Jean-Étienne Antoinette : «La vie est trop chère à Kourou, il faut agir»
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Jean-Étienne Antoinette : "La vie est trop chère à Kourou, il faut agir"

Propos recueillis par Gérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr
Jean-Etienne Antoinette donne un entretien d'entre les deux tours à Kourou. Il revient sur sa fameuse baisse des impôts.
Jean-Etienne Antoinette donne un entretien d'entre les deux tours à Kourou. Il revient sur sa fameuse baisse des impôts. • GG

L'ancien maire et sénateur de la ville spatiale sera présent dimanche dans la quadrangulaire qui l'oppose au maire sortant François Ringuet, Michael Rimane et Micheline Antoinette

Une quadrangulaire, c'est une première. Cela se passe à Kourou. Qu'est-ce que ça veut dire au sujet de votre commune ?

C'est pas la seule particularité. Au premier tour, c'est la première fois depuis des années qu'il y a à peine 50 % de la population, 50,95 % des électrices et électeurs, qui se sont déplacés. Ça aussi, c'est une particularité.

La deuxième particularité, c'est que le maire sortant n'a obtenu que 25 %. Ça veut dire que 75 % des personnes qui se sont déplacées ont voté contre le maire, c'est-à-dire pour une alternance.

Effectivement, maintenant, on se retrouve dans cette particularité où il y a quatre têtes de liste. Je préfère le répéter à nouveau parce que tout ce que je fais est public et transparent : nous avons proposé à Micheline Antoinette, qui est en quatrième position, de conduire la tête de liste. Ça aussi, c'est une exception.

J'accepte, alors que je suis arrivé en troisième position, de lui céder ma place parce qu'il y a des enjeux importants pour voir comment se répartir les tâches afin de redresser Kourou.

Cette main tendue, cette proposition, a été refusée. Je prends acte. L'Histoire retiendra que selon moi, c'est une faute politique, historique. Et c'est pour cette raison que nous partons dans ce cas de figure où il y a quatre têtes de liste.

 

 

 Ce qui est étonnant, c'est qu'en termes de politiques publiques, c'était la seule liste qui paraissait compatible avec la vôtre ?

D'où notre proposition de dire : " Allez-y, conduis la liste ", parce qu'effectivement, l'unanimité, ça n'existe pas en matière de politique publique. Par contre, on pouvait s'entendre sur des grands enjeux : comment redresser la ville de Kourou, comment répondre aux urgences sociales, autour de l'éducation. D'ailleurs, aujourd'hui, j'ai vu qu'elle a repris notre position de créer une maison de santé pluridisciplinaire. Donc oui, c'était compatible en termes de programmation et de contenu de politiques publiques. Maintenant, comment expliquer cela ? Quand on développe des valeurs, ça veut dire quoi ? En politique, on m'a toujours dit qu'à un moment donné, ce sont les chiffres qui parlent. Et à un moment donné, si on peut gagner, on gagne. Me semble-t-il. Moi, je suis issu de cette école. La population de Kourou s'attendait à une fusion. Peut-être d'où ce taux d'absentéisme très élevé.

Quelle est cette maison de santé pluridisciplinaire ?

Il faut rappeler que la ville de Kourou est allée au-delà de ses compétences en matière de santé. Nous, ce que nous proposons, c'est de mettre en place, en partenariat avec des professionnels, l'ARS, la CTG et la ville de Kourou, une structure où des spécialistes mais aussi des généralistes pourraient tenir des permanences, pour élargir l'offre de soins à Kourou. parce que malheureusement, nous sommes obligés, les patients, même de Sinnamary ou d'Iracoubo, de se rendre jusqu'à Cayenne. Et pour obtenir un rendez-vous auprès des spécialistes, cela prend trois, quatre ou six mois.

Ceux qui ont les moyens partent aux Antilles ou dans l'Hexagone pour se faire soigner. Donc c'est aussi une inégalité face aux soins.

Le CHK, aujourd'hui CHU site de Kourou, a aussi des problèmes de financement. Avant, le CNES donnait beaucoup au CMCK. Ce n'est plus le cas. Est-ce normal ?

Dès 2017, je l'avais mentionné. J'avais fait une lettre ouverte dans France-Guyane où je disais qu'on ne pouvait pas imaginer le retrait du CNES. Quand des clients viennent en Guyane, ils visitent l'état de l'hôpital de Kourou. Il y a donc un intérêt à ce qu'il soit de bonne qualité. On avait construit un partenariat intelligent avec le CNES, notamment un partenariat annuel qui est passé de 750 000 euros à 350 000 euros autour de la santé.

Aujourd'hui, c'est devenu CHU, donc le comptable public du CNES ne peut plus participer au financement. Mais le port spatial de l'Europe est une spécificité. Il faut donc faire preuve d'imagination. Il faut créer des cadres financiers et juridiques pour que le partenariat soit réel.

Est-ce que le CNES paie les impôts fonciers ?

Oui, il paie le foncier bâti et non bâti. En revanche, il ne paie pas de taxe professionnelle, compte tenu de son statut. Mais aujourd'hui, la maîtrise d'ouvrage devient de plus en plus européenne, avec l'ESA (agence spatiale européenne), qui est exonérée de nombreuses taxes. Et là, il y a un problème.

Kourou n'est plus seulement le port spatial de la France, c'est celui de l'Europe. Il faut donc un partenariat gagnant-gagnant à cette échelle. Aujourd'hui, plus de 200 familles arrivent et la ville n'a pas proposé de foncier. Nous devons agir vite, pour développer le territoire et accueillir cette population.

Les entrepreneurs sont frileux aujourd'hui. Comment regagner leur confiance ?

La commande publique ne doit pas reposer uniquement sur la commune. La ville doit donner le tempo. Par exemple, sur l'extension de Kourou, la ville apporte le foncier, mais ce sont les financements d'État et les opérateurs qui interviennent.

Il faut repenser l'urbanisation, les centralités, favoriser l'accession à la propriété. C'est une compétence de la mairie, mais les financements viennent d'ailleurs.

Vous aviez créé la zone agricole de Wayabo. Elle est menacée par un projet d'ISDND. Que dites-vous aux agriculteurs ?

4 000 hectares ont été viabilisés. Nous avons installé des agriculteurs pour diversifier l'économie et aller vers l'autonomie alimentaire. Nous resterons cohérents. On ne va pas supprimer des parcelles pour installer une décharge.

En revanche, la gestion des déchets est indispensable. Elle doit être pensée à l'échelle du territoire des Savanes et nous devons créer une ISDND dans ce territoire.

Comment élargir l'assiette fiscale ?

Les recettes fiscales ont augmenté grâce à la réforme de la fiscalité locale : taxe foncière, taxe financière, taxe d'habitation. Sur la taxe financière, le produit est passé de 33 % à 72 %. Donc ce n'est pas un problème budgétaire, c'est un problème de choix et de gestion. Nous proposons de diminuer la taxe foncière de 5 %.

Il faut mieux organiser, valoriser les compétences internes, éviter d'externaliser quand le savoir-faire existe déjà.

Nous avons porté plainte parce que certains marchés étaient distribués à des copains-copains. Exemple : le budget fêtes et cérémonies en 2024 était de 1,5 million d'euros.

La surtaxe eau, votée par le conseil municipal, sera diminuée pour le pouvoir d'achat. La vie est trop chère à Kourou, il faut agir.

Les quatre régies externes étaient excédentaires de 10 millions d'euros. Il faut revoir la convention SGDE-Ville de Kourou : c'est la première délégation du service public sur 20 ans. Le contrat n'a pas respecté les règles des marchés publics.

Peut-on faire des économies sur les ressources humaines ?

Il ne s'agit pas forcément de diminuer la masse salariale, même si elle a augmenté, de 22 à 27 millions d'euros depuis mon départ en 2014. Dans le même temps, la crèche est fermée, la piscine est fermée, le stade est fermé.

Il faut réorienter le budget de fonctionnement vers l'investissement. En Guyane, plus on investit, plus on récupère via le FCTVA ( fonds de compensation pour la taxe sur la valeur ajoutée). Il faut aller chercher des financements, travailler avec l'État, l'Europe, la CTG. La ville de Kourou a perdu dix millions d'euros de subventions qu'on avait trouvé à mon époque. Il faut retrouver ce savoir-faire. Il faudra prioriser. Comment scolariser les enfants dès l'âge de 2 ans, parce que c'est une manière de réduire les inégalités scolaires. Il y avait des projets : un groupe scolaire à l'Anse financé à plus de 90 %, qui n'a pas été réalisé. Un autre groupe scolaire était prévu, notamment au village Saramaka, également financé à plus de 90 %. Ce sont des projets concrets.

Il y avait aussi l'idée de créer une école internationale, parce que dans certaines familles, les langues maternelles ne sont pas uniquement le français. Aller chercher des financements, du partenariat : c'est comme cela qu'on relance la commande publique à Kourou.

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