Chute du gouvernement Bayrou : les députés guyanais assument
Ils ont tous deux voté contre la confiance : même s'ils refusent de se dire " satisfaits " ou même " soulagés ", les députés de Guyane, comme ceux des Antilles, ont obtenu avec leurs collègues d'opposition la chute du gouvernement de François Bayrou, ce lundi 8 septembre
Leur main n'a pas tremblé : 364 députés sur 577 ont voté contre la confiance au gouvernement et parmi eux les deux élus de la Guyane. Malgré l'ambiance électrique dans une Assemblée nationale surpeuplée de journalistes, de caméras et de perches des preneurs de son, l'élu (GDR) Jean-Victor Castor refusait de se réjouir de la tournure du vote et de la chute du gouvernement Bayrou.
" Faire tomber un gouvernement n'est pas un but en soi, assure le parlementaire. La violence sociale et l'irresponsabilité sont du côté du gouvernement. L'austérité - promise dans ce Budget que nous avons rejeté - concerne les entreprises, les personnes précaires, les collectivités, tout le monde. M. Bayrou a été utilisé comme fusible pour faire face au mouvement social du 10 septembre. Personnellement, je pense que M. Macron devrait tirer les conséquences de ce vote, reconnaître qu'il n'a aucune légitimité et démissionner ! " Le député Castor avait avec lui la procuration de son collègue - qui siège dans le même groupe - Davy Rimane.
Les députés guyanais et avec eux la quasi-totalité de leurs collègues antillais ne sont tombés d'accord avec François Bayrou que sur une seule phrase de son discours de politique générale. " Ce moment, je l'ai voulu ! ", assurait le Premier ministre au début de son allocution. À la tribune de l'Assemblée nationale, ce fidèle d'Emmanuel Macron s'adressait aux parlementaires et les mettait en garde : " Il est question de trancher des questions historiques qui concernent la prochaine génération. Vous avez le pouvoir de renverser le gouvernement mais pas celui de changer le réel. "
"Macron, démission !"
Pour la majorité des élus, cette démission – obligatoire, car prévue par la Constitution, le texte fondamental français – n'est qu'un début. " Ce que nous demandons maintenant, c'est que le président de la République fasse le bon choix, s'anime la députée (PS) de Martinique, Béatrice Bellay. Le bon choix, il est à gauche. Nous avons déjà démontré, au Parti socialiste, que nous sommes prêts à gouverner. Nous sommes prêts à faire des compromis, à être ouverts et à participer de la défracturation de la France. "
Dans un communiqué publié lundi soir, le président de la République a annoncé qu'il nommera un Premier ministre " dans les tout prochains jours. "
Au sein du groupe GDR, qui compte une part équivalente de députés communistes et d'élus dans les territoires d'Outre-mer, l'appel à la démission d'Emmanuel Macron est l'étape suivante. " Nous ne sommes pas responsables de la situation, déplore par exemple Émeline K/Bidi, élue de la Réunion et co-présidente du groupe GDR. Ce sont les Français qui demandent la démission du président de la République ! "
Après avoir voté dans le même sens que ses collègues de gauche du groupe GDR, le député Liberté Outre-mer et territoires (LIOT) de Guadeloupe Max Mathiasin voit d'abord dans la chute du gouvernement " le résultat de la présentation d'un mauvais projet politique par le Premier ministre. "
Avec son collègue (LIOT) de Guadeloupe, Olivier Serva, il plaide pour la nomination comme Premier ministre du président de leur groupe politique, le député de la Marne (Hexagone) Charles de Courson. " Faire tomber ce gouvernement était nécessaire, précise Olivier Serva. Le président de la République doit nommer rapidement un premier ministre et le charger de former une coalition. Au groupe LIOT nous défendons la nomination de Charles de Courson parce que c'est un homme sérieux, qui siège à l'Assemblée nationale depuis 30 ans et qui sera capable de trouver des compromis à droite comme à gauche ! Dans l'intérêt de la France. "
Ajouter du désordre au désordre
En tant que rapporteur spécial pour l'Outre-mer de la prochaine loi de finances, le député (PS) de Guadeloupe Christian Baptiste estime tout à fait logique que le gouvernement soit tombé. " Nous avons perdu huit mois depuis la nomination de François Bayrou, se souvient-t-il. M. Macron a créé cette crise politique. S'il nous avait écoutés, nous n'en serions pas là. Il faut qu'il en tire les conséquences et qu'il quitte le pouvoir ! C'est la politique d'Emmanuel Macron qui ne correspond pas à la réalité de nos territoires d'Outre-mer. 350 millions d'euros d'économie sur la Lodeom cela revient à faire payer la dette du pays par les petites entreprises. "
Membre lui aussi du parti socialiste (PS), le député guadeloupéen Élie Califer refuse, pour sa part, d'appeler à la démission d'Emmanuel Macron. " Il ne faut pas ajouter du désordre au désordre, temporise-t-il. Ce vote est avant tout la confirmation que M. Bayrou n'avait qu'un projet inacceptable et aucune légitimité. La France est dans une crise financière, une crise de recettes, que ce gouvernement a provoqué. Nous n'avons fait que relayer le cri de colère de nos populations qui refusent que ce soient ceux qui ont le moins qui payent le plus ! "
L'exception Frantz Gumbs
Membre du parti – et du groupe politique à l'Assemblée nationale – les Démocrates, fondé par François Bayrou, le député de Saint-Barthélémy et Saint-Martin, Frantz Gumbs a voté pour la confiance au gouvernement. Le sens de son vote est exceptionnel à l'échelle des Antilles et de la Guyane mais aussi de l'Outre-mer tout entier puisqu'il est le seul ultramarin à avoir fait ce choix avec Nicolas Metzdorf (Nouvelle-Calédonie, Ensemble pour la République, macroniste).

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