30 ans de prison pour Esly Pansa, reconnu coupable d’avoir tué Hélène Tarcy-Cétout
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COUR D'ASSISES

30 ans de prison pour Esly Pansa, reconnu coupable d’avoir tué Hélène Tarcy-Cétout

Gaëtan TRINGHAM
De gauche à droite : Remy Popoe ; Sylvain Tarcy, Judicaël Tarcy ; Marchel Agwentie ; Jordan David Boobo ; Marion Agwentie ; Emma Cétout ; Odile Cétout et Michel Van Geene. Ils sont la famille de la pharmacienne Hélène Tarcy-Cétout, tuée le 8 avril 2024, à Saint-Laurent du Maroni.
De gauche à droite : Remy Popoe ; Sylvain Tarcy, Judicaël Tarcy ; Marchel Agwentie ; Jordan David Boobo ; Marion Agwentie ; Emma Cétout ; Odile Cétout et Michel Van Geene. Ils sont la famille de la pharmacienne Hélène Tarcy-Cétout, tuée le 8 avril 2024, à Saint-Laurent du Maroni. • GG

Cette affaire marquante pour la Guyane a été jugée pendant deux jours à la Cour d'assises

La cour d’assises de Cayenne a condamné à 30 ans de réclusion criminelle Esly Pansa. Il a été reconnu coupable d’avoir tué Hélène Tarcy-Cétout le 8 avril 2024, à Saint-Laurent du Maroni. Ce décès avait ému la Guyane et fait réagir un territoire touché par le gâchis de cette perte tragique.

"On n'a pas eu toutes les réponses, mais au moins, on a mis un visage sur l'homme et cela nous a permis d'avoir une idée de la situation. Et malgré tout cela, on ne peut pas faire revenir notre sœur", affirme Bernard Cétout, frère de la victime, après le délibéré. "On doit vivre avec cette douleur, l'accepter", continue-t-il.

Hélène Tarcy-Cétout avait gagné le concours Djok start up et s'était illustrée lors de la cérémonie de 101 femmes entrepreneures, en France. Elle montre ici une récompense obtenue.
Hélène Tarcy-Cétout avait gagné le concours Djok start up et s'était illustrée lors de la cérémonie de 101 femmes entrepreneures, en France. Elle montre ici une récompense obtenue. • DR

 

Pour la famille de la victime, l’objectif était de mieux comprendre ce qui avait pu se passer ce jour-là. Mais l’absence d’un mobile du crime clair est marquante dans cette affaire.
« Pour ce que j’ai fait, je demande pardon à la famille Tarcy », affirme d’abord le suspect de 36 ans, un marginal, alors qu’une grande partie des proches de la victime scrutent ses déclarations à l’audience. « Je voulais arracher le sac, elle ne m’a pas laissé, et je l’ai poignardée », raconte l’accusé. « J’ai pris la fuite quand j’ai vu le sang couler partout... » Esly Pansa affirme qu’il ne voulait pas tuer la pharmacienne de 34 ans.

Le suspect, célibataire et sans enfant, marqué par une absence de lien avec sa famille a connu un parcours heurté marqué par la précarité, la dépendance au cannabis et onze condamnations.

L’intention ou non de tuer en question

L’avocate générale, Caroline Tharot constate « Il y a beaucoup de questions, mais assez peu de réponses. » Elle affirme au cours de ses réquisitions : « Il ne faut pas en faire le procès de la criminalité à Saint-Laurent. Esly Pansa n’a pas poignardé pour tuer. Il a poignardé pour dérober le téléphone de la victime. Hélène Tarcy-Cétout a eu le malheur de croiser le chemin de M. Pansa. »

Une déclaration en réponse à la prise de parole de Me Corinne Boulogne Yang Ting, l’une des avocates des parties civiles. La robe noire a décrit « un homme déterminé. Il a choisi sa proie. Il a choisi une personne occupée, inattentive, une femme. Il est constant en disant qu’il ne voulait pas tuer. Mais pour moi les faits disent l’inverse. » L’avocate a pris pour exemple l’acharnement démontré par les quatre coups de couteau. La scène du crime a d'ailleurs été visionnée au cours du procès à travers des extraits de vidéosurveillance. La scène dure moins de cinq secondes. On voit sur l'un des extraits la victime sur son téléphone, l'agresseur arrive, donne des coups de couteau, puis repart en courant. Hélène Tarcy-Cétout, qui était tombée au sol, se relève, puis s'effondre à nouveau plus loin. Elle ne se relèvera pas malgré les tentatives de soins des personnes autour. 

Esly Pansa est intercepté par des témoins dans les minutes qui suivent et sera embarqué par la gendarmerie dans la foulée.

Le regard d'Hélène Tarcy-Cétout accompagne les visiteurs du Planning familial de Saint-Laurent.
Une stèle en l'honneur d'Hélène Tarcy-Cétout a été érigée devant le planning familial de Saint-Laurent • AP

Me Clémence Jouan, autre avocate des parties civiles évoque un « crime odieux, gratuit, sans contexte. »

Dans son délibéré, la cour a reconnu Esly Pansa coupable de tentative de vols ayant entrainé la mort et donc ne reconnait pas l'intention de tuer. Dans la réponse pénale, cela change peu car intention de tuer ou non, la peine encourue était la même… la perpétuité.

L’avocate générale avait requis 30 ans de réclusion criminelle. Ce à quoi l’avocate de la défense Christine Charlot a répondu : « 30 ans, c’est une mort sociale. Cela ne laisse aucune perspective. Alors je ne vous dis pas de le libérer demain. Mais entre 30 ans et demain, il y a un juste milieu. »

 

Le rêve brisé d'une femme engagée

Autre élément marquant dans cette affaire, la personnalité d’Hélène Tarcy-Cétout. Tous dressent le portrait d'une femme brillante, engagée, généreuse, revenue peu de temps avant en Guyane après plusieurs années dans l'Hexagone. Mariée, mère de quatre enfants, docteure en pharmacie ou encore sapeur-pompier volontaire, elle était très engagée dans la vie associative et entrepreneuriale. Elle portait de nombreux projets dont celui de "la plus grande pharmacie de Guyane", une association d'aide aux jeunes, une autre pour promouvoir les métiers médico-sociaux. Son investissement avait été récompensé par plusieurs prix.

Patricia Saïd, Judicaël Tarcy, veuf d'Hélène Tarcy-Cétout) et leurs enfants, Emma Cétout, sa sœur.
Patricia Saïd, Judicaël Tarcy, veuf d'Hélène Tarcy-Cétout) et leurs enfants, Emma Cétout, sa sœur. • AP

L’avocate de la défense a reconnu : « Je m’étais moi-même identifiée à cette femme active, à cette mère de famille. Ce n’est pas parce que je défends l’accusé que je cautionne et que je ne compatis pas avec leur douleur. »

« Elle refusait de voir le mal chez quelqu'un »

La personnalité exceptionnelle de la victime a été soulignée au premier jour par les témoignages de la famille à l’audience. Odile Cétout décrit une relation fusionnelle avec sa petite sœur lors de leurs études en Europe. « On ne rencontre pas une personne comme Hélène deux fois dans sa vie. Elle est morte de manière injuste alors qu'elle aimait la justice et se battait pour elle », pleure la professeure des écoles. Elle se souvient d'une phrase prononcée par sa sœur quelques mois avant sa mort : « Elle refusait de voir le mal chez quelqu'un. Elle cherchait toujours le bon côté des gens. Je lui disais qu'elle était bien trop naïve. »

Puis sa voix se brise lorsqu'elle évoque leur mère, aujourd'hui profondément affectée : « Tous les jours, elle était au téléphone avec Hélène. Aujourd'hui, elle fait des cauchemars, elle a des insomnies. »

Dans un dernier effort, elle interpelle l'accusé : « Prends ce téléphone, prends ce sac et pars. Prends tout, mais laisse ma sœur… »

Judicaël Tarcy, compagnon d'Hélène Tarcy-Cétout et père de leurs quatre jeunes enfants a retracé leur histoire commencée dès le premier jour de sixième puis les études, le premier bisou « presque sur la bouche », les années à distance entre Strasbourg, Mulhouse et Paris, le mariage en 2015, les projets professionnels, les épreuves traversées ensemble, jusqu'au retour récent en Guyane pour être près de la maman malade. « Je voulais rester dans l'Hexagone, car nous y avions fondé notre famille. J'ai refusé pendant trois ans de revenir et puis par amour, j'ai cédé et on est revenu », a-t-il confié.

Il a parlé d'une femme « première de la classe », disciplinée et accessible et a raconté un projet de vie. « Je ne voulais pas de familles monoparentales. Il y en a trop en Guyane. Ma maman m'a élevé seule avec mon frère et ma sœur. Je voulais atteindre nos cinquante ans de mariage avec elle » a-t-il soufflé avant un long arrêt qui a plongé la salle dans le silence. « Il n'y a pas beaucoup de joie en ce moment. Je veux que la justice fasse son travail » avait-il fini par glisser, avant de connaître la sentence.

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