Cocaïne : la Guyane teste la fin des poursuites contre les saisies inférieures à 1,5 kg
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JUSTICE

Cocaïne : la Guyane teste la fin des poursuites contre les saisies inférieures à 1,5 kg

France-Guyane avec AFP

Le parquet de Cayenne expérimente depuis le 1er juillet le classement sans poursuite des saisies inférieures à 1,5 kg de cocaïne afin de "diminuer la charge" du trafic de stupéfiants sur la chaîne pénale.

 Dans ce courrier adressé aux chefs de la police, de la gendarmerie et des douanes de Guyane, le procureur Yves Le Clair justifie cette "politique pénale à titre expérimental" par sa volonté "d'augmenter la prise de matière en diminuant l'impact sur les services".

Cette expérimentation a également pour objectif "d'accentuer l'effort sur les violences commises sur la voie publique et les trafics d'armes".

Ainsi, "pour les quantités de cocaïne jusqu'à 1,5 kg", principalement "in corpore", c'est-à-dire sous forme d'ovules ingérées par des "mules" en partance pour l'aéroport d'Orly, il est possible de recourir à une "procédure simplifiée" et de notifier, en accord avec le parquet, "un classement sous conditions" de l'affaire.

La personne interpellée est alors libérée avec une interdiction de paraître à l'aéroport Félix-Éboué "pendant six mois", une "inscription au FPR" (Fichier des personnes recherchées, ndlr) et "une information du service des douanes".

Entre 1,5 et 4 kg, le suspect reçoit directement de l'officier de police judiciaire une convocation pour comparaître au tribunal, soit pour une audience classique, soit une audience sur reconnaissance préalable de culpabilité (CRPC ou "plaider-coupable").

Au-delà de 4 kg, le trafiquant est présenté au parquet en vue d'une CRPC, s'il reconnaît les faits, ou d'une comparution immédiate s'il les conteste.

"Un bilan sur la pertinence de ces mesures sera réalisé en septembre", conclut le procureur dans son courrier.

"Comment peut-on en arriver à une politique pénale de cette nature pour le trafic de cocaïne dont la #Guyane est le principal point d'entrée en métropole ? On peut toujours demander plus à la #Police mais pas en sabordant son action", a réagi sur Twitter le syndicat Synergie-Officiers.

Avec "une seule prison, déjà bien pleine, en Guyane, nous sommes obligés de déterminer des priorités", assure Willy Ranguin, secrétaire départemental Unité SGP Police FO.

"Si cette expérimentation nous permet de recentrer nos missions sur les têtes de réseaux, c'est une bonne chose. Sinon, il faut faire attention au message à double tranchant envoyé aux délinquants d'une certaine tolérance qui pourrait engendrer une multiplicité des faits, ou pire, devenir une stratégie pour les passeurs qui n'enverraient plus que des mules chargées de moins d'1,5 kg de cocaïne", ajoute-t-il.

"Nous, on fait notre travail, on interpelle de plus en plus et derrière, au niveau de la justice, on a l'impression d'un bricolage pour trouver des solutions", estime pour sa part Olivier Lorry, secrétaire zonal Alternative police.

"En tant que policiers, on a du mal à comprendre la réponse pénale. Si vous vous faites attraper avec 300 grammes de cocaïne en France, vous prenez 3-4 ans de prison ferme. En Guyane, avec un kilo sur vous, on vous demande juste de ne pas recommencer", explique-t-il, tout en rappelant que "les réseaux de drogue profitent de la misère sociale des habitants" et que "les mules sont en quelque sorte victimes de cela".

L'aéroport Felix-Éboué est la principale porte de sortie vers l'Hexagone et dessert les aéroports parisiens de Roissy et Orly.

Selon le préfet Thierry Queffelec, 20% de la cocaïne consommée dans l'Hexagone provient de Guyane.