“Ramener le meurtre de M. Pan à un règlement de compte salit la mémoire du défunt”
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Insécurité

“Ramener le meurtre de M. Pan à un règlement de compte salit la mémoire du défunt”

Gérôme GUITTEAU ; g.guitteau@agmedias.fr
La famille Pan rend hommage, lors de la marche contre l'insécurité, vendredi 2 septembre, à son patriarche tué, le 29 août sur son lieu de travail
La famille Pan rend hommage, lors de la marche contre l'insécurité, vendredi 2 septembre, à son patriarche tué, le 29 août sur son lieu de travail • G. GUITTEAU

Maître Constant et Me Khiter, avocats de la famille de Dong Ping Pan, épicier tué dans la supérette de sa fille à Rémire, le 29 août, ne décolèrent pas devant le manque de réponse de l’État face à l'insécurité et devant un début d'enquête poussif.

Une autopsie qui tarde à être effectuée. Aucune information sur les avancées de l'enquête, sur l'utilité des pièces fournies (photos et vidéos)... et puis cette citation du général Jean-Christophe Sintive, publiée par France-Guyane, au lendemain du drame, le 30 août : “La piste du contrat est une possibilité qui doit être prise en compte sérieusement.
 
Maître Constant et Me Khiter, sollicités par la famille du défunt ont peu goûté l'analyse du général de gendarmerie.
Ramener le meurtre de M. Pan à un règlement de compte salit la mémoire du défunt et le chagrin légitime de la famille” s’offusquent les deux avocats.
Cette façon de présenter ce drame évite de se poser les questions sur la politique sécuritaire mise en place en Guyane. Aujourd'hui 400 commerçants chinois, plus les boulangers, les commerçants et les gérants de station essence s'exposent à des risques élevés pour leur vie quand ils lèvent leur rideau”, tance Rudy Constant.

Les premiers témoignages du meurtre de M. Pan relèvent que l'épicier de soixante ans était bien vivant après les tirs reçus. Il était même capable de parler mais les secours ont mis plus de trente minutes à intervenir “alors que le centre de secours de la prison est juste à côté”, estiment les avocats. Un homme a essayé de prodiguer les premiers secours mais sans aucun matériel à disposition.

La panique des jeunes braqueurs est avancée par la famille comme cause première des tirs mais  pas un règlement de compte qui laisserait supposer des pratiques illégales ou au moins illicites de M. Pan.
C'est un sentiment de honte qui étreint la famille quand les gendarmes évoquent la piste du contrat. Un manque de respect pour la victime. Et face à cette peur, à ce chagrin que fait l’État ? Il amène un demi-escadron de la forêt mais que se passera-t-il quand une prochaine tuerie se passera à Dorlin ? Jusqu'à quand l’État va mener une politique de la réaction ? Il faut traiter le problème sur le fond”, insiste Rudy Constant.
45 policiers et gendarmes pour 10 000 habitants
La préfecture répond chiffres à l'appui que l'effort de l’État auprès des forces de l'ordre est supérieur à la moyenne nationale. ”En France, la moyenne est de 30 policiers pour 10 000 habitants. Pour la même tranche d'habitants, nous en disposons entre 45 et 56 en Guyane", assure le préfet Thierry  Queffèlec.
En France, d'après une publication de l'Insee en décembre 2021, il y a 34 policiers et gendarmes pour 10 000 habitants. Le préfet utilise un raccourci en parlant des policiers. Il évoque les forces de l'ordre, police et gendarmerie. Pour obtenir, le même chiffre que le préfet, il faut compter les agents de police sur le terrain soit 670 d'après Guyane la 1ère, plus les 680 gendarmes départementaux. Une addition que l'on rapporte à la population estimée par l'Insee en 2021 à 294 000 personnes. On obtient ainsi 45,9 forces de l'ordre (FDO) pour 10 000 habitants si on ajoute les réservistes 250 membres, on obtient 55 (FDO) pour 10 000 habitants.

Le préfet a l'honnêteté intellectuelle de ne pas compter les 450 gendarmes mobiles qui sont le plus souvent basés en forêt.
Des chiffres qui sonnent faux pour Yvane Goua, rencontrée lors de la marche contre l'insécurité, vendredi : “Il faut arrêter avec cette hypocrisie. Ce qui nous intéresse ce sont les forces de l'ordre sur le terrain. Combien sont-ils ? En plus, l’État ramène ces chiffres à une estimation fausse de la population par l'Insee.
L'avocat de la défense, Me Rudy Constant, a obtenu la relaxe de son client (BD)
Me Rudy Constant fustige la politique sécuritaire mise en place par l’État en Guyane. • Archives

De son coté, l'avocat Rudy Constant remarque un problème dans la répartition des FDO sur le territoire.
“Il faut savoir que les gendarmes de Kourou ont comme première mission celle de protéger le site et non la sécurité des biens et des personnes. La convention signée entre l’État et Arianespace est limpide à ce sujet [lire la convention ici et notamment son article 5]. La question qui nous intéresse est de savoir quels sont les effectifs dans les zones d'habitation ? La police est structurellement en sous effectif et a des moyens dégradés”, analyse le conseil de la famille Pan.

D'après le Parquet, lundi soir, l'autopsie de M. Pan n'avait toujours pas été réalisée, faute de médecins légistes disponibles.

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