Prix des carburants : Naïma Moutchou annonce des aides spécifiques pour la Guyane
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INTERVIEW

Prix des carburants : Naïma Moutchou annonce des aides spécifiques pour la Guyane

Propos recueillis par Pierre ROSSOVICH
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Prix des carburants : la ministre des Outre-mer, Naïma Moutchou, détaille pour France-Guyane les aides spécifiques prévues pour la Guyane.  • AFP

Le gouvernement annonce plusieurs mesures pour amortir la hausse des carburants. La ministre des Outre-mer Naïma Moutchou détaille pour France-Guyane les aides spécifiques prévues pour la Guyane, dont un soutien destiné aux piroguiers et aux habitants dépendants de leur véhicule  

Le gouvernement annonce une aide spécifique pour la Guyane, mais les habitants ont déjà vu plusieurs dispositifs temporaires ces dernières années. En quoi cette mesure changera-t-elle la facture à la pompe dans trois ou six mois, et pas pendant quelques semaines ?

Je veux d’abord dire aux Guyanais que je mesure pleinement leurs préoccupations face à la hausse des prix à la pompe. En Guyane, ce sujet ne relève pas seulement du pouvoir d’achat : il conditionne les déplacements, l’activité économique et, plus largement, un coût de la vie déjà particulièrement élevé.
Face aux tensions actuelles, le Gouvernement a fait le choix d’agir immédiatement, avec des mesures concrètes et ciblées. Un suivi quotidien a été mis en place avec Bercy, la ministre chargée de l’Énergie et les préfets des territoires ultramarins. J’ai également demandé que les opérateurs énergétiques et les acteurs socio-économiques soient réunis régulièrement pour suivre l’évolution de la situation au plus près du terrain.
Je veux aussi être très claire : aujourd’hui, il n’y a pas de problème d’approvisionnement en Guyane. La priorité, c’est donc d’amortir les conséquences de la hausse des cours mondiaux pour les habitants et les professionnels.
Nous renforçons les dispositifs existants pour soutenir ceux qui sont les plus exposés : les transporteurs, les pêcheurs, les agriculteurs, mais aussi les salariés qui dépendent de leur véhicule pour aller travailler. Les aides aux secteurs professionnels sont prolongées jusqu’à la fin de l’été et pourront représenter entre 15 et 35 centimes par litre selon les activités.
Concrètement, pour celles et ceux qui n’ont pas d’autre solution que la voiture pour se rendre au travail, une aide de 100 euros sera versée aux grands rouleurs, avec l’ouverture du guichet prévue le 27 mai. Les employeurs pourront également accorder à leurs salariés des primes carburant exonérées de charges, comprises entre 300 et 600 euros, afin d’atténuer la hausse des frais de déplacement. Enfin, les indemnités kilométriques seront revalorisées pour les agents publics et les aides-soignantes.
En Guyane, nous avons aussi tenu compte d’une réalité très particulière : le transport fluvial. J’ai proposé au Premier ministre une aide spécifique de 20 centimes par litre pour les pirogues, indispensable pour desservir de nombreux points du territoire. Elle sera déployée rapidement par le préfet.
Ces mesures ne sont pas pensées pour quelques jours. Elles sont prévues pour les prochains mois et pourront être adaptées à l’évolution de la situation internationale. Mais je veux être lucide : aucune aide ponctuelle ne remplacera une réponse plus structurelle à la dépendance énergétique des Outre-mer. Notre responsabilité, c’est donc de répondre à l’urgence tout en préparant des solutions plus durables pour le territoire.

Le prix des carburants en Guyane est un facteur majeur de la vie chère. Des rapports et des élus pointent depuis des années les limites du système actuel d’approvisionnement et de régulation. Est-ce que le gouvernement est prêt à toucher à ce modèle ou seulement à compenser ses effets ?

Le fonctionnement des prix en Outre-mer est très différent de celui de l’Hexagone. Les tarifs y sont réglementés, les marges encadrées et le préfet fixe chaque mois un prix plafond en fonction des cours observés le mois précédent. En Guyane, comme en Guadeloupe et en Martinique, s’ajoutent également les coûts de raffinage de la SARA.
Ce système a précisément été conçu pour protéger les habitants contre des hausses brutales ou spéculatives. D’ailleurs, au début des tensions au Moyen-Orient, les prix n’ont pas immédiatement augmenté dans les Outre-mer comme cela a pu être le cas ailleurs.
Cela ne veut pas dire qu’il ne faut jamais le faire évoluer. Je crois au contraire qu’il faut regarder avec lucidité ce qui fonctionne, mais aussi ce qui doit être amélioré : l’approvisionnement, la transparence, les coûts logistiques, la dépendance aux importations.
Mais il faut éviter les réponses simplistes. La Guyane connaît des contraintes géographiques et logistiques très fortes. On ne traite pas un territoire aussi vaste, avec des communes isolées et des besoins de transport spécifiques, comme un département hexagonal.
Ma ligne est claire : protéger les Guyanais maintenant, sans renoncer à travailler sur les causes profondes de la vie chère. Compenser les effets de la crise est nécessaire. Réduire notre vulnérabilité à ces crises l’est tout autant.

En Guyane, beaucoup d’habitants n’ont pas d’alternative à la voiture ou au deux-roues pour travailler ou se déplacer. Est-ce que l’État reconnaît que le territoire subit une double peine : dépendance à l’automobile et coût plus élevé du carburant ? Si oui, quelle réponse durable proposez-vous ?

Oui, cette réalité existe et l’État doit la regarder en face. En Guyane, utiliser sa voiture, son deux-roues ou une pirogue n’est pas un confort. C’est souvent une nécessité pour travailler, se soigner, étudier ou accéder aux services du quotidien.
C’est précisément pour cela que nous renforçons les aides destinées aux grands rouleurs et à ceux qui n’ont pas d’autre choix que d’utiliser leur véhicule. Parce qu’ici, une hausse à la pompe se répercute immédiatement sur la vie des familles et sur l’activité économique.
Mais au-delà de l’urgence, cette crise rappelle aussi une réalité plus profonde : la dépendance énergétique des Outre-mer les expose fortement aux chocs internationaux. La réponse ne peut donc pas être uniquement conjoncturelle. Elle doit aussi être structurelle.
C’est tout le sens du travail engagé par le Gouvernement pour accélérer l’autonomie énergétique des territoires ultramarins. Cela passe par le développement des énergies renouvelables, par l’électrification, mais aussi par des investissements adaptés aux réalités guyanaises.
Comme je m’y étais engagée, un arrêté publié en avril a par exemple relevé le niveau d’aide de l’État pour les forages exploratoires en géothermie. C’est un levier très concret pour accompagner le développement de nouvelles capacités de production énergétique.
La Guyane a un potentiel considérable. Nous devons accompagner cette transition de manière concrète, progressive et adaptée aux réalités du territoire, pour que les Guyanais soient enfin moins exposés, crise après crise, aux conséquences des tensions internationales.

 

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