À Roura, un documentaire retrace l'exil et l'histoire des Lao de Dacca
Le documentaire présente aussi le fils de Somdee, arrivé en Guyane à l'âge de 9 ans, la famille Thépharath, qui a participé à la fondation du village.
Une projection en avant-première sur l'origine laotienne du village de Dacca sera diffusée le 16 mai à 19 heures au centre social et culturel de Roura. Le documentaire se nomme Dacca, rue du 10 août 1985. Daniel St-Jean, ancien journaliste de France-Guyane l'a réalisé.
« Si je me suis lancé là-dedans, c'est justement parce que presque personne ne connaissait l'histoire du village de Dacca. Aux dernières élections, certains élus ne savaient pas où c'était, » raconte Daniel.
Certains habitants ont accepté de se confier sur leur exil. Ils sont arrivés en 1985 dans la commune selon la volonté du maire de l'époque le Docteur Ho-A-Chuck. Tout comme les Hmong de Cacao, ils ont quitté leur pays pour fuir la République démocratique populaire lao. Aujourd'hui encore, certains craignent le régime.
Des réticences et de la joie
« Au début, il y avait une certaine réticence à évoquer le passé. Sur le marché, des Laotiens m'ont dit qu'ils avaient encore de la famille là-bas, c'est pourquoi ils hésitent à parler. Presque tous les pères des familles qui sont parties étaient d'anciens militaires, » détaille le journaliste.
Grâce à des images d'archives, des séquences de la fête du village de 2025 et surtout de nombreux témoignages, Daniel St-Jean veut donner la parole aux habitants de Dacca afin de raconter leur voyage et aussi leur enracinement en Guyane.
Somdee Keovongsack, par exemple, raconte comment il a fui. Il était dans l'armée royale à l'époque et il a été obligé de partir dès que les communistes sont arrivés. Il s'est réfugié en Thaïlande et a attendu pendant quatre ans dans un camp. Ce n'était pas évident. Ce dernier veut rester discret sur son histoire, mais il félicite le travail de mémoire mené : « C'est formidable ce que M. St-Jean a fait pour la communauté laotienne de Dacca. J'ai vu l'extrait qu'il m'a envoyé et j'ai hâte de voir le reportage complet. »
Le documentaire présente aussi le fils de Somdee, arrivé en Guyane à l'âge de 9 ans, la famille Thépharath, qui a participé à la fondation du village, ainsi que Claude et Simone Ho-A-Chuck, qui ont convaincu le préfet d'accepter l'accueil des familles à Dacca.
Aujourd'hui, le village célèbre toujours ses fêtes traditionnelles, comme le Nouvel An laotien.
La population s'est intégrée à la Guyane et de nouveaux arrivants s'impliquent pour faire perdurer le souvenir de cette culture.
C'est le cas de Myrtille Brouchoud, membre de l'Association du village « L'A.V.I.D.A », qui participe à la diffusion du documentaire. L'association organise les fêtes du « Pi Mai Lao » (Nouvel An laotien) et a milité pour la reconstruction d'une salle des fêtes commune au village. Un souhait qui faisait partie de la campagne du nouveau maire David Riché.
Le déplacement de la plus vieille maison du village
Grâce aux nombreux autres témoignages, on découvre l'histoire de la plus vieille maison du village. D'abord construite dans une zone marécageuse de Roura, elle est entièrement déplacée par les habitants de Dacca, afin de la protéger. « C'est assez dingue, ils ont porté la maison pour la transporter de l'autre côté de la route. » Aujourd'hui, c'est une institutrice qui l'occupe depuis son coup de cœur pour la maison. Selon M. St-Jean, elle est parvenue à « garder son authenticité ».
Quelques dates
1977 : Les premières familles Hmong, originaires du Laos, s'installent à Cacao.
1985 : Le Dr Ho-A-Chuck, alors maire de Roura, négocie avec le préfet de l'époque l'entrée en Guyane d'autres réfugiés laotiens, d'abord passés par l'Argentine avant de se rendre à la frontière franco-brésilienne. Ils sont alors installés à Dacca.

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