RDC: l'épidémie d'Ebola devient la plus meurtrière de l'histoire du pays
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RDC: l'épidémie d'Ebola devient la plus meurtrière de l'histoire du pays

Des membres d'une équipe de la Croix-Rouge congolaise transportent le cercueil d'une femme qui serait décédée des suites de la maladie à virus Ebola lors de son enterrement dans les règles de sécurité dans un cimetière de Bunia, en RDC, le 7 juin 2026.
Des membres d'une équipe de la Croix-Rouge congolaise transportent le cercueil d'une femme qui serait décédée des suites de la maladie à virus Ebola lors de son enterrement dans les règles de sécurité dans un cimetière de Bunia, en RDC, le 7 juin 2026. • JOSPIN MWISHA

L'épidémie d'Ebola qui se propage à une vitesse inédite est devenue lundi la plus meurtrière de l'histoire de la République démocratique du Congo (RDC), dépassant en trois mois les 2.300 morts recensés lors de la flambée de 2018-2020.

L'épidémie "est la plus rapide jamais enregistrée" et "tue une personne toutes les 30 minutes", selon le chef des affaires humanitaires de l'ONU. Aucun vaccin ni traitement spécifique n'est pour l'instant disponible pour le variant Bundibugyo en cause dans l'épidémie.

La RDC a déclaré le 15 mai, avec plusieurs semaines de retard, sa 17e épidémie d'Ebola, dans des régions du nord et de l'est où la présence de l'Etat est fragile, les infrastructures de santé démunies, et la riposte dépassée par l'explosion des cas. 

L'épidémie de 2018-2020 dans l'est de la RDC, considérée jusqu'alors comme la plus meurtrière de l'histoire du pays, avait fait 2.299 morts sur 3.381 cas confirmés, selon les chiffres de l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS), basés sur les données des autorités congolaises. 

La flambée actuelle a fait 2.325 morts sur 4.945 cas confirmés, trois mois seulement après sa déclaration, selon le dernier bilan des autorités congolaises. 

En trois mois, sept fois plus de cas et cinq fois plus de morts ont été recensés en RDC que lors des trois premiers mois de la plus importante épidémie d'Ebola de l'histoire, qui avait frappé l'Afrique de l'Ouest en 2014, selon l'agence de santé de l'Union africaine (Africa CDC). 

La flambée actuelle s'est déjà étendue à six provinces de ce vaste pays d'Afrique centrale de plus de 100 millions d'habitants, où les flux de population échappent largement à la surveillance. 

L’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué mercredi qu'elle espère inverser la tendance à la hausse de l'épidémie d'Ebola en RDC d'ici trois mois.

L'Ouganda, pays voisin de la RDC, a enregistré 20 contaminations confirmées dont deux décès, et a annoncé mi-juillet ne compter plus aucun malade contaminé par le virus.  

Défiance

A Bunia, capitale de l'Ituri, épicentre de la flambée en RDC où près de 90% des cas ont été recensés depuis mi-mai, les mesures contre l'épidémie restent peu visibles, malgré l'urgence. 

La mairie a ordonné aux commerçants d'installer des kits de lavage des mains devant leurs boutiques, mais les clients continuent de se presser en nombre dans les marchés, en faisant peu de cas des mesures barrières, a constaté un correspondant de l'AFP. 

"L’engagement de la communauté dans la riposte reste encore trop faible", estime Mohamed Janabi, Directeur régional de l’OMS pour l’Afrique.

Selon lui, "plus de 70 % des personnes meurent dans la communauté", et non dans les centres de traitement (CTE).

Dans  le territoire de Djugu, situé dans l'Ituri, "les gens préfèrent se faire soigner à la maison, pensant qu’il s’agit d’un empoisonnement ou d’autres pathologies", déplore Jean-Paul Malo Lotsima, responsable de la société civile locale. 

"C’est souvent à la dernière minute, lorsque la famille constate que la situation s’aggrave, que les malades sont amenés à l’hôpital. Et parfois, ils meurent en cours de route", ajoute-t-il. 

Flavier Ngurima, habitant de Nizi, l'un des principaux foyers de l'épidémie dans l'Ituri, a perdu son frère, décédé avant d'arriver au centre de traitement (CTE). 

"Nous avions fait appel à une infirmière de la famille pour le soigner à la maison car le malade et les membres de la famille avaient peur d’aller au CTE. Ils disaient que là-bas, les gens meurent beaucoup", raconte-t-il. 

Riposte dépassée

Une myriade de groupes armés sont actifs dans les régions touchées par l'épidémie, et compliquent encore l'accès aux communautés, selon les organisations humanitaires. 

La riposte fait également l'objet de critiques pour sa lenteur et son manque d'organisation, malgré la mobilisation des organisations internationales. 

Le taux de suivi des cas contacts, annoncé à plus de 80% par les autorités congolaises, "ne reflète pas la réalité", selon l'Africa CDC, ce nombre correspondant aux contacts déjà identifiés, qui ne représenteraient que 12% des cas contacts de malades confirmés.

La surveillance communautaire "ne fonctionne pas", a estimé l'organisation, qui plaide également pour une "coordination solide et "une gestion financière transparente" de l'épidémie.

Des personnels locaux, infirmiers ou responsables des enterrements sécurisés, particulièrement exposés, ont fait grève ou manifesté dans plusieurs hôpitaux de l'Ituri ces dernières semaines pour réclamer le paiement de leurs primes. 

Le Conseil international des infirmières (CII), la plus importante organisation représentant la profession, a appelé vendredi les autorités congolaises à rémunérer et à protéger d'urgence ces soignants. 

Sur les 518 millions de dollars (448 millions d'euros) nécessaires au plan commun de préparation et de riposte lancé début juin par l'Africa CDC et l'OMS face à l'épidémie, seuls 264 millions de dollars (228 millions d'euros) ont jusqu'ici été mobilisés, avait alerté mercredi l'OMS.

Ebola, qui se transmet par contact avec les fluides corporels et provoque une fièvre hémorragique, a tué plus de 15.000 personnes en Afrique au cours des 50 dernières années.

Plusieurs vaccins sont à l'essai contre la souche du virus actuel.

clt/cpy

Un prêtre procède à une cérémonie de bénédiction au cimetière de Mbiyo pour une victime du virus Ebola, le 19 juin 2026 à Bunia, en RDC
Un prêtre procède à une cérémonie de bénédiction au cimetière de Mbiyo pour une victime du virus Ebola, le 19 juin 2026 à Bunia, en RDC • Jospin Mwisha
Des équipes de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge préparent, au cimetière de Mbiyo, l’inhumation du corps d’un orphelin décédé d'Ebola, dans la province congolaise de l’Ituri, le 19 juin 2026
Des équipes de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge préparent, au cimetière de Mbiyo, l’inhumation du corps d’un orphelin décédé d'Ebola, dans la province congolaise de l’Ituri, le 19 juin 2026 • Jospin Mwisha
Dieudonné Sezabo, un agent de santé, demande de l'aide pour accueillir une jeune femme soupçonnée d'avoir la maladie Ebola, à l'hôpital de Rwampara, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) le 26 mai 2026
Dieudonné Sezabo, un agent de santé, demande de l'aide pour accueillir une jeune femme soupçonnée d'avoir la maladie Ebola, à l'hôpital de Rwampara, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC) le 26 mai 2026 • Glody MURHABAZI
Des bénévoles déposent le cercueil d’un enfant de 3 ans, présumé mort de la maladie à virus Ebola, lors de ses funérailles dans un cimetière de Bunia, dans l'est de la RDCongo, le 11 juin 2026.
Des bénévoles déposent le cercueil d’un enfant de 3 ans, présumé mort de la maladie à virus Ebola, lors de ses funérailles dans un cimetière de Bunia, dans l'est de la RDCongo, le 11 juin 2026. • Benediction MURHABAZI
Présentation des modes de transmission entre humains du virus Ebola, qui peut aussi être transmis des animaux aux humains
Présentation des modes de transmission entre humains du virus Ebola, qui peut aussi être transmis des animaux aux humains • Nalini LEPETIT-CHELLA

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