Tribune : un appel à l'humanité et à la justice
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Immigration en Guyane

Tribune : un appel à l'humanité et à la justice

– La Cimade Guyane – La Ligue des droits de l'Homme, section Cayenne – Association Paloma de Luz – Réseau Éducation Sans Frontières Guyane – SUD Éducation Guyane – Solidaires 973 – Association Upaya
La loi immigration une nouvelle montagne administrative pour les migrants.
La loi immigration une nouvelle montagne administrative pour les migrants. • EMI GUTIERREZ

En réaction à la tribune de Patrick Lecante, maire de Montsinéry-Tonnégrande et 4ᵉ vice-président de la CACL, publiée le 13 janvier dans France-Guyane et intitulée " La migration que nous voulons ", plusieurs associations dénoncent un discours stigmatisant et plaident pour une approche plus humaine et solidaire des politiques migratoires.

Nous n'avons pas pu rester insensibles à la tribune de Patrick Lecante, publiée dans France-Guyane le 13 janvier dernier. Nous déplorons ce message en ce début d'année, dans un contexte où une partie de la population s'inquiète de la détérioration de son niveau de vie. La stigmatisation des personnes étrangères n'est pas nouvelle et, comme l'histoire l'a montré, elle peut conduire à des drames. Elle ne fait, selon nous, que nourrir la haine et la violence. Sans s'appuyer sur des données factuelles ou des études sérieuses, ce discours séduit néanmoins, car il permet de désigner un coupable. Mais est-ce vraiment la faute des étrangers si nos routes sont en mauvais état ? Si nos écoles et nos hôpitaux manquent de moyens ?

 

 

 

Une réalité bien différente sur le terrain

En ce début d'année, nous aurions préféré un appel à plus d'humanité, car c'est précisément ce qui tend à manquer alors que la situation mondiale se dégrade. Les hommes et les femmes à la recherche d'un avenir meilleur, que nous rencontrons sur le terrain, sont bien loin des clichés véhiculés. Pour la grande majorité, ils ne sont ni des criminels ni des profiteurs et ne demandent qu'à travailler pour subvenir à leurs besoins, à ceux de leurs enfants, et ainsi contribuer au développement du territoire guyanais. Ils occupent le plus souvent des emplois que les Français délaissent et, dans bien des cas, peinent à faire valoir leurs droits et à obtenir une régularisation.

 

 

Depuis une quarantaine d'années, la politique migratoire française se durcit sans pour autant maîtriser les flux migratoires ni améliorer la situation des citoyens. Les personnes étrangères se voient condamnées pour n'être pas nées au bon endroit et pour ne pas avoir eu la chance que beaucoup d'entre nous ont sans en être conscients. Au contraire, ces politiques aggravent la misère, le désespoir et les tensions sociales. L'exemple de Mayotte, où les mesures les plus restrictives sont appliquées, est édifiant : la situation ne cesse de se détériorer.

Ne pas renier nos principes fondamentaux

Fermer la porte aux demandeurs d'asile serait une décision dramatique. Accepter uniquement ceux dont l'économie a besoin, tout en séparant des familles, et laisser dehors ceux qui cherchent un refuge, ce serait nier les enseignements du passé. Ce serait aussi revenir sur la Convention de Genève, adoptée après la Seconde Guerre mondiale pour protéger les personnes en danger, et renier nos valeurs républicaines de solidarité et d'humanité.

 

 

La Guyane, par son histoire et sa réalité contemporaine, est une terre d'accueil. Il est essentiel de s'en souvenir. Pour nourrir un débat républicain et populaire sur l'immigration en Guyane, il est indispensable de s'appuyer sur des faits vérifiés et sur les principes de droit et de justice qui fondent notre démocratie. Nombre de nos ancêtres, sans distinction d'origine ou de statut social, ont combattu pour ces principes.

Ne cédons pas à la tentation du repli sur soi et du rejet de l'autre. Comme le souligne M. Lecante, l'immigration peut être une richesse. Nous le constatons à travers les liens que nous tissons avec des personnes étrangères qui, malgré les obstacles, se battent pour survivre et reconstruire leur vie. La criminalité n'est pas l'apanage des plus démunis : elle existe aussi dans les hautes sphères et pèse lourdement sur les finances publiques.

Alors pourquoi ne pas explorer d'autres solutions plutôt que de persister dans une politique qui alimente l'hostilité et la peur ? Donnons une chance à ceux qui n'en ont pas eu, sans y voir une menace. Tendre la main plutôt que le bâton, c'est reconnaître que derrière chaque personne étrangère se trouve avant tout un homme, une femme, un enfant – et non un profiteur ou un criminel.

Nous vous souhaitons une année 2025 plus humaine et solidaire.

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