Gabriel Attal, l'héritier rebelle d'Emmanuel Macron
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Gabriel Attal, l'héritier rebelle d'Emmanuel Macron

Gabriel Attal à Mur-de-Barrez (Aveyron) le 22 mai 2026
Gabriel Attal à Mur-de-Barrez (Aveyron) le 22 mai 2026 • ED JONES

Plus jeune Premier ministre de l'histoire de la République en 2024, candidat à l'Elysée en 2027, Gabriel Attal, 37 ans, est la principale figure émergente de la décennie au pouvoir du parti d'Emmanuel Macron, dont il s'est emparé après la brouille de la dissolution.

Le secrétaire général de Renaissance a choisi un village de l'Aveyron, Mur-de-Barrez, pour officialiser, "au milieu des Français", une candidature qu'il peaufinait depuis plusieurs mois. Une carte postale loin de l'image renvoyée par ce jeune Parisien, scolarisé dans son enfance dans la très huppée École alsacienne de la capitale, diplômé de Sciences Po et élu de Vanves (Hauts-de-Seine).

L'ascension fut météorique pour ce professionnel de la politique, dont la biographie mentionne une expérience d'un an à la Villa Médicis à Rome et quatre mois de consultant en auto-entrepreneur en 2017, année de son élection comme député, à 28 ans. Mais Gabriel Attal connaissait déjà les arcanes du pouvoir pour avoir été cinq ans conseiller de la ministre socialiste Marisol Touraine.

Depuis, celui qui avait adhéré au PS pour voter Ségolène Royal en 2007 semble plutôt reprendre les codes et concepts de Nicolas Sarkozy, de "la France qui se lève tôt" à la dénonciation des "blocages français" en passant par la défense des "classes moyennes".

Symbole parfait du "En même temps" porté au pouvoir par Emmanuel Macron ? S'il est souvent décrié comme son "clone", Gabriel Attal n'appartenait pas au premier cercle du chef de l'État, bien que proche d'un de ses anciens conseillers, l'actuel commissaire européen Stéphane Séjourné, l'"homme de (sa) vie" comme il le raconte dans un livre personnel paru en avril.

Le "nouveau monde" de 2017 a charrié son lot de dirigeants politiques inexpérimentés. "Soyez fiers d'être des amateurs", leur a un jour lancé Emmanuel Macron. Pas le genre de Gabriel Attal, qui n'a pas tardé à sortir du rang pour devenir le plus jeune membre d'un gouvernement français, dès 2018.

"Pro de la com"

Parvenu à la notoriété comme porte-parole (2020) avant d'occuper le portefeuille des Comptes publics (2022) puis de l'Éducation nationale (2023), Gabriel Attal maîtrise les codes de la communication, entouré par une équipe de conseillers dont certains le suivent ministère après ministère.

Une aisance éprouvée dès l'école, un reportage disponible sur l'INA le montrant déclamer du Molière à l'Ecole Alsacienne en 1998. "Papa travaille dans le cinéma et il m'a dit que si on voulait être un acteur célèbre, il faut commencer par le théâtre", explique-t-il alors.

En politique, la méthode paie. Chaque mot est pesé au trébuchet. Député, il dénonce la "gréviculture" des syndicats. Au Budget, il lance "les dialogues de Bercy" avec les oppositions. A l’Éducation nationale, il proscrit l'abaya et lance un "choc des savoirs". Jusqu'aux formules de déclaration de politique générale d'un Premier ministre décidé à incarner l'autorité: "tu casses, tu répares, tu salis, tu nettoies".

"C'est surtout un pro de la com' avant autre chose. Mais ça ne reflète pas du tout une offre politique cohérente", juge un dirigeant centriste.

Le prodige fait alors le bonheur de l’Élysée. "Le président s'appuie beaucoup sur Gabriel", "celui qui aujourd'hui incarne le mieux l'ADN du macronisme", expliquait en 2023 un proche conseiller du chef de l'État, qui réalise un coup personnel en le nommant pour remplacer Élisabeth Borne à Matignon en janvier 2024.

Pas "gardien du temple"

Mais les rapports se sont quasiment instantanément détériorés: un Salon de l'Agriculture apocalyptique pour le président quand son jeune Premier ministre calme quelque peu la colère agricole en Haute-Garonne, feuillets du discours posé sur une botte de paille: contraste insupportable et guerre des entourages. Jusqu'à la rupture, au bout de cinq mois: la dissolution de l'Assemblée un soir d'élections européennes, avec un Premier ministre tenu hors de la confidence.

Gabriel Attal s'émancipe alors, prenant en main la campagne des législatives. Avant de s'emparer du groupe macroniste à l'Assemblée puis du parti, contre la volonté du président, et sans personne -Elisabeth Borne, Gérald Darmanin...-- susceptible de lui opposer une concurrence.

L'élu des Hauts-de-Seine s'est depuis employé à donner un corps de doctrine au parti ex-présidentiel. Au point de détonner, comme lorsqu'il propose l'interdiction du voile aux mineures de moins de 15 ans ou encore une "gestation pour autrui (GPA) éthique". Et au risque de perdre en route une partie de la "macronie".

Mais "je ne me vis pas du tout comme le gardien d'un temple" macroniste, répond Gabriel Attal. "Tout a changé dans le défi que doit relever le pays et dans le monde par rapport à 2017 et même à 2022".

Promettant une campagne "permanente", Gabriel Attal est bien décidé à supplanter un autre ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron, Edouard Philippe, comme représentant du bloc central. Entre les deux camps, les piques commencent à fuser. Mais la perspective d'un ralliement au mieux placé est admise et programmée début 2027, face au risque du Rassemblement national.

"Attal ne sera pas président. Les gens ne voteront pas une troisième fois pour Macron", prédit un cadre d'Horizons car, malgré la mésentente, "il en est la créature".

bpa/hr/frd/

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Gabriel Attal à Paris le 11 mars 2026 • Bertrand GUAY

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