Les peuples autochtones veulent peser dans les décisions
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Les peuples autochtones veulent peser dans les décisions

A. S.-M.
C'est en préfecture que s'est réuni, samedi et dimanche, le Conseil consultatif des populations amérindiennes et bushinengue. Un lieu symbolique selon Jocelyn Thérèse (ASM)
C'est en préfecture que s'est réuni, samedi et dimanche, le Conseil consultatif des populations amérindiennes et bushinengue. Un lieu symbolique selon Jocelyn Thérèse (ASM)

Réunis pendant deux jours, ce week-end à Cayenne, le Conseil consultatif des populations amérindiennes et bushinengue a largement évoqué sa place dans la future collectivité unique.

La loi de création de la future collectivité a inclus l'obligation de consulter le Conseil consultatif des populations amérindiennes et bushinengue (CCPAB) sur des projets et des politiques publiques qui impacteraient les populations autochtones. Mais pour ce conseil, réuni samedi et dimanche en préfecture, ce n'est pas suffisant. « Cette démarche de reconnaissance n'est pas sincère dans la mesure où on n'octroie pas les moyens à ce conseil de fonctionner » , estime le président du CCPAB, Jocelyn Thérèse.
POUR UNE RÔLE DÉCISIONNEL
Mais au-delà des moyens attribués, c'est l'aspect uniquement consultatif qui gène les membres du conseil. Ils souhaiteraient plutôt avoir un pouvoir décisionnel et Jocelyn Thérèse n'hésite pas évoquer « un droit de veto » sur des projets tels que « l'implantation de multinationales » . Le président du CCPAB prend l'exemple du sénat coutumier de Nouvelle-Calédonie, « qui est très avancé en matière de jurisprudence et d'inclusion dans les mécanismes de décision. »
Le président du CCPAB va même plus loin. Dans le cadre de la création de la collectivité territoriale, il aurait aimé que soit instauré un système de quota assurant la représentation des populations autochtones au sein de la future assemblée, « comme cela se fait au Venezuela, en Colombie ou au Pérou où nous sommes reconnus institutionnellement » . Mais pour que le CCPAB puisse avoir un tel poids, l'État doit d'abord reconnaître les populations autochtones en tant que telles. « C'est possible, poursuit Jocelyn Thérèse, il ne manque que la volonté politique et c'est cette volonté que nous voulons déclencher. »
VISER L'EUROPE
Pour cela, il souhaite un dialogue régulier avec l'État. Et il vise aussi plus haut : « Il faut que les peuples autochtones rencontrent chaque année les autorités les plus hautes de l'État. Mais il faut aussi qu'il devienne normal que les peuples autochtones discutent directement avec la commission européenne comme d'autres le font déjà. » Il cite cette fois l'exemple des populations inuits de Scandinavie.
Outre la reconnaissance institutionnelle, ce rapport direct avec la commission européenne aurait un objectif très concret : « Que les fonds soient distribués directement aux communautés autochtones. » Car le « nerf de la guerre » est aussi souvent un moyen de peser très concrètement sur les décisions politiques. En conclusion, Jocelyn Thérèse résume ainsi la position du CCPAB : « Ce n'est pas parce que nous sommes une minorité que nous devons être exclus du processus politique. »
3 QUESTIONS À ... Jocelyn Thérèse, président du Conseil consultatif des populations amérindiennes et bushinengue « Nous prenons place au sein de la République »
Vous regrettez le manque de moyens financiers du conseil. Comment faites-vous pour organiser ce genre de réunion sur deux jours avec les déplacements, l'hébergement...
Je suis un président qui a de l'imagination et qui innove. Je suis un homme qui aime le partenariat. Je ne suis pas un homme qui va combattre pour combattre mais qui veut construire.
Personne ne nous a demandé notre avis, nous nous sommes invités nous même dans la maison de la République (en préfecture, ndlr), symboliquement, parce que nous prenons place au sein de la République et c'est ce que nous voulons transmettre à François Hollande.
Donc, concrètement, qui paie ?
Eh bien c'est nous qui payons car nous payons aussi nos impôts. Nos impôts vont à l'État qui en donne une partie au Parc national et le Parc, tout naturellement, doit nous donner la contrepartie (il a financé le déplacement, ndlr). La préfecture, sur son budget, couvre les frais ainsi que la Défense.
Donc, le Parc finance le déplacement et l'armée l'hébergement. Dans ce cas, n'y a-t-il pas un risque de dépendance du conseil vis-à-vis du Parc national ou tout simplement de l'État ?
Sur cela, nous sommes très clairs. À la troisième édition des Journées des peuples autochtones, nous avons proposé, à l'État et aux collectivités, la création de fonds fiduciaires. Nous savons très bien que la dépendance financière ou la manipulation, ce sont des choses néfastes pour entreprendre un dialogue basé sur la bonne foi. C'est vrai qu'aujourd'hui, les moyens dont nous disposons, ce sont des moyens de l'État, de la Défense et du Parc amazonien, mais nous avons demandé que chaque commune de Guyane apporte une contribution symbolique au fonctionnement du conseil. De cette manière, la parole que distillent les élus en disant : « Nous sommes tous Guyanais, nous sommes solidaires » se concrétise dans les faits.
Propos recueillis par A. S.-M.

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