Venezuela : les accords de la Barbade ont du plomb dans l'aile
Les prochaines élections présidentielles devraient être organisées le 28 juillet. Dans ce but, un accord dit Accord de la Barbade -lieu où il a été signé- prévoit des dispositions pour assurer un vote démocratique. Il s'avère que de nombreux points ne sont pas respectés par le pouvoir menaçant ainsi les droits de l'opposition.
Dans l'Accord partiel sur la promotion des droits politiques et des garanties électorales pour tous signé le 17 octobre 2023, également connu sous le nom d'Accord de la Barbade, le gouvernement Maduro et la Plateforme unitaire du Venezuela ont convenu de « reconnaître et respecter le droit de chaque acteur politique de choisir son candidat à l'élection présidentielle », ainsi que l'autorisation des candidats qui satisfont aux conditions établies pour participer aux élections. L'une des garanties était d'organiser l'élection présidentielle au cours du second semestre de 2024. De même, il a été convenu d'une mise à jour complète du registre électoral permanent. Le document établit pareillement que le Conseil national électoral (CNE) invitera des missions d'observation, notamment de l'Union européenne, des Nations unies, de l'Union africaine et de la Fondation Carter. En contrepartie, le gouvernement américain avait allégé les sanctions.
Des accords peu respectés
L'objectif de cet accord était de reconnaître et de respecter le droit de chaque acteur politique de sélectionner son candidat librement et conformément à ses mécanismes internes, tel qu'établi dans la Constitution nationale et les lois. Ce point a été « gravement violé » par le parti au pouvoir en ignorant la primaire de l'opposition d'octobre 2023, remportée par la leader du mouvement Vente Venezuela, María Corina Machado, disqualifiée par le Bureau du contrôleur financier de l'exercice de fonctions publiques, a estimé Castellanos.
En plus, le parti au pouvoir a rendu la nomination de Corina Yoris comme remplaçante du vainqueur de la primaire. La Plateforme unitaire a dû, dans ces conditions, à la dernière minute, se ranger derrière la candidature du diplomate Edmundo González Urrutia.
Un calendrier serré
Le chavisme et l'opposition se sont mis d'accord à la Barbade pour que les élections aient lieu au cours du second semestre. Les élections ont été convoquées pour le 28 juillet, mais la date n'a pas été convenue par les deux blocs. Planifier le processus électoral en seulement quatre mois et demi ne profite pas à « de meilleures conditions électorales ».
Par ailleurs, le gouvernement de Nicolás Maduro a promis à la Barbade que la mise à jour du registre électoral comprendrait des journées d'inscription spéciales, des campagnes d'information, la continuité du processus d'identification dans tout le pays (avec des opérations spéciales). La journée approuvée par le Conseil national électoral (CNE) ne garantit pas l'enregistrement et la mise à jour de millions de Vénézuéliens dans les termes proposés, en seulement un mois, avec des retards et des horaires limités dans le service des électeurs aux points de mise à jour des données, selon des experts en sciences politiques du Venezuela.
Pas de porte de sortie pour Maduro en cas de sortie
Les pays du G7 ont critiqué vendredi 14 juin le Venezuela pour avoir retiré son invitation à l'Union européenne (UE) à observer l'élection présidentielle du 28 juillet et demandé de garantir les droits de l'opposition, selon un projet de déclaration finale de leur sommet annuel. Cette décision du gouvernement Maduro semble être le dernier clou dans le cercueil de l'accord de la Barbade. Les Accords de la Barbade avaientt dès leur naissance un manque essentiel, l'absence de garantie d'une sortie de Nicolás Maduro. Cet accord présentait un défaut majeur qui l'a condamné dès le début.
Même s'il donnait théoriquement au régime une chance équitable de remporter les élections en levant les sanctions et en stimulant l'économie, une chance équitable n'était pas suffisante pour Nicolás Maduro. Car une défaite électorale pourrait signifier le reste de sa vie derrière les barreaux. L'Accord de la Barbade manquait de voie de sortie. La transition entre un régime autoritaire, balisée et anticipée par un « pacte démocratique » avec les représentants de l'opposition est un des éléments clés qui ont rendu de telles transitions possibles dans le passé.
Jacques VILUS
L'exemple du Chili avec le Général Pinochet
Dans un cas particulièrement marquant, celui de la transition démocratique après le régime de Pinochet au Chili, l'homme fort sortant s'est vu garantir l'immunité parlementaire en vertu de la constitution du pays. Bien que ces conditions et d'autres aient été imposées par Pinochet lui-même, les nouvelles forces démocratiques ont accepté les règles du jeu comme moyen d'assurer la démocratisation. Lorsque Pinochet a été arrêté à Londres une décennie plus tard, le gouvernement chilien a demandé avec succès sa libération pour raisons humanitaires, et les tribunaux chiliens ont rejeté à plusieurs reprises les poursuites intentées contre l'ancien dictateur. Même si le régime de Maduro au Venezuela n'est pas à comparer à celui de Pinochet, les événements survenus depuis la signature de l'Accord de la Barbade ont révélé que le processus de transition était également soumis aux caprices du régime et qu'il était peu probable qu'il aboutisse à des élections équitables.
Céder le pouvoir sans répression ni violence en cas de victoire de l'opposition
La Colombie et le Brésil, voisins, essayent de promouvoir cette voie de sortie. À moins de deux mois avant les élections présidentielles au Venezuela, le 28 juillet, le projet de proposition visant à garantir un pacte démocratique dans le pays voisin face aux résultats des élections serait déjà prêt et entre les mains du président colombien Gustavo Petro. Il s'agit d'un document préparé par l'ambassadeur à Caracas, Milton Rengifo avec l'aide d'autres diplomates et universitaires qui a commencé à être élaboré après que le président du Brésil, Lula da Silva, ait soutenu la recherche de cet accord lors d'une récente réunion avec Gustavo Petro à Bogota. En avril dernier, le président colombien a indiqué qu'il avait échangé avec le président Lula au sujet « d'une proposition faite à l'opposition, même sans résultat complet, et c'est un plébiscite qui garantit un pacte démocratique qui garantit la certitude et la sécurité sur sa vie, ses droits et ses garanties politiques ».

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