Municipales 2026 : la démocratie représentative atteint ses limites
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Municipales 2026 : la démocratie représentative atteint ses limites

Gérôme GUITTEAU, g.guitteau@agmedias.fr
Yahya Daoudi célèbre la victoire de Serge Smock à Matoury. Là, on ne renverse pas la table mais on y danse.
Yahya Daoudi célèbre la victoire de Serge Smock à Matoury. Là, on ne renverse pas la table mais on y danse. • GT

À Cayenne, Saint-Laurent, Matoury et Kourou, les édiles ont été élus avec moins de 26 % des inscrits

La fête était grande dans les QG des vainqueurs du second tour, dimanche soir, avec des effusions grand-guignolesques par moments.

Fêter une victoire pour seulement 222 voix sur 15 000 inscrits, après avoir usé de toutes les arguties ou ergoter pour amoindrir son adversaire ; illuminer la ville spatiale avec des feux d'artifice interdits à la vente pour avoir recueilli 9,53 % des suffrages de sa ville (20 % des inscrits) ; pareil à Saint-Laurent avec 7,8 % de la population totale et 25 % des inscrits, pourrait paraître déplacé pour celui qui ne connaît pas le fonctionnement des municipales.

Winner takes all

Un scrutin "winner takes all", où le gagnant rafle la mise et le perdant part en enfer pour six ans dans l'opposition.

Pour 3 % d'écart, Serge Smock à Matoury récupère 76 % des sièges du conseil municipal (30 sur 39) ; Michael Rimane à Kourou prend les deux tiers du CM (24/35) ; Lénaïck Adam, avec 42 %, obtient 73 % du CM (33 sièges sur 45).

Une garantie de pouvoir mettre en place les politiques publiques voulues par la liste gagnante. Un souhait du législateur qui ne garantit pas le consensus ni le débat. Mais les élections l'ont montré : nos politiciens n'aiment pas le débat, surtout quand cela concerne les idées.

Michael Rimane a tout de suite appelé à la concorde et au travail avec tous les candidats. Ce n'est pas le cas de Lénaïck Adam ni de Serge Smock.

La prime au sortant

Autre élément qui se dégage du scrutin de dimanche : la prime au sortant a fonctionné.

Retranchés derrière "le pragmatisme" et une part de clientélisme, les maires sortants sont les grands vainqueurs des municipales 2026.

"J'ai voté pour Serge Smock car c'est mon maire. Il a peut-être des défauts, mais c'est mon maire. Je le connais, tandis que l'autre [Éline Grand-Émile], je ne sais pas qui c'est", peste une dame âgée.

Son fils se méfie des deux candidats : "Il est bizarre, Smock, mais on le connaît, alors que son adversaire... je ne sais pas, c'est le MDES et, même si les municipales n'ont rien à voir, je n'ai pas envie que l'indépendance mette un pied dans la porte."

Seuls Sophie Charles, François Ringuet et Serge Anelli, ainsi que Jean-Paul Fereira au premier tour, ont perdu leur siège, victimes d'un vote contre eux, plus que d'un vote pour leur adversaire.

Pas de débats pendant six ans

Cette absence d'idées dans les débats ne doit pas masquer un des messages des urnes de la part des électeurs : une volonté de revenir aux préoccupations du quotidien. "Finies les questions d'autonomie, de nouvelle relation avec l'État, etc. : l'électeur veut payer moins d'impôts, avoir un service de proximité avec son maire et que ses enfants puissent accéder à la propriété", constate un colistier perdant au premier tour à Matoury.

Pourquoi pas ? Il n'en reste pas moins difficile de comprendre les messages de l'électorat guyanais, tellement différents selon les scrutins.

Il envoie une ancienne indépendantiste à l'Assemblée nationale dès 1993, mais a peur de l'épouvantail MDES 30 ans plus tard. Il plébiscite ses deux députés dès le premier tour, en 2024 ; mais leur refuse le pouvoir exécutif dans leur ville natale... tout comme Christiane Taubira à Cayenne et à la région dans les années 1990 et 2000.

Pour finir, lors de la présidentielle, les Guyanais rejettent en masse la présidence Macron en 2022, mais élisent ses soutiens lors des municipales 2026 : Deie, Dada, Smock, Adam, Adelson, Elfort, Benth, Désert, Jacaria, Charles [à Saül].

La liste, non exhaustive, de proches ou de membres de Guyane Rassemblement (GR) dont il ne faut pas oublier Claude Plenet à Rémire-Montjoly, doit faire plaisir à Rodolphe Alexandre, le fondateur de GR, à deux ans des élections territoriales et à six mois des sénatoriales.

Serge Smock dans les bras de ses sympathisants, dimanche 22 marsà Matoury.
Serge Smock dans les bras de ses sympathisants, dimanche 22 marsà Matoury. • GT
Les supporters de Michael Rimane célèbre le coup de force de leur tête de liste à Kourou, dimanche 22 mars.
Les supporters de Michael Rimane célèbre le coup de force de leur tête de liste à Kourou, dimanche 22 mars. • GG

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