Finances : Kourou au bord du dépôt de bilan
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Finances : Kourou au bord du dépôt de bilan

A.S.-M.
Hier, les élus du conseil municipal ont écouté attentivement le rapport de l'audit financier (DR)
Hier, les élus du conseil municipal ont écouté attentivement le rapport de l'audit financier (DR)

Hier, en conseil municipal, le cabinet « Michel Klopfer » a présenté l'audit financier de la commune commandé par le maire François Ringuet. Le résultat est catastrophique.

« Une situation financière alarmante » , voilà la conclusion de l'audit financier de Kourou rendu public hier en conseil municipal. Il met notamment en exergue une forte détérioration des finances de la commune entre 2013 et 2014. « Nous étions à 500 000 euros d'épargne brute en 2013. En 2014, nous sommes à -3,8 millions » , tempête François Ringuet, qui a succédé à Jean-Étienne Antoinette aux manettes de la ville spatiale en avril dernier. La conséquence directe, c'est qu'à ce jour, la commune ne dispose plus d'aucune capacité d'autofinancement et n'est plus en mesure de payer ses dettes.
Selon l'audit, 10 millions d'euros de factures resteraient à payer. Et d'après François Ringuet, « on devrait atteindre les 14 millions au 31 décembre » , sur un budget global de 41 millions d'euros. Dans cette situation, le gros risque pour la commune est de perdre le contrôle de ses finances. « Aujourd'hui, notre déficit atteint 18% des recettes de fonctionnement. Selon la loi, on ne doit pas dépasser 5%. Je m'attends à voir débarquer la Chambre régionale des comptes avec, derrière, une mise sous tutelle » , s'inquiète le maire.
UNE FORTE MASSE SALARIALE
Pour François Ringuet, cette « situation alarmante » vient « d'une mauvaise gestion » de la précédente majorité. Et il pointe deux éléments qui, pour lui, constituent des erreurs, voire des fautes. D'abord, il déplore une forte augmentation du personnel enregistrée ces dernières années. « Entre 2010 et 2014, la masse salariale a augmenté de 2,3 millions d'euros, c'est énorme. Aujourd'hui, les charges de personnel représentent 71% de notre budget de fonctionnement. »
Il regrette aussi le choix fait par la précédente municipalité en matière de transports publics, à savoir le contrat passé avec la société K-Lyann. Une délégation de service public a été signée pour huit ans. Elle coûte à la municipalité 2,8 millions par an. « Nous ne les avons pas, cela plombe la collectivité. La seule solution sera de revenir à la table des négociations. K-Lyann n'aura pas le choix car, de toute façon, la mairie ne pourra pas payer. »
INTERVIEW : « On doit trouver 8 millions d'euros par an »
Pour François Ringuet, la priorité est de rembourser les dettes. Pour y parvenir, Kourou va devoir faire des économies mais aussi trouver de nouvelles recettes.
Après avoir pris connaissance des résultats de l'audit, vous craignez une mise sous tutelle. Que vous faut-il pour l'éviter ?
Aujourd'hui, pour redresser la situation, nous devons trouver huit millions d'euros de recettes supplémentaires par an à partir de 2015. C'est cela le plus dur, surtout que notre dotation de fonctionnement (apportée par l'État, ndlr) baissera de 2,2 millions d'euros en 2017.
Comment comptez-vous trouver ces huit millions ?
La seule recette, c'est l'impôt. Sur le transport urbain, on peut partir sur une taxe de transport, on est aussi en train d'étudier la taxe sur les panneaux publicitaires. Mais ces deux taxes ne rapporteraient que 800 000 euros maximum. On se bat aussi sur l'élargissement de la base fiscale car il faut que tout le monde paie ses impôts. Ce qu'on essaie d'éviter, c'est une augmentation des impôts, mais on risque de ne pas avoir le choix. Si la commune est placée sous tutelle, c'est le préfet qui en décidera.
Concernant la masse salariale, envisagez-vous de réduire le personnel municipal ?
Non, pour moi la question n'est pas posée. Mais on réfléchit à un travail en régie. Je ne dis pas que le personnel doit travailler plus, mais il doit travailler autrement. Cela nous permettrait de ne plus devoir faire appel au privé. Le problème qui se pose, c'est que nous n'avons même pas les moyens d'acheter le matériel. Ce mois-ci, une fois qu'on a payé les salaires, il restait exactement 75 euros sur le compte de la municipalité.
Des projets risquent-ils d'être gelés voire annulés ?
D'abord, depuis notre arrivée, notre combat est de payer les entreprises. Nous n'avons rien investi justement pour pouvoir rembourser les dettes. Pour ce qui est des projets, on bénéficie des aides de la Région et du Département. Et puis, il y a la convention avec le Cnes qui nous permet de subventionner les entreprises et d'avoir des animations. En gros, je fais tout payer par les autres. Ce qui est sûr, c'est que la population ne risque pas de voir sortir de grands projets dans les mois à venir, il faut d'abord assainir les comptes. Mais il faut qu'elle comprenne que nous ne sommes là que depuis sept mois et que nous héritons de cette situation.
Propos recueillis par A.S.-M.

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