Le MDES dénonce la "militarisation progressive" de la Guyane
Le parti indépendantiste reproche à la France de ne pas consulter les instances guyanaises sur l'utilisation de la base spatiale à des fins militaires.
"On assiste progressivement à la militarisation de la Guyane", dénonce Maurice Pindard, membre historique du Mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale (MDES).
Plusieurs membres du parti indépendantiste se sont rassemblés ce samedi 5 avril à Kourou. Ils reprochent au gouvernement français de ne pas consulter les instances guyanaises dans l'utilisation du centre spatial à des fins militaires.
Militarisation du CSG
Entre 1964 et 1968, le centre spatial est créé en prolongeant des mécanismes coloniaux. Après les accords d'indépendance de l'Algérie, la France choisit la Guyane et Kourou pour remplacer la base spatiale Hamaguir. Les Guyanais, non consultés par cette décision unilatérale, sont victimes d'expropriations massives. Près de mille habitants sont déplacés, rayant les bourgs de la grande zone rurale entre Kourou et Sinnamary. Un contentieux demeure porté par l'association des expropriés de Kourou.
Dès sa création en 1961, le CNES est placé sous la tutelle du ministère de la Recherche, du ministère de l'Industrie, et du ministère des Armées. Cette tutelle est particulièrement visible depuis le lancement d'Ariane 6 en mars dernier. Un gigantesque dispositif de sécurité, baptisé Bubo, était composé de plusieurs Rafale, des avions ravitailleurs et radars, des hélicoptères avec tireurs d'élites, des troupes au sol et des vedettes en mer. Le satellite CSO-3, envoyé dans le cadre du lancement d'Ariane 6, répond à des objectifs d'observation militaire.
"On veut être consulté"
Le contexte international inflammable inquiète le MDES. "La base spatiale fait de la Guyane une cible. Avec notre président va-t'en guerre, on aimerait être consulté, juge Maurice Pindard. On demande à la CTG de s'autosaisir sur tout développement ultérieur de la base spatiale", poursuit-il.
Le parti indépendantiste critique également le Régiment du service militaire adapté (RSMA). "Il s'agit d'un programme exclusivement réservé aux territoires colonisés par la France qui vise à enrôler la jeunesse dans une institution militaire sous couvert de
formation professionnelle", indique le MDES. Avec un budget qui s'élève à plusieurs millions d'euros, le programme est vivement critiqué : "Ces fonds devraient être investis dans l'éducation et les infrastructures civiles. La formation et la recherche d'emploi doivent être civiles et de qualité, indépendantes de l'armée."
Lors de sa venue sur le territoire en mars dernier, Thomas Pesquet indiquait que "l'espace était de plus en plus disputé et occupé par certaines puissances." Il appelait à "l'indépendance et la souveraineté" de la France, pour ne pas dépendre d'autres puissances comme les États-Unis ou la Russie.

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