Un homme se suicide en garde à vue
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MACOURIA

Un homme se suicide en garde à vue

Sébastien ROSELÉ
La gendarmerie de Macouria, hier main. C'est dans une de ses geôles que le quinquagénaire a mis fin à ses jours (SR)
La gendarmerie de Macouria, hier main. C'est dans une de ses geôles que le quinquagénaire a mis fin à ses jours (SR)

Un homme de 50 ans a mis fin à ses jours dans sa geôle, à la gendarmerie, hier matin. Il était suspecté d'être lié à l'enlèvement de ses deux petits-enfants, Éric et Lorena (1) .

Il avait eu 50 ans le 25 janvier. Elzamo Souza Castillo a mis fin à ses jours en se pendant avec son jean dans sa cellule de garde à vue à la gendarmerie de Macouria. Les militaires qui devaient le conduire au tribunal où il devait être présenté au magistrat chargé du dossier ont fait la macabre découverte hier, à 6 h 45. Ils ont décroché la victime, entrepris les premiers secours tout en appelant les pompiers et le Smur. Une fois arrivés, les pompiers et l'équipe médicale ont tenté de ramener l'homme à la vie. En vain. Il a été déclaré mort à 7 h 40.
Elzamo Souza Castillo avait été placé en garde à vue lundi matin à Macouria. Il était suspecté d'avoir participé au vrai-faux enlèvement de ses deux petits-enfants, Éric, 4 ans, et Lorena, 5 ans, à Montsinéry, le 28 janvier (2). Dans ce même dossier, trois autres personnes, des femmes, ont été placées en garde à vue. Les enfants vivaient chez leur grand-tante à Montsinéry depuis que la famille avait constaté que leur mère n'était pas en mesure de les éduquer convenablement. Cette situation provisoire était sur le point d'évoluer puisque la justice devait placer Éric et Lorena dans une famille d'accueil. Le frère et la soeur avaient soi-disant été enlevés par un commando masqué et armé. Les faits s'étaient prétendument passés mardi 28 janvier. On a appris quelques jours plus tard qu'il n'y avait pas eu de commando et que l'enlèvement des enfants avait été organisé par leur famille quelques jours plus tôt, sans arme ni violence. Le frère et la soeur ont été conduits chez leur père à Macapa. Le stratagème avait été échafaudé pour éviter un placement inéluctable dans une famille totalement étrangère aux enfants. Quant à l'histoire du commando, elle avait été créée pour orienter les enquêteurs sur une fausse piste. Dès le départ de cette affaire, un magistrat trouvait toute cette histoire sujette à caution. « C'était trop scénarisé pour être vrai. » Aujourd'hui, les enfants sont toujours chez leur père - qui ne les aurait pas reconnus à la naissance - à Macapa. Une procédure judiciaire internationale est en cours pour faire revenir ces deux enfants, nés en Guyane donc Français, dans le département. Quant à la mère, elle est totalement étrangère à l'enlèvement des enfants.
« IL N'A PAS SUPPORTÉ L'INFAMIE DES POURSUITES JUDICIAIRES »
L'homme qui a mis fin à ses jours hier était de nationalité brésilienne. Il était en situation régulière en Guyane et travaillait. « Dans ce dossier, constate une source proche du dossier, on a affaire à des gens sensibles qui ne voulaient pas que les enfants soient placés. C'est foncièrement humain. Ce monsieur (le gardé à vue) était probablement quelqu'un d'honnête et il n'a peut-être pas supporté l'infamie de faire l'objet de poursuites judiciaires. »
Les trois autres personnes placées en garde à vue en même temps que le défunt sont des femmes âgées de 24, 36 et 44 ans. Deux d'entre elles ont été retenues à Kourou, la troisième à Macouria. Elles sont elles aussi suspectées d'avoir participé à la soustraction d'Éric et Lorena. Elles seraient des parentes éloignées des enfants. Il était initialement prévu qu'ils soient tous les quatre présentés devant la magistrate chargée du dossier puis laissés libres après avoir reçu une convocation. Face à ce drame, les trois femmes ont été laissées libres sans être présentées au tribunal. Elles seront jugées le 30 septembre pour « soustraction de mineurs » et « dénonciation de crime imaginaire » .
(1) Nos éditions d'hier ainsi que des 30 et 31 janvier et de jeudi 6 février.
(2) Nos éditions d'hier ainsi que des 30 et 31 janvier et de jeudi 6 février.
Autopsie cet après-midi
Les gendarmes de la section de recherches, l'unité judiciaire basée à Cayenne, ont ouvert une enquête pour déterminer les causes exactes de la mort du grand-père. Selon les premiers éléments communiqués par le parquet, l'homme avait été placé dans sa geôle après qu'on lui a retiré tout ce qui pouvait constituer un danger pour lui, comme le veut la procédure. Il avait été débarrassé de ses lacets, ceinture et autre chaîne de cou. Le médecin qui l'avait examiné n'avait relevé aucun élément médical ou psychologique incompatible avec la garde à vue. Toujours selon le parquet, un gendarme avait fait une ronde de sécurité à 4 h 30, elle aussi prévue par le règlement. « Le gendarme qui en était chargé a regardé à travers l'oeilleton. Il a ensuite allumé la lumière. L'homme a réagi. Le gendarme l'a éteinte et a laissé le gardé à vue se rendormir. » C'est donc entre 4 h 30 et 6 h 45 qu'Elzamo Souza Castillo a mis fin à ses jours. Le parquet a ordonné une autopsie qui sera pratiquée cet après-midi à 14 heures. Aucun gendarme ne devrait être placé en garde à vue. « Aucun manquement au règlement n'a été relevé » , constate un magistrat.
(Sébastien Roselé)
(Sébastien Roselé)

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