Après 28 années consacrées à la natation, Mehdy Metella a annoncé la fin de sa carrière sportive. • FÉDÉRATION FRANÇAISE DE NATATION
À 34 ans, Mehdy Metella a décidé de tourner la page. Après 28 années consacrées à la natation, le Guyanais, vice-champion olympique à Rio en 2016 et champion du monde avec le relais français, a annoncé la fin de sa carrière sportive. Entre les grands succès, les blessures, les doutes et les dernières années marquées par la quête d'un retour au plus haut niveau, il revient sur son parcours, les moments qui l'ont construit et cette nouvelle vie qui s'ouvre désormais à lui.
Vous avez annoncé en début de semaine votre choix d'arrêter votre carrière de nageur professionnel. A quel moment avez-vous pris cette décision ?
Cela faisait presqu'un an que j'y réfléchissais. On ne peut pas pratiquer la natation de haut niveau toute sa vie car la santé physique et mentale sont impactées. Dans un sport collectif comme le football il y a des remplaçants lors d'un match mais pas pour les nageurs.
J'ai débuté les compétitions il y a 28 ans, j'étais usé physiquement et mentalement. Mes derniers championnats de France ne se sont pas déroulés comme je le souhaitais, je n'ai pas eu les performances que j'attendais et j'ai terminé blessé.
J'arrivais au bout d'un cycle, il s'agissait de mon cinquième club depuis mon arrivée en France et je pensais que ça allait fonctionner avec Philippe Lucas. Au bout d'un moment, je me suis préparé à tirer un trait sur la natation.
Vous avez eu une longue carrière au plus niveau notamment avec des médailles olympiques mais aussi des blessures qu'en retenez-vous ?
Des blessures, sur le moment, ce n'est pas très grave, même si en jeune on peut être arrêté une saison entière. Mais après, c'est la volonté qui compte, si on a envie de revenir ou pas.
Quel regard portez-vous sur l'ensemble de votre carrière ?
Le grand public ne le sait pas mais j'ai eu plus de mauvais moments que de bons moments dans ma carrière. Le sport de haut niveau est un milieu assez cruel. Je ne sais pas comment j'ai fait pour survivre à tout cela.
J'ai toujours préféré la compétition que l'entraînement. Quand on est doué on peut gagner mais il faut surtout travailler. Le haut niveau comporte énormément de sacrifices. C'est dur à dire mais je vivais limite comme un robot, à tous les jours se lever à la même heure et aller aux entraînements.
Un quotidien nouveau
Depuis peu, les médias évoquent beaucoup la santé mentale dans le sport de haut niveau. Vous l'avez également évoquée. Avec le recul, que vous a appris le haut niveau ?
J'ai fait une dépression où j'ai sombré dans l'alcool. Je l'ai longtemps caché à mes proches et quand j'ai demandé de l'aide à mon club ils ne m'ont pas soutenu.
J'ai eu un déclic pour me relever un jour en regardant ma médaille olympique dans le miroir pour retrouver mon niveau sans consulter un psychologue, chose qui étonne encore beaucoup de personnes.
Si le cerveau est concentré, même si on est dans une phase hyper difficile, on peut avoir un déclic pour être un meilleur homme.
Avec le recul, le sport de haut niveau m'a appris que le mental fait toute la différence. Je gardais quand même la tête haute et j'avais le sourire mais quand ça allait mal ou quand j'étais à bout.
Comment voyez-vous la suite après l'arrêt de votre carrière ?
Je vois la suite comme toute personne qui va se lever le matin aller travailler (rires). A mon niveau, je pense qu'il est moins dur d'aller travailler que quand j'étais sportif. J'ai usé mon corps même en étant blessé, par tout type de temps.
Pour l'instant je ne peux pas encore faire d'annonce publique mais je ne travaillerai pas dans le monde de la natation dans l'immédiat, je dois d'abord passer des diplômes pour exercer mon future métier.
Quelle est la place de la Guyane dans votre parcours aussi bien en tant qu'homme mais aussi d'athlète ?
La Guyane est l'endroit où tout a commencé. Je suis devenu sportif de haut niveau grâce à ce que j'y ai appris. Ce sont d'excellents souvenirs d'enfance où les jeunes plus âgés m'ont toujours poussé à me surpasser dans le sport sans arrière pensée malsaine. Cela fait quelques années que je n'y suis pas rentré mais quand j'y vais je le fais de manière discrète, je coupe mon téléphone pour profiter de mes proches et amis d'enfance.
Mehdy Metella
• Fédération Française de Natation
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