs, il y en a un qui nous emm... » On sort d'une campagne pour enchaîner sur une autre, c'est fatiguant pour les électeurs. Lors des débats publics dans les médias, les questions ne correspondent pas forcément aux attentes de la population. »
Fabien Canavy MDES, 1re circonscription
Rien ne vaut le terrain pour faire valoir son projet et être à l'écoute de ce que les gens attendent. Mais les électeurs ont souvent des préoccupations qui concernent plus les collectivités locales, c'est intéressant mais on doit expliquer le rôle du député, en restant sur des grandes lignes. »
Gabriel Serville PSG, 1re circonscription
« Il faut intéresser les électeurs et les jeunes en leur disant la vérité. Le problème, c'est qu'on a trompé la population avec des effets d'annonce, des promesses pas tenues. Quand on va à une élection en mélangeant les compétences mais qu'on ne peut pas tenir ses promesses, la population a l'impression d'être truandée. »
Monique Guard Front de gauche, 1re circonscription
« Comment un peuple bafoué sur la politique peut-il ne pas prendre de recul ? Comment dire à ce peuple d'aller voter. Aujourd'hui, le peuple rend ce que nous lui avons donné en disant : « On n'en a rien à cirer! » Et voit encore des candidats faire des promesses sur des compétences de maire ou de président de Région. Le drame, c'est que le peuple n'a pas été éduqué politiquement. »
Le camion de campagne de Claude Plénet, au marché de Cayenne, samedi matin. • photos : A.S-M
Et celui de Joëlle Prévot-Madère. • photos : A.S-M
Claude Plénet, samedi matin, au Mir. • photos : A.S-M
Le désintérêt des citoyens pour les législatives serait notamment du à la multiplication des candidats sans étiquette, selon Georges Antoine Leblanc, politologue. • photos : A.S-M

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