Après 43 ans de mandats, Antoine Karam se retire de la vie politique
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Après 43 ans de mandats, Antoine Karam se retire de la vie politique

Pierre ROSSOVICH

© SENAT

Le sénateur Antoine Karam montre la une de France-Guyane au sénat

Bernad cazeneuve (à gauche) et le Sénateur Antoine Karam © (Twitter)

Les Guyanais l'ont pour ainsi dire toujours connu. Après 43 ans de mandats, et les six derniers en tant que sénateur, Antoine Karam tire aujourd'hui sa révérence. " Je ne me présenterai plus jamais à une élection ", déclare-t-il. 

 Après plus de 43 ans en tant qu'élu, Antoine Karam tire aujourd’hui sa révérence. Sénateur depuis 2014, après avoir été notamment président du conseil régional durant 18 ans, il dresse le bilan de son dernier mandat. « Le temps est venu pour moi de rendre compte à tous les Guyanais de mon travail. Je me suis efforcé de faire un mandat qui me ressemble, en prise permanente avec le terrain. Parce que tout vient de la population », lance-t-il.

Antoine Karam se rappelle les grandes loi examinées par le Sénat durant son mandat : loi des finances, loi sur les accords France-Brésil encadrant le pont de l’Oyapock. La loi égalité réelle, la loi sur l’école de la confiance, ou encore sur la biodiversité… Il rappelle également le rôle de médiateur qu’il a pu jouer dans les conflits sociaux durant ces six ans :  « EDF, Char, CHK, Sécurité sociale »… La liste est longue.

« Plus largement, être parlementaire c’est être à l’écoute de tous les Guyanais », résume le sénateur.
" Un parcours du combattant "
 Des difficultés, il en aura bien sûr rencontré au sénat : « Cela a été le parcours du combattant pour pouvoir faire passer les dossiers des outre-mer et particulièrement la Guyane, raconte-t-il. Nous sommes deux sénateurs sur 348 au sein de l’hémicycle. Cela n’a jamais été simple. Il y a une inculture totale des questions de l’outre-mer au niveau national et particulièrement au niveau du sénat. Les événements de la Covid ont démontré la méconnaissance totale de l’État vis à vis de notre situation, ne serait-ce que géographique. »

Ainsi, Antoine Karam explique la difficulté au sein du groupe socialiste de pouvoir obtenir du temps de parole sur les questions orales et écrites et même sur les amendements.
Sur la séparation de l’église et l’État en Guyane
Parmi ses regrets : « le sort réservé à ma proposition de loi et à mes amendements relatifs à la séparation de l’État et de l’église en Guyane. La loi de 1905 a installé la laïcité de façon définitive, sauf en Guyane. Je ne vais pas refaire l’histoire… Cela a été rejeté au sénat, qui est majoritairement à droite et très souvent conservateur. Par la suite, un point d’équilibre a été trouvé entre la CTG et l’évêque de Guyane. Je m’y suis résolu pour ne pas troubler un consensus trouvé en Guyane. »
"On ne gère pas la Guyane comme la Lozère"
« Souvent, nous ne sommes pas entendus. Il a fallu que j’alerte le gouvernement. Parce que quand les élus et parlementaires ne sont pas écoutés, vous connaissez la suite : c’est la rue qui s’empare de la situation. Le droit commun entrave les solutions les plus adaptées à nos réalités. C’est un sujet permanent dans les débats que j’ai eu au sénat durant ces six années. Lorsque l’État aura compris que l’on ne peut pas gérer la Guyane comme la Lozère, alors nous serons nous-mêmes capables d’agir plus efficacement sur ces sujets. »
Quelques batailles gagnées
Pour Antoine Karam, les plus grandes réussites de ce mandat correspondent à « des batailles gagnées pour reconnaitre dans la loi nos réalités. Par exemple, sur les normes en matière de construction. Avec une expérimentation sur sept ans, permettant l’adaptation des logements et matériaux à notre environnement équatorial. Quand on sait ce que coûtent les constructions de logements et d’écoles sur le Haut-Maroni et le Haut-Oyapock, comment peut-on construire en Guyane comme on construit à Strasbourg ? Sur la construction des écoles maternelles et élémentaires, j’ai pu obtenir grâce à un amendement une dérogation dans le cadre de la loi école de la confiance. »
Sur le trafic de drogue
« Depuis 2015, j’ai alerté le gouvernement sur l’ampleur du phénomène. Depuis trois ans, je milite pour une mission d’information. Le sénat s’est enfin emparé de la question et nous allons remettre dans quelques jours le rapport au sénat. Bien entendu ce n’est qu’une étape. »
Sur son futur successeur
Antoine Karam ne se prononce pas sur les candidats qui brigueront sa place d’ici quelques jours. « Ceux ou celles qui seront sénateurs après moi auront du travail : la nouvelle loi sur la décentralisation qui nous permettra d’aborder la question statutaire, la réforme des retraites… La priorité reste de surmonter la crise sanitaire et de formaliser une bonne fois pour toutes ce processus d’évolution. Pour qu’on comprenne enfin que, si on peut transformer l’histoire, on ne bouge pas la géographie. Je suis confiant sur le consensus trouvé lors du congrès en janvier dernier. J’avais rêvé qu’avant de tirer ma révérence je puisse voir cette évolution statutaire. Mais ce qui compte c’est d’ensemencer et d’autres vont récolter les fruits. »
Fin de mandat = fin de vie politique ?
« Je ne me présenterai plus jamais à une élection politique, déclare Antoine Karam. Le temps est venu pour moi de passer à autre chose. Comme le disait Churchill : ce n’est pas la fin, ni même le commencement de la fin, c’est peut être la fin du commencement. Une chose est certaine, je servirai toujours la Guyane. »
Sur l’autonomie
« J’ai toujours prôné l’évolution statutaire. Ce n’est pas être en rupture avec l’État français, bien au contraire. C’est gagnant-gagnant. Avoir une relation de partenaire avec l’État français. Nous avons des ressources extraordinaires : richesse du sous-sol, le pétrole… et on continue à vivre des allocations familiales et des transferts sociaux. Je suis convaincu que c’est la solution. Il faut reconnaitre que le caractère colonial de l’État français reste d’actualité à beaucoup d’égards. C’est plus subtil. Ce n’est plus un affrontement physique. Je ne suis pas pessimiste on y arrivera. Le monde change. »
Sa plus belle victoire de sénateur ?
« Je ne revendique pas de victoire personnelle. J’ai fait mon job. Il faut continuer à faire connaître la Guyane. C’est le travail d’un sénateur de faire du lobbying pour son territoire. »

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