Sénat : le grand oral des candidats
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Sénat : le grand oral des candidats

Pierre-Yves CARLIER

Six candidats brigueront les deux sièges de sénateurs, le 28 septembre. Vendredi, ils se sont exprimés devant les élus de Kourou.

Les élections sénatoriales auront lieu dimanche 28 septembre. Les 477 grands électeurs (parlementaires, conseillers généraux et régionaux, élus des conseils municipaux et personnalités désignées à Cayenne et Saint-Laurent) désigneront les deux successeurs à Jean-Étienne Antoinette et Georges Patient. Hier, la préfecture a validé la candidature des six prétendants qui avaient annoncé leurs intentions. Il s'agit d'Hubert Contout (conseiller général de Cayenne centre ; remplaçante Marie-Thérèse Abienso, adjointe au maire de Maripasoula), Georges Patient (sénateur et maire de Mana ; avec Marie-Laure Phinéra-Horth, maire de Cayenne), Antoine Karam (conseiller général de Cayenne nord-est ; avec Sylvie Fati, adjointe au maire d'Apatou), Jean-Étienne Antoinette (sénateur ; avec Josiane Mars, conseillère municipale de Rémire-Montjoly), Gamal Hooseinbux (divers droite ; avec Daniela Stomp Lam-Tou-Kaï, conseillère municipale de Saint-Laurent) et Jocelyn Ho-Tin-Noé (conseiller régional ; avec Carol Ostorero, conseillère régionale).
Air France : un vol annulé
L'aéroport Félix-Eboué, en dehors des vols domestiques, sera très calme aujourd'hui. En partie à cause du mouvement de grève des pilotes d'Air France. Le vol en provenance des Antilles a été annulé suite à la grève et la compagnie a proposé un départ anticipé hier soir aux passagers. Par ailleurs, le vol du mardi en provenance de Paris avait été déprogrammé de longue date.
Georges Patient, sénateur, maire de Mana : « Les finances locales, c'est mon combat »
« Je suis en politique depuis 1983 [...] Mon domaine de prédilection était les finances. La gestion de ma collectivité m'a permis de me rendre compte que le problème, ce sont les finances locales. Souvent, on explique les difficultés par la mauvaise gestion, l'incompétence des maires ou les effectifs pléthoriques. En fait, notre déficit est structurel. Nous avons plus de dépenses que les collectivités de métropole [...] J'ai sensibilisé le gouvernement sur ce point, jusqu'à ce que le président me confie une mission [...] Les communes de Guyane perdent 27 millions d'octroi de mer par an au profit du conseil général [...] Nous perdons aussi 15 millions de dotation superficiaire et il y a la non-fiscalisation du domaine privé de l'État. Dans mon rapport, j'ai fait ressortir ces points pour que les communes de Guyane retrouvent ce qui leur est dû. C'est mon combat [...] En cas d'élection à mon poste de sénateur, j'appliquerai la loi (sur le non-cumul des mandats) en 2017 et je choisirai le poste de sénateur. »
Jocelyn Ho-Tin-Noé, vice-président du conseil régional : « Il faut changer les règles des collectivités »
« Il faut profiter de la réforme territoriale. C'est maintenant qu'il faut changer les règles qui président au fonctionnement de nos collectivités. Le centre spatial est une sorte d'extraterrestre. S'il avait été construit à Toulouse ou à Marseille, il n'y aurait pas cette forme d'extraterritorialité. C'est maintenant qu'il faut voir si on peut se mettre ensemble pour développer ce territoire. C'est la conviction qui m'a poussé à présenter ma candidature aux sénatoriales. Il faut rassembler le plus largement possible. C'est pourquoi ma candidature est individuelle et en dehors des attaches partisanes [...] Tous, nous voulons la même chose, mais il y a la loyauté à un parti. Je suis un fervent défenseur de la liberté de penser. J'ai des cheveux blancs, je suis au terme d'un parcours politique [...] Je suis pour le développement, pour que la Guyane n'aille plus demander l'augmentation de la contribution du Cnes mais qu'elle produise des richesses. »
Hubert Contout, conseiller général de Cayenne : « J'ai une vision transversale des problèmes »
« S'il y a une différence fondamentale dans ma candidature, c'est au niveau du relationnel. J'ai la chance de ne pas être maire, parce qu'un maire, il est au four et au moulin. Au conseil général, j'ai une délégation. Si je dois la transmettre à un collègue, je le ferais. Mon approche est différente, c'est la proximité. Les collègues qui sont élus (au Sénat), je ne les ai jamais vus (pendant leur mandat). Il faut revenir devant les élus, pour leur dire à quel point on est attentif à leurs problèmes. Il y a plusieurs éléments qui ont déclenché ce désir (d'être sénateur). L'âge aidant, j'ai atteint une certaine maturité. Au conseil général, j'ai des conceptions de la gouvernance en parfait désaccord avec le président. Nous sommes une collectivité. Même si le chef, c'est le président, les autres doivent pouvoir proposer [...] J'ai une vision relativement transversale des problèmes de notre département et je suis prêt à aller au plus haut niveau porter les couleurs de notre pays. »
Jean-Étienne Antoinette, sénateur : « Discuter avec l'État de transfert de compétences »
« Lors de ma mission sur l'université de la Guyane, il ne s'agissait pas seulement de créer l'université, mais de la doter de moyens pour qu'elle soit attractive et qu'elle puisse nouer des partenariats avec les pays voisins de notre territoire [...] Nous aurons à discuter avec l'État pour qu'il y ait le transfert de certaines compétences : la gestion des forêts, du sol et du sous-sol, et l'école. En Polynésie, c'est le gouvernement qui légifère en matière scolaire. Il faut arrêter de légiférer à travers des amendements ou des circulaires, mais qu'il y ait une coproduction de l'Éducation nationale (entre l'État et la future collectivité unique) [...] On ne fera pas avancer la DGF (dotation globale de fonctionnement versée par l'État aux collectivités locales). Il faut donc avoir un projet collectif et dire à l'État que s'il n'a pas les moyens de nous accompagner, il nous donne les moyens de tirer profit de nos ressources endogènes. »
Antoine Karam, conseiller général de Cayenne : « Nous n'avons pas les moyens de notre politique »
« En travaillant au sein des trois échelons territoriaux, j'ai touché à toutes les problématiques de notre pays [...] Il faut que les parlementaires puissent recevoir les doléances et les critiques, et les fassent remonter au niveau national. Les grandes batailles politiques ne se gagnent pas dans les médias, mais dans les couloirs, avec le carnet d'adresses. Il ne faut pas se faire d'illusion, l'argent n'arrivera plus. Il faut ramener le déficit à 27 milliards, alors que la Guyane est un pays en construction. Saint-Laurent aura 130 000 habitants en 2030, il faut construire des écoles, mais nous n'avons pas les moyens de notre politique. Les transferts n'arriveront plus, alors il faut avancer [...] Les rapports de force, en 1996 pour l'académie et l'an dernier pour l'université, montrent que quand on est ensemble, on peut y arriver [...] Si on avait des moyens supplémentaires, on n'en serait pas réduit à regarder chaque mois comment évolue le prix du carburant. »
Gamal Hooseinbux, divers droite : « Je porte une candidature de droite »
« Il y a une volonté gouvernementale de rajeunir les représentants politiques. Cette volonté doit permettre de réduire le fossé entre les jeunes et la politique. Mon combat, c'est le chômage, qui sévit de façon terrible en Guyane. Le sénateur, de par son positionnement, peut faire fléchir les institutions. Le sénateur est aussi la courroie de distribution qui permet aux élus de discuter avec l'État. Il faut aussi rendre l'aménagement du territoire pertinent et efficace. Il faut anticiper [...] Il faut aussi accompagner les entreprises. J'apporterai, aussi, mon concours aux entreprises. Ce sont elles qui créent des richesses, augmentent les recettes fiscales et luttent contre le chômage. On a beaucoup de jeunes au chômage, mais beaucoup d'emplois créés en Guyane ne sont pas pourvus localement. Beaucoup d'entreprises subissent aussi trop de réglementations inadaptées [...] Enfin, je porte une candidature de droite. On sait tous que le Sénat va basculer à droite. Veut-on de deux sénateurs dans l'opposition ? »

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