La résolution sur les peuples autochtones adoptée, le projet d'évolution statutaire est terminé
Le quatrième congrès des élus sur l'évolution institutionnelle a débuté.
"Il ne faut plus tergiverser, ne plus bloquer le processus", a déclaré Georges Patient, le sénateur dans son intervention lors du congrès des élus, ce samedi matin, à Suzini. Les élus de Guyane réfléchissent et votent la dernière résolution sur le projet de documents d'orientations qui doit être remis au gouvernement. Il s'agit de la question des autorités autochtones dans la future structure autonome de Guyane.
"L'article 73 a montré ses limites. La possibilité des habilitations est caduque, inefficace. Quatre fois la Région a voulu et ne les a pas obtenur. L'article 74 est bien meilleur pour obtenir un pouvoir normatif", indique l'ancien maire de Mana.
"Il est difficile de ne rien dire après le passage du Président Macron. On revient même sur des choses déjà débattues. Le principe même de la con-construction a été enterré par M. Macron", réagit Jean-Victor Castor, le député. "Notre projet a été dilué. Il est moins en avant que prévu car on a voulu négocier avant de négocier. Le passage de Macron a foutu le bordel. Les gens ne comprennent pas ce qui se passe dans le monde politique alors qu'on peut faire confiance au Copil qui se réunit de nombreuses fois et qui représentent l'ensemble des forces politiques", souligne le député du MDES (mouvement de décolonisation et d'émancipation sociale). "Qui croit ici qu'on a un État qui veut même l'ongle d'une évolution statutaire ? Alors que le président veut renforcer le pouvoir des préfets."
Davy Rimane prend la parole et rejoint son collègue de l'Assemblée Nationale." Ce président ne rassemble pas, il fracture la population. Il oppose les populations. On est tombé les deux pieds dans le pège du gouvernement. Ils avaient bien reçu notre document mais a proposé autre chose, au nom de quoi? Il savait très bien qu'il aurait un réceptacle à ses propositions. Président Serville, tu dis tout et son contraire. Tu dis que pendant un mois on va essayer les habilitations pendant un mois pour montrer que c'est inefficace. Mais qu'est-ce que cette démarche schizophrène ?", tance le député kouroucien.
"C'est une guerre de tranchée, une bataille engagée avec le gouvernement. Quand il pourra, il nous mettra des bâtons dans les roues", prévient Gabriel Serville, le président de l'exécutif guyanais.
Audrey Marie, de l'opposition s'attaque directement avec Christophe Yanuwana Pierre, présenté comme un spécialiste de la question autochtone qui va aider à ce congrès ; "Pierre machin va participer. Cette participation m'empêche de dormir. Une question de crédibilité se pose même si je crois en la présomption d'innocence. Je vous ai écrit et vous ne m'avez pas répondu, président [Serville] alors j'interviens."
"Je vous écris pour vous dire ma tristesse. Voir l'article de FG de juin 2023 pour savoir de quoi est accusé Christophe Pierre. Mon sentiment est que cette personne devrait se faire discret jusqu'à ce que la justice fasse la lumière sur ce qui lui est reproché", intervient Audrey Marie.
"Vous qualifiez, dans votre lettre, cette personne de bourreau et non de présumé bourreau. La situation est grave, bien trop grave. Je donne la parole à la représentante Kali'na", réagit Gabriel Serville.
"Je ne peux pas accepter vos propos madame. Nous avons missionné Christophe Pierre en tant que chef des autorités coutumières. Ce n'est pas seul qu'il a décidé d'intervenir", se défend Bénédicte Fjékè.
"Je viens d'entendre que je suis lâche car je me suis levée ? Je ne vois pas le problème. Il a été choisi et oui j'ai demandé un expert pour les élus sur cette résolution", s'emporte Marie-Laure Phinéra-Horth, la sénatrice.
Boris Chong-Sit, élu de l'opposition, ramène tout le monde au sujet du jour : l'évolution statutaire.
"Je souhaite qu'on ne revienne pas sur ce qui a été voté unanimement par le congrès des élus. Il faut un titre 12 particulier pour la Guyane. En revanche, se pose la question du soutien populaire. Je veux que le vote de la population intervienne en amont de la loi organique pour qu'on aille négocier avec le gouvernement fort de ce soutien populaire."
"J'ai eu peur de prendre la parole pour la première fois. Stade de maturité, de discussion, de dialogue malgré des incompréhensions. C'est un jour historique pour nous", s'émeut Christophe Yanuwana Pierre.
Pendant ce temps, Isabelle Patient et Audrey Marie sont sorties de l'Assemblée pour protester contre la prise de parole du spécialiste des questions autochtones.
"Je suis inquiet sur la forme que cela prend. Il ne faut pas nous séparer de manière physique. Je rappelle que les noirs et les Amérindiens ont eu le même bourreau ici, en Guyane. Ils ont tout fait pour qu'on ne se comprenne pas. Aujourd'hui, c'est un acte de reconstruction, d'un lien mais aussi de déconstruction de tout ce qu'on a voulu qu'on soit. On doit défaire tout ce qui a été fait par notre bourreau dans l'histoire," proclame Davy Rimane, le député.
Hier matin, les autorités amérindiennes ont renouvelé leurs représentants au Granc Conseil coutumier.
Sous le carbet de l'hôtel Belle Terre, à Macouria, les autorités coutumières présentes ont nommé pour le :
- Peuple Lokono-Arawak : Sylvio VANDERPIJL (titulaire) et Anna PECHER (suppléante)
- Peuple Kali’na : Eric LOUIS (titulaire) et Jean-Auberic CHARLES (suppléant)
- Peuple Parikweneh : Catherine YAPARA (titulaire) et Fabrice LABONTE (suppléant)
- Peuple Teko : Siméon MONERVILLE (titulaire) et Mathias BARCAREL (suppléant)
- Peuple Wayampis : Pascal Yawalou (titulaire) et Jean-Marc Zidoc (suppléant)
- Peuple Wayana : Michel ALOIKE (titulaire) et Aimawale OPOYA (suppléant)
"C'est un acte fondateur qu'on vote aujourd'hui. Et je vous le dis en toute transparence. Je vais voter pour l'avis conforme à l'autorité autochtone car je fais confiance à l'intelligence des personnes", annonce Jean-Victor Castor, après une intervention dans un esprit jacobine de Claude Plenet : "La Guyane est une et indivisible. L'avis conforme sera illégal juridiquement."
"L'avis conforme sera très conscrit par l'État français et son droit. Le Conseil d'État n'ouvrira pas l'avis conforme à une généralité", analyse maître Lingibé qui propose des avis obligatoires auprès de l'autorité autochtone qui seront dans certains cas conformes selon la loi organique.
"Nous sommes déjà dans la fracture. Notre démarche est de réparer cette fracture. Cette proposition ne fracture ni ne divise et répond au mal qui nous touche, qui touche la société guyanaise. Concernant les blocages étatiques, du Conseil d'État, je vous réponds que le Conseil d'État n'est pas ici dans cette assemblée. Donc je dis, chiche, allons-y. Je rappelle et les chefs coutumiers avec, notre demande d'aujourd'hui est un texte travaillé pendant un an. Nous souhaitons que le texte soit voté en l'état et nous verrons ensuite quoi faire après le vote", informe Christophe Yanuwana Pierre.
Gabriel Serville rejette l'avis de Maître Lingibé et accepte la demande des autorités autochtones. Le texte est donc voté en l'état.
Il recueille 27 voix contre. Celles de toute l'opposition territoriale, plus Patrick Lecante, Claude Plenet, Sandra Trochimara, Gilles Adelson et Michel-Ange Jérémie.
5 abstentions : Gilles Le Gall, Aïssatou Chambaud, Jules Deie, lucien Alexander entre autres.
La majorité territoriale retrouve une unité et vote pour la résolution avec aussi Sophie Charles, mairesse de Saint-Laurent, pour un total de 30 voix pour. Le décompte prend du temps car il faut prendre en compte les procurations mais finalement, la résolution est adoptée.
Le vote montre que le débat est loin d'être terminé. La majorité des maires présents a voté contre.

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